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INGRES

nut VI parvint à intéresser en faveur de sa sœur le pape , qui jeta l'interdit sur le royaume, et le roi, effrayé, se hâta de reprendre Ingeburge. Cette princesse mourut en 1236. Elle fut ensevelie à Corbeil, dans l'église de Saint-Jean de Vlsle ou des chevaliers de Jérusalem, qu'elle avait fondée.

Ingénieurs. Voyez Génie.

Ingouf (François-Robert) , graveur, né à Paris, en *1747, suivit pendant longtemps les leçons de Jacques FHpart, et, bien qu'en quittant cet artiste il eût déjà acquis une assez grande habileté , il ne trouva qu'avec peine l'occasion de se faire connaître. Enfin, la gravure des Canadiens, d'après M. le Barbier , et les deux Nativités insérées dans le Recueil du muséum de Laurent, d'après Raphaël et Ribera , le classèrent parmi les artistes distingués, et il fut chargé de la gravure d'un grand nombre de sujets pour le voyage de M. Cassas, et pour le grand ouvrage de la commission d'Égypte. Ses ouvrages se font remarquer, en général , par un bel effet , et par une variété de teintes étonnantes.

Son frère, P. Ch. Ingouf , aussi graveur et élève de Flipart, a beaucoup gravé d'après les maîtres français. Il est mort à la (in du siècle dernier.

Ingbande , Igorandis , ancienne baronnie de l'Anjou , aujourd'hui du département de Maine-et-Loire. Popul. :

1,497 habitants.

Ingres (Jean-Auguste-Dominique), né à Montauban en 1781 , reçut de son père , professeur de dessin clans cette ville, les premières leçons de son art. Il vint à Paris à 16 ans, et étudia sous le célèbre David avec tant de succès, qu'il remporta à 19 ans le second grand prix de peinture, et à 20 ans le premier. Envoyé à Rome aux frais du gouvernement, il exécuta pendant le cours de sou instruction des tableaux qui fixèrent tout d'abord l'attention publique, et qui furent recherchés pour les collections les plus précieuses : 1° une figure de grandeur naturelle, représentant OEdipe en présence du sphinx ; elle appartient au cabinet de M. Gossuin ; 2° une Dormeuse, aussi de grandeur naturelle : ce tableau, exposé au Capitole, fut acheté par Murât pour son palais de Naples ;

3° une Baigneuse , aujourd'hui dans le cabinet de M. Gossuin; 4* Jupiter et Thétis.

Après avoir terminé ses études, M. Ingres résolut de se fixer à Rome.

Pendant le séjour de quinze années qu'il y fit , il donna plusieurs tableaux parmi lesquels nous citerons : Romulus triomphant des dépouilles opimes , grande composition peinte en détrempe, et le Sommeil oVOssian\ tableaux commandés par Napoléon pour le palais Quirinal ; Virgile lisant son sixième livre de l'Énéide devant Auguste, Octavie et Livie , composition de grandeur naturelle ; et une Odalisque de même dimension , commandée par la reine de Naples, Caroline Napoléon. Cette figure est aujourd'hui dans le cabinet du comte de Pourtalès.

A cette époque, M. Ingres peignit quelques portraits, parmi lesquels nous rappellerons seulement celui de M. de Norvins , qu'on a remarqué à l'exposition de 1824 , et il commença une suite de petits tableaux dits de cnevalet ; ce sont : Raphaël et la Foi'narine (ce tableau est double , le cabinet de M. le comte de Pourtalès en possède un) ; une Vue de la chapelle Sixtine, grande composition représentant le pape tenant chapelle (il est double comme le précédent) ; tableaux historiques sur t'Arétin , appartenant à la collection de M. Devaux de Nevers ; Roger et Angélique, exposé au Luxembourg; le maréchal de Brunswick recevant tordre de la Toison d'or des mains de Philippe V ; la Mort de Léonard de Vinci; Jean Pastoret introduisant le dauphin (Charles V) dans Paris, tableau commandé par M. le comte Pastoret.

Après quinze années de séjour à Rome, M. Ingres alla habiter Florence , où il demeura quatre années. Enfin il revint en France, apportant le Vœu de Louis XIII , tableau commandé par le gouvernement pour la ville de Montauban, dont il orne aujourd'hui la cathédrale.

Six mois après sa rentrée en France en 1826 , l'Institut l'appela dans son sein , en remplacement du célèbre Denon.

M. Ingres a été ensuite nommé professeur à l'école des Reaux-Arts,et a peint, pour le musée , un plafond qui représente Homère déifié.

INGRES L'UNIVERS. INGRES

M. Ingres est un des artistes les plus célèbres de l'école moderne en France, et en même temps celui sur lequel on a porté les jugements les plus différents. En effet , s'il a ses adorateurs et ses adeptes, qui prétendent seuls savoir, et pouvoir le comprendre, il a aussi ses critiques et ses détracteurs. Aux yeux des premiers, c'est le seul peintre réel que nous ayons ; aux yeux des autres , ce n'est pas un peintre. Si entre ces deux jugements, évidemment exagérés, on veut chercher à se faire une opinion saine . juste et impartiale; si on étudie les œuvres de M. Ingres, œuvres peu nombreuses du reste , on arrive à s'expliquer l'enthousiasme des uns et la critique exagérée des autres.

Dans les premiers tableaux de M. Ingres, on remarqua du goût, de l'expression, de la dignité, et une parfaite observation des convenances ; mais en même temps, on regrettait de n'y trouver ni vérité de couleur , ni transparence , ni harmonie des teintes. On conçut cependant dès lors une grande espérance du talent futur de l'artiste , car il avait la qualité essentielle , le dessin. Mais depuis, quelques personnes se sont refusées à admettre comme un premier talent un homme qui ne possédait en quelque sorte que la moitié de son art, et de là est résulté le peu de popularité de la réputation de cet artiste. Ce qui, en effet, frappe le public dans la peinture , ce qui l'attire avant tout, c'est le coloris. Or, les tableaux de M. Ingres manquent tout à fait de cette dernière qualité ; aussi n'ont-ils pas été goûtés du public , et n'ont-iis été prisés que de ceux qui, plus connaisseurs, savent trouver dans une œuvre les beautés de détail, et l'estiment pour ces beautés mêmes.

Au salon de 1834, M. Ingres exposa le Martyre de saint Stjmpkorien , tableau destiné à l'église d'Autun, où il se trouve aujourd'hui. Cette œuvre, prônée à l'avance, devait, à en croire les adeptes de l'artiste, résumer toutes les qualités dont il était la plus savante expression ; c'était son dernier mot qu'il jetait au public. Malheureusement , elle ne répondit pas, lorsqu'elle parut, à l'idée qu'on s'en était faite d'après les éloges qui l'avaient précédée. On trouva , non

sans raison, que M. Ingres, non*seule-

ment , avait persisté dans ses défauts, mais qu'il avait même outré ses qualités ; on lui reprocha le manque d'air et de plan, et même, ce oui était presque un sacrilège aux yeux de ceux qui regardent le dessin de M. Ingres comme le nec plus ultra de la perfection, des exagérations choquantes dans, le dessin.

Il s'établit entre les partisans et les adversaires de l'artiste une luttetrèsanimée dans la presse, dans les sociétés, et jusque dans la salle même de l'exposition. Enfin ce tableau fit, à cause de ses défauts même, beaucoup plus de bruit que si c'eût été un chef-d'œuvre.

Cependant, à la suite de cette exposition , M. Ingres se brouilla tout à fait avec le public. Depuis, il n'exposa plus rien, et un de ses derniers tableaux, qui a fait aussi beaucoup de bruit dans le monde artistique, la Slratonice, destinée au cabinet du duc d'Orléans, y est entré sans avoir été offert à d'autres regards qu'à ceux des admirateurs connus de l'artiste. Quoique nous comprenions parfaitement cette susceptibilité, nous ne pouvons nous empêcher de blâmer cette rancune gardée au public. En fait d'art, il nous semble qu'on a tort de se faire un cercle à part. C'est, en définitive, toujours la foule qui est le seul et le meilleur juge des réputations. David n'aurait pas acquis la gloire dont son nom est entoure, si, limitant sa pensée et son pinceau dans un étroit espace, il n'avait pas exposé aux yeux de la foule émerveillée ses grandes et sublimes pages.

Malheureusement M. Ingres, en perfectionnant les qualités qu'il possédait déjà , n'a pas corrigé ses défauts. Dans les travaux de son âge mûr , on trouve toujours le dessinateur pur et correct, mais souvent on regrette encore de n'y pas sentir le coloriste. Tout plein d'admiration pour les grands maîtres du quinzième et du seizième siècle, il s'est laissé entraîner jusqu'à l'imitation , et on lui a reproché, quelquefois avec rairaison , de faire rétrograder l'art plutôt que de lui faire faire des progrès.

Quoi qu'il en soit, M. Ingres n'en jouit pas moins de3 avantages dus à son talent récU Nommé officier de la Lé-

IHfOïtDATIONS

INQUISITION

gion d*honneur en 1883, il a été, en 1836, envoyé comme directeur de l'école de Rome , où Ta récemment remplacé M. Schnetz.

Inhumation. Voyez Sépulttjbb.

Innocent VI. Étienne Aubert, qui dans la suite devint pape sous le nom d'Innocent VI , naqui* dans la paroisse de Biessac, près de Pompadour. Professeur de droit civil à Toulouse , il fut ensuite promu à Pévêché de Noyon , puis, en 1340, à l'évêché de Clermont.

Nommé, deux ans plus tard , cardinal évêque d'Ostie et grand pénitencier, il fut enfin élu pape, en 1352, à la mort de Clément VI , et siégea comme lui à Avignon. Entre autres réformes, il ordonna à tous les prélots et autres bénéficiers de se retirer chacun dans leurs bénéfices et d'y résider, sous peine d'excommunication. Il essaya de recouvrer le patrimoine de l'Église en Italie ; mais malgré les efforts de son légat , le cardinal Albornoz, il ne réussit qu'imparfaitement. Du reste , il vécut en assez bon accord avec les puissances temporelles. Cependant le portrait que Pierre Ozarius en a laissé dans sa Chronique, n'est point fort avantageux. On lui reproche , comme à Clément VI , d'avoir trou favorisé ses parents. Mais c'était un nomme ami des lettres et des lettrés , de mœurs régulières, et économe dans sa maison , qualités assez rares parmi les pontifes de cette époque. Il mourut à Avignon en 1362, après environ dix ans de pontificat.

Innocents (fête des). Voyez Fêtes.

Inondations. Le tableau suivant fait connaître les inondations les plus remarquables qui ont eu lieu en France depuis le sixième siècle :

Dates. Contréet inondées.

58o. Le Berri et les contrées voisines. Le Rhône et la Saàne renversèrent une partie des murs de Lyon.

583. Paris. Les eaux couvrirent tout l'espace entre la Cité et l'église Saint- Laurent. Grégoire de Tours mentionne ces désastres.

8ai. 886. Paris.

iiq5. France,- à Paris les ponts Turent emportés comme en 886; Philippe-Auguste abandonna son palais de la Cité et se réfugia à l'abbaye de Sa inte-Geneviève.

t io6. France et surtout Paris.

iai4. u3a. ta36. tiii. Paris.

1280. 129H. 1*73. Désastres extraordinaires à Paris, en janvier ia8oet en décembre 1196; on ne ■étrer dans la ville qu'en bateau, ponts furent emportés. En 13^3,

on alla en bateau flans le» rue» Saint-Denis,

Saint-Honoré, Saint-Antoine, etc.

Paris. (19 et 3i janvier.) France, notamment Paris , on ]j place de Grive et les environs de la Sainte- Chapelle furent submergés (juin.) Pans. (Janvier), les eaux pénétrèrent jusqu'à

la rue Saint-Andrédes-Àrca.

Parù.

Paris. Le pont Notre-Dame fut emporté avec

ses soixante maisons.

Orléanais. La Loire et le Loiret se confondirent, Lyonnais, Dauphiné et Languedoc ( a décemb.)

J.jon.

France (octobre). Ljron (a décembre.) La petite rivière de H ■ ■ m inonda diverses rues de Paris, et entraîna beaucoup d'édifices. Ce desastre fut appelé le Déluge de

Saint-Marcel.

Paris.

France. La Loire surtout causa des dégâts

considérables.

France. Nicolas Pasquier dit qu'on devait voir dans cette inondation un présage de la mort de Henri IV.

Paris.

i65i. France et principalement Paris. Dans cette dernière année on navigua dans plusieurs rues de la capitale.

Paris. Des assemblées furent tenues pour délibérer sur les moyens de conjurer le retour du fléau. « Ou y proposa, dit Gai Patin, de détourner la Seine avant son entrée à Paris..... D'antres conseillèrent d'ouvrir un grand fossé devers Sainl-Maur, qui passât au travers de la plaine Saînt-Denis.et se vint décharger dans la Seine entre Saint-Ouen et Saint Denis, » etc.

Rouen, Amiens, Pari» (février et avril.) Paris (février.) Gascogne.

Paris.

France et notamment Paris.

Paris. Cette inondation, la pins forte des temps modernes après celle de i658, sert encore de point de comparaison, et son niveau est marqué à l'échelle du P< où les eaux atteignirent a5 178*. France (mars), 1800. France 180a. Paris.

Il34. France.

1836. Paris. La Seine dépassa de 7

des plus basses eaux.

184». Ljon et le Midi (octobre). Le Rhône et la

t84i. Le Midi.

s84s. Ljron.

Inquisition , Inquïsiteuhs. C'est en France que l'inquisition a pris naissance. Mais , ainsi qu'il arrive toujours pour ces sortes d'institutions, elle s'offrit d'abord comme une mesure locale et temporaire. Effrayé des progrès de l'hérésie albigeoise , Innocent III investit, en 1 198^ deux moines de Citeaux , frère Gui et frère Régnier, de toute l'autorité du saint-siége pour rechercher

Pont-Royal

684 INQtJttrnoïr L'UNIVERS*

et poursuivre les hérétiques dans les sideoce du légat romain de Saint- Ange,

provinces d'Embrun , Aix , Arles et que les évêques députeraient dans cha-

Narbonne, avec injonction aux évêques que paroisse un prêtre et deux ou trois

et aux seigneurs temporels de leur pré- laïques , lesquels jureraient d'y recher-

ter dans cette mission toute l'assistance cher soigneusement les hérétiques et

possible. « Nous avons , écrivait-il , leurs fauteurs. « donné plein pouvoir au frère Régnier On le voit, l'inquisition, à son début,

« de contraindre les seigneurs , soit en se trouvait pincée sous l'autorité des

« les excommuniant, soit en jetant l'in- évêques. Grégoire IX la rendit plus

«terdit sur leurs terres. Nous enjoi- formidable en la confiant, en 1383, aux

« gnons aussi à tous les délégués de vos dominicains exclusivement. Les provin-

« provinces de s'armer contre les héré- ces de Bourges, Bordeaux, Narbonne,

« tiques lorsque le frère Régnier et le Auch, Vienne, Arles, Aix et Embrun,

« frère Gui les en requerront. » furent spécialement confiées à ces reli-

Le succès ne répondant point au zèle gieux ; mais leur juridiction s'étendait

des deux légats , le pape envoya à leur sur tout le royaume. Deux dominicains

place, en 1203, Pierre de Castelnau et furent installés à Toulouse, et autant

Raoul, deux moines du même ordre, dans chaque ville, pour former le tribu-

auxquels se joignirent spontanément, naldelafoi.

trois ans après , Diégo Aubez , évêque La même année , l'établissement de

d'Osma , et Domingo ou Dominique , l'inquisition reçut de Louis IX, dans

son archidiacre. les conférences de Melun , une sanction

Rechercher, dénoncer, stimuler le solennelle, zèle des évêques et des seigneurs, les En 1235, le concile de Narbonne uns juges , les autres exécuteurs na tu- promulgua , sur la demande des inquirels , tel était , avec la prédication et siteurs, un règlement calculé pour donmême la dispute publique , le rôle en- ner à la peine de mort toute l'extension core peu déhni de ces légats mission- possible. L'article 24 de ce règlement mures. porte en effet , qu'en raison de l'énor-

Ce fut seulement après la croisade mité du crime, on de vra admettre, pour

albigeoise que l'inquisition commença à le prouver , même le témoignage des

se montrer comme institution régulière malfaiteurs , des infâmes , de tous ceux

et permanente. On lit, dans les canons qui ne pouvaient déposer en justice,

du concile de Latran (1215), un article Alors aussi s'introduisit le secret des

ainsi conçu : « Chaque évêque visitera, procédures. On trouve , vers le même

« au moins une fois l'an, la partie de temps, l'inquisition organisée de même

« son diocèse qui passera pour receler sur les confins de la Flandre contre

« des hérétiques ; il choisira trois hom- l'hérésie des Bulgares ou paterins. Le

« mes de bonne renommée ou davan- dominicain frère Robert , dit le Bul-

« tage, et leur fera jurer de lui dénon- gare ou \eBoulgre, hérétique converti,

« cer les hérétiques , les gens tenant se vantait que dans le cours de deux ou

"« des conventicules secrets ou menant trois mois, cinquante de ces malheu-

..« une vie singulière et différente du reux avaient été brûlés ou ensevelis vi-

« commun des lidèles, dès qu'ils en au- vants par son seul ministère. « ront connaissance. » L'ordre de Saint- « Abusant, dit Matthieu Paris , de la

Dominique ou des Frères prêcheurs , puissance qui lui était conûée , pour

dont la destinée devait être si étroite- transgresser les bornes de la justice et

ment unie à celle de l'inquisition , fut de la modération, et se trouvant élevé,

fondé à la même époque. puissant , formidable , il confondit les

Cependant l'inquisition n'avait paru bons avec les méchants, et enveloppa les

jusque-ià que comme une mesure tran- innocents et les simples dans le sup-

sitoire ; ce fut le concile de Toulouse, en plice des coupables. C'est pourquoi l'au-

1229, qui l'établit a demeure dans les torité du pape lui ordonna de ne pas

villes du Midi. Cette assemblée de tous sévir d'une manière si fulminante dans

les prélats des provinces de ,3\arbonne , cet office ; et, plus tard , ses fautes, que

Auch et Bordeaux, décida , sous la pré- j'aime mieux taire que raconter, parais-

sant au grand jour , il fut condamné à une prison perpétuelle (*). »

Des soulèvements eurent lieu à Narbonne , puis à Alby, en 1234 et 1235, contre les inquisiteurs. Les consuls de la première de ces deux villes affirment, dans une sorte de manifeste adressé aux consuls de Nîmes , que ces officiers du pape ne songeaient qu'à s'emparer des riches ; qu'après les avoir dépouillés , tantôt ils les renvoyaient sans procès, tantôt ils les faisaient périr dans les prisons sans prononcer contre eux aucune sentence. On peut voir aussi dans ce manifeste comment ils surprenaient, par un habile système de questions aussi futiles que captieuses, les gens simples et illettrés (**).

Mais c'était surtout à Toulouse que sévissait l'inquisition. Quarante dominicains, dont le viguier du comte devait exécuter les sentences, étaient installés dans cette malheureuse ville. Enfin , orçanes de l'indignation publique, les capitouls intervinrent et leur enjoignirent de quitter le pays, si mieux n aimaient cesser toutes poursuites et procédures. La cour de Rome comprit alors le danger de pousser à bout les populations languedociennes. Un frère mineur fut adjoint dans chaque ville aux dominicains pour tempérer leur rigueur par sa mansuétude ; et , sur un ordre obtenu du pape à force d'instances, l'inquisition fut suspendue pour quelque temps à Toulouse.

Raymond VII ayant repris les armes contre Louis IX, en 1242, les habitants du pays crurent le moment venu de se délivrer des inquisiteurs. Des hérétiques albigeois , qui avaient trouvé un refuge dans le château de Mirepoix, en partirent dans la nuit, et surprirent le château d'Avignonnet , où Guillaume Arnaud venait d'établir le tribunal suprême. Quatre dominicains, deux franciscains et sept nonces ou familiers y furent massacrés à coups de hache. Ils attendaient leurs meurtriers à genoux, sans se défendre , sans chercher à se sauver, en chantant le Te Deum, et en se croyant déjà en jouissance de la gloire aes martyrs.

(*) Math. Paris , Hist. angl.

(**) Histoire de ta ville Oc fltmeï, t, I , liv. su, p. 307.

Ce n'était point seulement contre les vivants que sévissait l'inquisition : on procédait même contre les morts. Des cadavres à demi décomposés étaient exhumés , et , après un jugement dérisoire , traînés sur la claie et brûlés. Les inquisiteurs firent déterrer et brûler ainsi , en 1244 , les ossements des ministres de Raymond VII et de Raymond VI, morts depuis vingt ou trente ans ; les cendres furent ensuite jetées au vent.

Les poursuites furent reprises la même année , avec une vigueur nouvelle. Un concile tenu à Narbonne régla de nouveau les procédures de l'inquisition. «Vous enjoindrez , disaient « les évéques aux inquisiteurs, vous enjoindrez aux hérétiques ou à leurs « fauteurs, qui étant venus s'accuser de « leur propre bouche, n'ont pas été mis « en prison , de porter des croix jaunes « sur leurs habits, de se présenter tous « les dimanches à leur curé pendant la « messe , entre l'épître et l'évangile, « ayant une partie de leur corps nue, « et tenant une poignée de verges à la « main pour recevoir la discipline. Ces « pénitents feront la même cérémonie à « toutes les processions solennelles : de « plus, tous les premiers dimanches du « mois, ils visiteront, en se fouettant à « coups de verges , toutes les maisons « de la ville où ils ont fréquenté les hé-

rétiques. On construira des prisons « pour y renfermer à perpétuité ceux « qui se sont convertis (depuis leur arrestation). Comme il y a des villes où « le nombre de ceux qui doivent être «renfermés dans une prison perné- « tuelle est trop grand , en sorte qu on a ne trouve pas assez de pierres et de a ciment pour construire des prisons, « nous conseillons aux inquisiteurs d'attendre là-dessus les ordres du sei- « gneur pape. »

Frère Régnier , hérétique converti , devenu dominicain , était alors Pu n des inquisiteurs les plus fervents.

Louis IX sollicita le pape , en 1255 , de lui envoyer de nouveaux censeurs de la foi , ou d'armer les inquisiteurs de pouvoirs nouveaux. Une bulle d'Alexandre III investit , en conséquence, le provincial des dominicains et le gardien des frères mineurs de Paris de

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