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GRASSE

capitulèrent au premier coup de canon.

Le vainqueur leur demanda une contribution ae 60,000 livres. Alors, par un acte louable de patriotisme et de charité, l'évêque, M. de Surian , paya seul généreusement la somme exigée par l'ennemi.

En 1815, Grasse fut le premier bivouac de IVapoléon, à son retour de l'île d'Elbe.

Grasse était le siège d'un évêché suffragant d'Embrun , qui y fut transféré d'Antibes, vers le milieu du treizième siècle. Beaucoup d'habitants de cette dernière ville , chassés par les fréquents pillages des corsaires de Barbarie, s'étaient, à la même époque, établis à Grasse.

Le commerce de Grasse consistait principalement en fruits, en parfumeries, en huiles, en cuirs, etc. La parfumerie est encore aujourd'hui la principale source de sa prospérité.

Grasse faisait partie de l'ancienne Provence, dépendait du parlement et de l'intendance d'Aix , possédait une viguerie, une sénéchaussée, une justice royale.

Elle est la patrie de Godeau , un de ses évêques , du conventionnel Isnard,etc.

Grasse ( François - Joseph - Paul , comte de) , marquis de Grasse - Tilly, amiral, naquit en 1723 , à Valette , en Provence. Après avoir rapidement passé par tous les grades, il fut nommé , en 1779, chef d'escadre, et partit de Brest avec quatre vaisseaux et plusieurs frégates, pour rejoindre d'Estaing à la Martinique. Le 6 juillet, lors du combat de la Grenade (voyez ce mot), il ne s'engagea qu'à la fin de l'action. On attribua, dans le temps, le retard de Grasse à une jalousie contre son général : quant à lui, il en accusa les vents; les gens impartiaux n'y virent que de l'impéritie.

L'année suivante, il prit part aux combats des 17 avril, 15 et 19 mai, que M. de Guichen livra à Rodney. La campagne terminée, il retourna à Brest, partit encore en mars 1781 , à la tête de 20 vaisseaux de ligne, qui portaient aux États-Unis des secours d'hommes et d'argent , et en même temps escortaient plusieurs flottes marchandes di-

eu asse L'UNIVERS.

rigées vers les îles de l'Amérique. Dans sa route , et près des atterrages de la Martinique , Grasse rencontra l'amiral Hood avec des forces très-inférieures aux siennes, et qu'il aurait pu anéantir. Le combat fut assez vif; mais l'amiral anglais sut combattre , faire assez de mal, et se retirer avec une perte peu considérable. Le 2 juin de la même année, il contribua à la prise de Tabago, et s'étant ensuite rendu sur les côtes de l'Amérique septentrionale, il battit l'amiral Graves, qui portait à bord de son escadre des secours pour l'armée anglaise. C'est la seule victoire qui appartienne exclusivement à de Grasse. Le général Cornwallis s'était , pendant ce temps, retranché à York-Town ; mais Washington, Rochambeau et la Fayette, secondés par l'escadre de de Grasse, le forcèrent de capituler , et de signer, le 19 octobre , l'indépendance de l'Amérique insurgée.

Ayant fait voile pour les Antilles, et réparé la flotte à la Martinique, l'amiral rie Grasse en partit le' 5 janvier 1782, avec 6,000 hommes , commandés par Bouillé. Débarqués dans l'île de Saint- Christophe, ils attaquèrent le fort de Briens-Tom-Hill, au moment où l'amiral Hood venait au secours de Pîle.De Grasse, au lieu de rester à son poste pour protéger l'opération de Bouillé, leva l'ancre de l'inexpugnable rade de Basse-Terre, et, avec 32 vaisseaux, alla attaquer l'amiral anglais, qui n'en avait que 22. Celui-ci, par une manœuvre adroite, recule, attire son ennemi au large , et le tournant, va s'embosser dans le mouillage qu'on lui avait laissé libre si gratuitement. De Grasse, dont la commotion violente qu'il éprouva en se voyant si complètement joué , avaut peut-être affaibli les facultés intellectuelles, se laissa aller à la fureur. Il vint deux fois livrer combat, mais toujours sans succès. Par bonheur, Bouillé , malgré la faute de l'amiral , avait pris le fort de Briens-Tom-Hill ; mais , quoique Hood se trouvât alors placé entre le feu de l'artillerie de la place et celui de la flotte française, il réussit, par une nouvelle adresse , à se retirer en bon ordre, en causant plusieurs dommages aux marins français.

On a blâmé avec raison de Grasse de

n'avoir pas mouillé par le travers de la flotte anglaise, pour la combattre bord à bord, ou de n'avoir pas tenté ce que fit depuis Nelson à Aooukir , c'est-àdire, couper la ligne ennemie par le milieu, et doubler les ailes. Mais il s'en fallait bien que de Grasse fût un Nelson. Cependant, l'île de Saint-Christophe, et ensuite celles de Monserrat et de Newis, furent conquises par Bouillé.

En même temps, l'amiral français partit en avril 1782 du port royal de la Martinique, pour transporter des troupes françaises à l'île de Saint-Domingue, où il allait rejoindre l'escadre et des troupes espagnoles qui , conjointement avec lui , devaient conquérir la Jamaïque. Il était précédé d'un convoi de 150 bâtiments de transport, et avait 33 vaisseaux. La flotte anglaise de Rodney s'étant offerte à son passage, dans un moment où il était favorisé par un vent propice, il en attaqua l'avant-garde, sans que l'amiral anglais put venir au secours des siens. Cependant, de Grasse ne sut pas tirer parti de tous ces avantages, et , satisfait de quelques faibles succès , il se mit hors de portée des Anglais. Quelques-uns de ses vaisseaux escortaient son convoi, lorsque le vaisseau le Zélé , qui déjà dans la nuit du 10 au 11 avait abordé et fortement endommagé le Jason, aborda dans la nuit du 12 la Fille de Paris , et se trouva dégréé. Il aurait suffi de le faire relâcher dans un des ports voisins , ou de le briller après en avoir retiré l'équipage ; mais de Grasse voyant les Anglais sur le point de s'emparer de ce bâtiment et de la frégate envoyée pour le remorquer , se porta avec toute sa flotte au secours d'un seul vaisseau.

Rodney le punit de son imprudence, et, l'ayant poursuivi, l'attaqua de tous côtés avec des forces imposantes; après un combat (le 12 avril 1782) très-sanglant, qui se prolongea pendant 10 heures, et où de Grasse et ses officiers montrèrent un admirable courage , il fut contraint d'amener son pavillon, ainsi que plusieurs autres de ses vaisseaux. Il montait la fille de Paris; la moitié de son équipage avait été mise hors de combat, et le vaisseau avait été si maltraité, qu'il coula bas avant d'arriver en Angleterre. Les Français

GRATSCHATZ L'UNIVERS.

ii RAYE

avaient eu 3,000 hommes tués, les deux tiers de plus que l'ennemi; ils avaient perdu 6 vaisseaux; six de leurs capitaines avaient péri. (Voyez Dominique [combat de la] )

L'amiral, vaincu et prisonnier , fut conduit à Londres; il y reçut des éloges qui tournaient à la gloire des Anglais, et excita vivement la curiosité publique. « Trompé par son amourpropre, de Grasse ne sentit pas assez pourquoi on le vantait , pourquoi on l'appelait le valeureux Français; il cédait au désir qu'on avait de* le voir, et n'eut point la dignité qui convient au malheur. Sa conduite en Angleterre le fit mépriser eu France, où le déchaînement contre lui était universel. Il y eut contre lui de sanglantes épigrammes (*). »

De retour en France , il publia sur cette affaire un Mémoire dans lequel il se plaignait amèrement de plusieurs de ses officiers; il est à croire que ses plaintes étaient mal fondées, puisque le gouvernement n'y lit aucune attention. Depuis lors, il ne fut plui emplové, et mourut à Paris, le 11 janvier 1788, âgé de 67 ans. De Grasse avait cette brillante valeur commune à tous les Français; les marins disaient même de lui : // a six pieds ; et six pieds un pouce les jours de combat.

M is l'expérience même ne put éclairer son manque d'étude et de capacité, et il se serait mieux distingué comme subalterne ou capitaine de vaisseau. Il passait pour être extrêmement fier , mais probe et loyal (**) : ces derniers titres ne peuvent qu'honorer sa mémoire.

Gratschatz (combat de). Voyez Gospitsch.

(*) Drof , Histoire de Louis XVI, t. I , p. 36 i. Ot auteur ajoute : "Les femmes por- « laieut des croix à In Jeannette ; c'élaient

- des eroix d'or surmontées d'un cœur. On « en fit à la de Grasse ; la seule différence m c'esl qu'elles étaient sans cœur. On assura • que l'amiral racontait ipie le roi d'Angle-

- terre l'avait reçu parfaitement, et lui avait « dit : Je vous rêver roi avec plaisir à la tête « des armées françaises. »

(**) A Saint-Domingue il avait offert d'engager sa fortune pour emprunter l'argent nécessaire à l'armée.

Grave (sièges de). — Louis XIV, maître d'une grande partie de la Hollande, établit pour gouverneur deGrave, sur la Meuse , le marquis de Chamilli.

Le prince d'Orange en fit le siège en 1674. Chamilli témoigna au comte d'Estrade, gouverneur de Maèstricht, son inquiétude sur les otages hollandais conservés dans la place , et l'embarras où le mettait une disette absolue d'argent. Six cents hommes partent de Maèstricht, sous la conduite du capitaine M clin; traversent le camp hollandais sur un point mal garde; remettent à Chamilli l'argent qui lui est nécessaire, et traversent une seconde fois le camp des ennemis , sans qu'on songe à s'opposer à leur entreprise. Cependant , à force de travaux , de temps et de patience , le prince d'Orange entra dans Grave (1674).

— Le général Salm, commandant une des di\ isions de l'armée du Nord, chargé d'investir la ville de Grave, en commença le blocus le 28 octobre 1794.

Vainement cette ville fut sommée, bombardée, canonnée pendant deux mois.

Son gouverneur ne se rendit qu'au moment où il manqua de vivres et de munitions. Sa garnison, forte de 1,500 hommes, fut faite prisonnière de guerre (28 octobre au 28 décembre 1794).

Grave (Pierre-Marie, marquis de) naquit, en 1755, d'une noble famille du Languedoc ; il était premier écuyer du duc de Chartres lorsque éclata la révolution ; il en adopta les principes, fut nommé maréchal de camp en 1792, et remplaça Narbonne au ministère de la guerre. Dumouriez l'accuse d'avoir été l'auteur de tous les désastres de l'armée de Flandre. Démissionnaire au 8 mai , décrète d'accusation au 27 août, il se réfugia en Angleterre et ne revint en France qu'en 1800. Napoléon le nomma commandant de l'île d'Oléron , et, à la restauration, le marquis de Grave devint lieutenant général, pair de France, et chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans. 11 mourut au Palais Royal en 1823.

Plusieurs contemporains nous ont laissé des portraits de de Grave. Bertrand de Molleville et Dumouriez ne sont pas moins sévères à son égard que madame Roland. « C'était, dit-elle dans

« ses Mémoires , un petit homme que « la nature avait fait doux, à qui ses « préjugés inspiraient de la fierté, que « son cœur sollicitait d'être aimable, « et qui , faute d'esprit pour les conci- « lier, finissait par n'être rien. »

Gra. velues , Gravelina , Graverengse, forte ville maritime de la ci-devant Flandre, aujourd'hui du département du Nord ( arrondissement de Dunkerqqe ). Avant le douzième siècle, Gravelines n'était qu'un chétif village nommé Saint -Willebrod, que le comte Thierry d'Alsace fit fortifier pour arrêter lescourses des Anglais , où il attira de nombreux étrangers et dont il fit son séjour ordinaire. Son fils Philippe acheva les fortifications et perça, entre la mer et la ville ? un canal que la rivière d'Aa remplit aussitôt en y formant un port commode. Le commerce vivifia rapidement cette localité dont Rigord disait déjà, dans les premières années du treizième siècle : GraoaringtiS) villam opulentam in Jinibus Flandrix sitam.

La possession en. lut souvent disputée.

En 1302,Oudartde Maubuisson la prit et y mit le feu ; cédée aux Anglais par le traité de Bréfigny, elle leur fut reprise par Philippe "le Hardi, duc de Bourgogne, en 1377; l'évêque de Norwichy rentra et la saccagea en 1382; les Anglais l'occupèrent au quinzième siècle. Elle finit cependant par rester au duc de Bourgogne pour passer au pouvoir de Charles-Quint, qui, en 1528, y fit construire un château et plusieurs bastions. Trente ans plus tard , il se livra sous ses murs une bataille célèbre.

En 1558, le maréchal de Termes, qui avait pris amassant Dunkerque , Berg- Saint-Vinox et Nieuport, se vit attaqué, le 13 juillet, par le comte d'Egmont, à la tête de 12,000 hommes de pied et 3,000 chevaux. Il n'avaittoutau plusque 10.000 hommes, dont plus de la moitié étaient Allemands ét le reste Gascons. Ces derniers se défendirent avec vaillance ; les Allemands , au contraire , paraissaient indifférents à l'issue du combat. Sur ces entrefaites, dix vaisseaux anglais qui, par hasard, se trouvaient à portée d'entendre la canonnade, accoururent s'embosser sur la droite de l'armée française, appuyée à la mer. Les soldats de Ternies furent saisis d'un trouble extrême

nuand ils se virent pris à revers par 1 artillerie anglaise, précisément du côté où ils s'étaient crus le plus en sûreté. Ils se mirent à fuir ; mais ils rencontrèrent bientôt les paysans flamands furieux des outrages qu'ils avaient reçus, des pillages et des cruautés qu'on avait exercés contre eux. Ils ne firent grâce à aucun des fuyards. L'armée tout entière fut détruite , et ses chefs , de Termes, Villebon, Annebault, le comte de Chaulnes, Séuarpons et Morviliiers, demeurèrent captifs entre les mains des Espagnols. Cette défaite , suivant de si près celle de Saint- Quentin , fit perdre courage à Henri II , et détermina les conditions sévères de la paix de Cateau- Cambrésis.

Les maréchaux de la Meillerave, Rantzau et de Gassion, secondant le duc d'Orléans, qui commandait, en 1644, l'armée des Pajrs-B.is , se réunirent tout à coup, le !•* juin, pour attaquer Gravelines, tandis que Tromp, avec une flotte hollandaise, attaquait cette ville par mer. Le siège fut long; tous les ouvrages furent défendus avec beaucoup de vigueur : les Français y perdirent beaucoup de gens de marque. Enfin, Ferdinand deSolis, qui commandait dans la place, fut obligé de se rendre' le 29 juillet. Après avoir fait la circonvallation les Français avaient été avertis que Mélos, posté à Bergues avec une assez petite armée, devait être renforcé de celles du comte d'Isembourg , de Bucquoi , de Bec , du duc de Lorraine, et de Picolomini. La réputation de tant de grands capitaines avait donné de l'inquiétude à la plupart des olficiers assiégeants. L'un d'eux avait dit que l'armée espagnole était une armée de capifaines. « Eh bjen ! répondit Gassion , « nos soldats battront ces capitaines. » Lorsque la place a capi;ulé, le régiment des Gardes , conduit par la Meillerave, entre le premier dans ses murs, le premier régiment de l'armée étant le seul qui, suivant le funeste usage du temps, ait droit d'entrer dans une ville conquise , quand il est assez fort pour la garder. Gassion voulant y faire entrer le régiment de Navarrî, la Mcilleraye s'y oppose; la querelle s'échaulfe ; ils mettent tous les deux l'épée à la main, l'un criant: «A moi Navarre! » etl'au-

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