INQUISITION L'UNIVERS. INQUISITION
l'office d'inquisiteurs suprêmes pour toute la France , le comte de Toulouse excepté. « Les successeurs de saint Louis, dit à cette occasion Reynald, dans ses annales de l'Église, suivirent longtemps l'exemple de ce très-saint roi , en protégeant les censeurs de la foi dans tout le royaume des Français. »
« L'absence de défenseurs, le secret des débuts, le secret gardé aux délateurs , le refus de confronter les témoins avec les accusés, telles furent, dit M. Henri Martin, les bases des opérations inquisitoriales. Deux pièces authentiques, composées avant la ûn du siècle, font connaître dans le détail tout ce mode de procédure. L'une de ces pièces est intitulée : Traité de l'hérésie des pauvres de Lyon ; l'autre :
Instruction sur la manière de procéder contre tes hérétiques, dans les provinces de Carcassonne et de Toulouse.
Voici le sommaire de ces pièces. L'accusé ou suspect d'hérésie était tenu de jurer qu'il dirait pleinement tout ce qu'il savait sur le crime d'hérésie et de vaudoisie, tant sur lui-même que sur les autres, tant sur les vivants que sur les morts. S'il niait ou célait quelque chose de ce qu'on voulait savoir, on le jetait au fond d'un cachot, et alors commençait l'application d'un système savamment combiné pour briser le corps et dégrader l'âme. « Qu'on lui « donne à entendre qu'on a des témoins « contre lui , et que s'il est une fois « convaincu par témoins, on ne lui fera o aucune miséricorde; qu'en même « temps on lui retranche sa nourriture; « car cette crainte et cette souffrance « contribueront à l'abattre. — Que nul « ne l'approche , si ce n'est de temps à « autre deux fidèles adroits, qui l'aver- « tissent avec précaution, et comme s'ils « avaient compassion de lui , de se garantir de la mort, de confesser ses « erreurs, et qui lui promettent que s'il «le fait, il pourra échapper et n'être « point brûlé; car la crainte de la mort «et l'espoir delà vie amollissent quel- « quefois un cœur qu'on n'aurait pasat- « tendri d'aucune autre manière. Qu'on « lu» parled'unemanièreencourageante.
« — Ce n'est que par subtilité qu'on «peut prendre ces renards subtils. —
« Quand un hérétique ne confesse pas
«pleinement ses erreurs, ou n'accuse « pas ses complices, il faut lui dire pour « l'effrayer : « Fort bien ; nous voyons « ce qui en est. Songe à ton âme, et « renie pleinement l'hérésie, car tu vas « mourir, et il ne te reste qu'à recevoii « en bonne pénitence tout ce qui t'ad- « viendra. » Et si alors il dit : « Puis- « que je dois mourir, j'aime mieux mou- « rir dans ma foi que dans celle de « l'Église, » alors on est assuré que sa « repentance était feinte, et il peut être « livré à la justice. »
Quand un nombre d'hérétiques suffisant pour faire un sermon(*) avait confessé, les inquisiteurs qui avaient instruit l'affaire convoquaient le tribunal ou conseil de l'inquisition (**), lui soumettaient un extrait de la confession de chaque accusé, en supprimant son nom; sur quoi les conseillers prononçaient.
Ces peines étaient de trois sortes : 1° la pénitence arbitraire; c'était le châtiment des moindres fautes; on donnait des croix, on imposait des pèlerinages grands ou petits, à la discrétion des inquisiteurs; 2° l'emprisonnement perpétuel; 3° la remise au bras séculier, c'est-à-dire la mort. Les relaps et les impénitents étaient de droit livrés au bras séculier (***).
« Ce système d'interrogatoires artificieux et de tortures morales passa, dit M. de Sismondi, de l'inquisition dans la procédure criminelle, et y produisit une révolution. Tout avait été public dans l'antienne justice française. L'inquisition, au contraire, s'entoura d'épaisses ténèbres ; l'enquête, le nom même des témoins, tout fut secret. Toutefois, la torture proprement dite n'est point encore mentionnée parmi les moyens d'investigation ; ee ne fut guère qu'un demi-siècle plus tard qu'elle devint d'un
(*) C'est ainsi que Ton nommait les grandes assises de l'inquisition.
(**) Ce conseil se composait del'évèqueou de son vicaire, de moines dominicains, auxquels on adjoignit , dans la suite comme on l'a déjà vu, un franciscain et des docteurs en droit canon.
(***) Doctrina de modoproeedendi,etcM apud Marten. Thesaur. arieed. , t. V; Sismondi, Hist. des Frauç., t. VII; Henri Martin, Hist. de France , t. IV.
INQUISITION
INQUISITION
usage fréquent dans les tribunaux tant
civils qu'ecclésiastiques. »
On voit déjà vers 1289 le parlement de Paris entrer en lutte contre l'inquisition , qui sévissait en ce temps-là de la manière la plus abusive dans les provinces du Midi. Frère Nicolas d'Abbeville, inquisiteur à Carcassonne, semblait avoir pour but non plus la destruction des hérétiques, mais les moyens d'extorquer de l'argent ; il faisait menacer, emprisonner, mettre à la torture ceux qui lui paraissaient assez riches
Sour pouvoir se racheter. Philippe le el fut enfin forcé de défendre au sénéchal de Carcassonne d'emprisonner gui que ce fût sur la seule demande des inquisiteurs.
Le même prince voulant, en 1202, affaiblir le crédit de l'Église, révéla tout à coup au public toutes les horreurs qui avaient été commises par l'inquisition , et qui jusqu'alors avaient été sanctionnées par l'autorité royale. Le frère Foulques de Saint-George était alors grand inquisiteur à Toulouse. Philippe écrivit en ces termes à l'évéque de cette ville : « La clameur et les plaintes de « nos fidèles, des prélats, des comtes, « des barons et d'autres personnes di- « gnes de foi , nous ont appris que le « irère Foulques de l'ordre des frères « prêcheurs, qui exerce dans le Toulou- * sain les fonctions d'inquisiteur, ne « craint point de commettre des forfaits « qui soulèvent d'horreur, sous prétexte « de la foi catholique. Il afflige et acca- « ble nos fidèles et nos sujets par des « exactions, des excès, des oppressions « et des charges sans fin. Il commence « ses procès d'inquisition par l'arresta- « tion et la torture, pour laquelle il in- « vente des tourments inouïs. Ceux qu'il «accuse selon son caprice, il les force «à des aveux mensongers par la me- « nace ou les tourments; et s'il ne peut « ainsi leur arracher des paroles suffi- « santés pour leur condamnation, il « suborne contre eux de faux témoins. »
Une ordonnance du roi défendit en même temps qu'aucune personne fût arrêtée sans le consentement et par aucune autre autorité que celle du sénéchal du roi (*).
(*) Ordonnance du 3 mai aux sénéchaux de Toulouse , Beaucaire et Carcassonne.
Cependant Marguerite de la Porette
fut encore brûlée a Pans vers 1314, par ordre de l'inquisition. C'était une femme pieuse et savante, dont tout le crime était d'avoir écrit sur l'amour de Dieu un livre que l'on trouva infecté de quiétisme. D'ailleurs Jean XXII usa de tout son ascendant sur Philippe pour donnei un plus libre cours aux procédures des tribunaux de la foi. On fit, de 1308 à 1319, six sermons à Toulouse seulement. Le dernier fut présidé par l'historien frère Bernard Guidonis, qui s'intitulait, avec frère Jean de Beaune, inquisiteur de la foi dans tout le royaume de France* Cent huit ennemis y figurèrent, et dans ce nombre, vingt-sept furent condamnés à une prison perpétuelle, au pain et à l'eau; treize moururent avant ou pendant l'instruction du procès ; quatorze furent condamnés à mort par contumace; enfin quatre seulement turent brûlés vifs.
En 1350, sous Philippe de Valois, toute la France, dit M. de Sismondi, était soumise aux tribunaux de la foi, à la réserve du Maine et de l'Anjou; et quelques hérétiques, poursuivis par le grand inquisiteur, Guillaume Miles, s'étant réfugiés dans ces provinces, Clément VI ordonna (26 septembre 1351) que les ordres du grand inquisiteur de France y fussent exécutoires, comme dans le reste du royaume.
En 1372, à l'instigation de Grégoire XI, les procédures de l'inquisition se multiplièrent dans le Midi et dans le Nord. A Paris et dans diverses villes du royaume, un grand nombre d'hérétiques nommés turlupina furent brûlés. Le grand schisme qui survint peu de temps après (1378) suspendit seul les persécutions religieuses.
En 1881 , Hugues Aubryot, prévôt de Paris, la plus illustre des victimes de l'inquisition en France, fut condamné à une pénitence publique, et exposé sur un échafaud dressé au parvis Notre- Dame. Il fut ensuite enmurê dans les cachots de l'inquisition , pour y finir ses jours au pain et à l'eau.
Des noms d'inquisiteurs figurent encore dans nos annales jusqu en 1465; mais cette institution, ayant contre elle le génie national, l'opposition des parlements et la jalousie de l'autorité royale,
INSPÉCTEtJRS
L'UNIVERS