‹ FranceChapitre 265 sur 378 · INFANTERIE L'UNIVERS. INFANTERIE · texte numérisé non relu

INFANTERIE L'UNIVERS. INFANTERIE

de capitaines généraux que l'on comptait de bandes. Chaque compagnie de 500 hommes avait son capitaine particulier, excepté In première, qui recevait les ordres mêmes du chef de bande (*).»

Les francs-archers furent abolis sous Louis XI; frappé peut-être de la valeur des Suisses et de l'excellente organisation de leur infanterie, qui avait triomphé deux fois à Morat et à Granson de la cavalerie bourguignonne, et qui avait déployé tant de valeur à Saint-Jacques, ce prince prit à son service 6,000 Suisses et no nombre non moins considérable de lansquenets ou soldats allemands.

Il ne conserva que 1,000 fantassins français, qui, selon toute probabilité, étaient des archers. Ses successeurs suivirent cet exemple, et, jusqu'aux légions de François I*r, les mercenaires suisses et allemands formèrent presque seuls l'infanterie de nosarmées. On trouverait peut-être le motif de cet état de chose, en su pposant que ces pri nces craignaient, en formant une infanterie nationale, de donner au tiers état une trop grande importance ; autrement en effet, on ne concevrait pas ce qui les eût empêchés de réorganiser les francs-archers et de les former à la tactique des Suisses.

Louis XII essaya cependant de donner quelque valeur à l'infanterie nationale, en plaçant Bavard et quelques autres capitaines illustres à la tête des bandes & aventurier s(voy. ce mot) ; mais il parait que ces efforts furent infructueux, car remploi des mercenaires étrangers continua à prévaloir (**). Il fallut les nombreuses défaites éprouvées en Italie, et dues au caprice et aux exigences de ces troupes, pour décider François Ier à rétablir l'infanterie nationale'. Les cir-

(*) Voy. le Cours d'/iist. milit. , de Rocquencourt, t. I, p. 297.

(**) C'est à la présence des mercenaires dans nos armées qu'est dû le grand nombre des termes étrangers que l'on irouve dans notre langue militaire; c'est de l'italien canno/ie, gros jonc (grosse sarbacane), que vient le mot canon, et non pas du latin canere, chauter, et par suite faire du bruit , comme l'a décidé une célèbre compagnie, malgré cette objection faite au poète qui avait trouvé celte étymologie : que tout ce qui fait du brut*, ne chante pas.

constances étaient les mêmes que lors de l'institution des francs-archers; Charles-Quint menaçait l'indépendance de la France; ainsi , il ne fallait rien moins u'une nécessité de salut public pour écider la royauté à armer le peuple.

Voici, ce que dit à ce sujet Biaise de Montluc : « Au premier revirement de guerre , le roy François dressa des légionnaires, qui fut une très-belle invention, si elle eust été bien suivye; car c'est le vray moyen d'avoir toujours une bonne armée sur pied, comme faisoient les Romains, et de tenir son peuple aguerry, combien que je no sçai si cela est bon ou mauvais. La dispute n'en est pas petite ; si aymerois-je mieux me fier aux miens qu'aux étrangers. »

Du reste, on atténua les résultats que l'on craignait en mettant beaucoup de gentilshommes dans ces légions.

Chaque légion était forte de 6,000 hommes, divisés en six bandes; les hommes étaient armés de piques, de hallebardes et d'arquebuses. Ces corps devaient être au nombre de sept.

Si ce système eût survécu aux événements qui l'avaient fait adopter, la France eût eu dès lors une infanterie nationale et permanente; mais le danger passé, les craintes monarchiques ou les vieux préjugés firent supprimer les légions, et l'on en revint aux bandes ou compagnies séparées , de deux à trois cents hommes.

« Cependant, malgré la conformité de ce système de bandes isolées, avec le caractère de la nation et les intentions des capitaines, qui répugnaient à admettre une autorité supérieure , la réflexion ne tarda pas à conseiller d'en revenir à grouper plusieurs bandes ensemble, sous la conduite et l'administration d'un chef unique, afin de rendre plus prompte, plus régulière, et par conséquent plus décisive, l'action des combattants. Des hommes de la trempe des Brissac, des Coligny, des Montluc, joignant un grand sens à beaucoup d'expérience et d'observation, ne pouvaient manquer de découvrir, d'apprécier et de faire ressortir les avantages d'une plus grande concentration du commandement; et ce fut sans doute d'après leur avis (et celui du duc de Guise) que, vers la fin de son règne , Henri JH fit

INTAÏfTERÏE FRANCE. INFANT

revivre, à certains égards, l'organisation légionnaire de son prédécesseur (*). »

Ce fut alors (1558) que l'on créa les régiments (*). Il y en eut d'abord cinq: Guienne, Picardie, Champagne, Navarre, Piémont. On en ajouta un sixième sous François II, celui de Languedoc; un sentième après la bataille de Dreux , celui des Gardes, et successivement un grand nombre d'autres.

(Voyez RÉGIMENTS.)

Dès lors, nous assistons à la formation lente, comme de toutes les choses humaines, mais régulière, du grand élément de la force militaire de la France. C'est, en effet, sous l'influence des grands capitaines français du seizième siècle (**), vrais créateurs de l'art militaire, et dont les Maurice de Nassau et les Gustave-Adolphe ne furent que les élèves (***), que l'infanterie française fut créée, avec ses divisions et son armement. Qu'il y ait encore loin du soldat et du régiment du seizième siècle à ceux du dix-neuvième, c'est un fait dont on est forcé de convenir; mais déjà il existe un germe précieux qui n'a plus qu'à prendre ses développements.

Les régiments furent divises en compagnies, ce qui rappelle leur origine; le soldat fut armé de piques et couvert d'une armure défensive, ou d'arquebuses (****), et, alors, protégé seulement par une salade et un haltacret (espèce de cuirasse). Disons-le dès à présent, l'infanterie conserva les armures défensives jusqu'après l'avènement de Louis XIV, et elle le fit par routine, car l'action des armes à feu avait déjà démontré l'inutilité de ces précautions.

La proportion des soldats pourvus d'armes à feu alla toujours en augmentant dans l'infanterie française. Après avoir été d'un tiers sous François Ier, elle fut de la moitié pendant les guerres de religion , et enfin des deux tiers sous Louis XIII et pendant les pre-

(*) Rocqtiencourt , passage, cité.

(**) Monlluc , Coligny, Saiut- André , la Noue.Biron, Henri IV, etc.

(***)Voy. l'ouvrage de Roqueneonrt, 7e et 9e leçons, où ces idées sont mise» en évidence par les faits.

(****) Le mousquet ne fut adopté que vers 1 56- , à l'imitation des soldats du duc d'Albe.

T. ix. 37e Livraison. (Dict. bnct(

mières années du règne de Louis XIV.

Sous le règne de Louis XIV, l'infanterie, comme toutes les autres armes de l'armée française , reçut une nouvelle organisation et éprouva de nombreux perfectionnements, que l'on dut surtout à Lou vois , Vauban , Turenne

Les principales innovations introduites alors furent l'établissement de la brigade, les grenadiers ( 1672), chargés d'abord de lancer les grenades, puis armés de fusils et de baïonnettes à manches de bois : bientôt l'ordonnance fut perfectionnée. Le fusil fut donné à tous les hommes , et l'on y ajouta la baïonnette à douille (1782). L'uniforme fut donné aux régiments en 1672; le nombre des régiments était de 264, en 1714, ils étaient la plupart divisés en bataillons, dont la force était de 4 à 500 hommes, et ils formaient en tout 12 compagnies.

Mais la multiplication effrayante des états-majors, des grades et des officiers, amena, dès le règne de Louis XIV, des abus effrayants ; et plus tard elle fut cause dès revers que la France éprouva. Le jeu , la table, les équipages étaient pour les officiers des sources de dépenses ruineuses et de désordres qui ruinaient la discipline. Le recrutement n'avait lieu que par les enrôlements volontaires. En 1688 et en 1701 , Louis XIV leva des miliciens entretenus aux frais des communes ; ce fut le premier essai d'un recrutement national et universel. (Voyez Milices, Gabdes nationales /Recrutement.)

Malgré tous ces progrès, il restait encore après le grand règne beaucoup à faire pour l'organisation de l'infanterie. Une juste distribution du régiment en subdivisions composées d'un nombre d'hommes suffisant ; une diminution dans le nombre des officiers ; le rétablissement de la discipline dans les états -majors; des choix d'officiers instruits au lieu de jeunes gentilshommes ignorants et débauchés , etc. ; telles étaient les améliorations que l'on réclamait, et que l'on n'obtint complètement qu'après 1789.

Le mal avait atteint toute sa force lorsque le comte de Saxe fut placé à la tête des armées. On lui doit, ainsi qu'au ministre d'Argenson, plusieurs réformes

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