‹ FranceChapitre 364 sur 378 · VERS. LA FAYETTE · texte numérisé non relu

VERS. LA FAYETTE

De retour en Europe, H y acquit bientôt une popularité immense. Ses mœurs simples , sa franchise américaine tempérée par un vernis de cette politesse française, qu'il possédait au plus haut degré , lui gagnèrent tous les coeurs. Appelé, en 1787 , à la première assemblée des notables , îl s'y prononça pour la suppression des lettres de cachet et des prisons d'État, obtint un arrêté en faveur des protestants, privés, depuis la révocation de l'édit de Nantes, de la jouissance des droits civils; enfin, il fit la motion expresse (et ce mot nouveau , comme la chose qu'il exprime était nouvelle, fut alors prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires.

La seconde assemblée des notables n'ayant marqué son existence que par son opposition au vœu général, la nécessité amena enfin la convocation des états généraux. La Favelte en fit partie, comme député de la noblesse d'Auvergne ; et il y prit pour la première fois la parole, le 8 juillet 1789 , pour appuyer la célèbre motion de Mirabeau sur l'éloignement des troupes. La situation critique où l'assemblée se trouvait alors, et l'opinion générale que les projets les plus violents avaient prévalu dans les conseils du gouvernement , le déterminèrent à ne pas différer de faire décréter par l'assemblée une déclaration des droits de l'homme; sa motion fut adoptée après une longue et sérieuse discussion. (Vovez Droits db l'homme.)

Cependant les dangers croissaient pour l'Assemblée nationale; nommé vice-président durant cette crise violente, la Fayette occupa le fauteuil pendant les nuits des 13 et 14 juillet : il fit alors décréter la responsabilité des ministres, et, le 15 juillet, le lendemain de la prise de la Bastille, il se rendit à Paris à la tête d'une députation de soixante membres de l'Assemblée. Le peuple était encore ému des dangers qu'il venait de courir et du triomphe inattendu qui les avait couronnés ; du milieu de ce mouvement surgit la pensée que la liberté, que l'on venait de conquérir, ne pouvait être conservée que par l'établissement d'une garde civique.

Cette idée, aussitôt adoptée, fut à l'ins-

tant exécutée, et la Fayette fut élu d'une voix unanime commandant de la

farde nationale. ( Voyez Commune de ABTS , ÉLECTEURS êt GARDE NATIO- NALE.)

La prise de possession de ce commandement fut Tordre de démolir la Bastille; dès le 16 , cet ordre fut expédié, on l'exécuta avec transport : jamais l'ivresse du peuple n'avait été plus grande. Le 26, la Fayette présenta à rassemblée des électeurs la cocarde tricolore : « Cette cocarde, dit-il, fera le * tour du monde. » N'ayant pu, quelque temps après, sauver Foulon et Berthier de la fureur du peuple , il voulut donner sa démission ; et il fallut les plus vives instances de la part des électeurs pour l'engager à conserver son commandement. Le 5 octobre, à la suite de la plus terrible émeute que l'on eût encore vue, il marcha avec la garde nationale sur Versailles , où s'était porté le peuple de la capitale, et le 6, il parvint à sauver la famille royale, qu'il ramena à Paris , où vint s'établir aussi l'Assemblée constituante.

Dans le procès de Favras , qui s'était déclaré son ennemi personnel , il maintint de tout son pouvoir l'indépendance des juges, et, peu de temps après, il fît relâcher un homme qui avait tiré sur lui un coup de fusil a bout portant, au Champ de Mars. A l'Assemblée nationale , il demanda le jury anglais , les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse héréditaire; il insista surtout pour que l'égalité des citoyens fût proclamée, et fit décréter que le même individu ne pourrait commander à la fois les gardes nationales de plusieurs départements. Dans la discussion du 20 février 1790, il proclama que l'insurrection était le plus saint des devoirs, lorsque l'oppression et la servitude rendaient une révolution nécessaire.

La société des amis de la constitution avait, presqu'à son origine , compté la Fayette au nombre de ses mem lires.

Lorsque les principes démocratiques commencèrent à dominer dans cette célèbre société , connue dorénavant sous le nom de club des Jacobins , le général fonda avec Bailly, pour lui servir de

contre-poids, le club des Feuillants, qui devint le centre du parti constitutionnel.

Bientôt après Louis XVI fit sa malheureuse tentative d'évasion , au moment où il venait d'engager sa parole qu'il ne ferait rien pour se soustraire à la surveillance constitutionnelle ; et l'Assemblée nationale se contenta de suspendre le pouvoir royal dans les mains de ce prince , se réservant de le lui rendre quand il aurait accepté la constitution. Les patriotes pensèrent avec raison que cette acceptation ne pouvait être qu'illusoire, et qu'un roi qui avait voulu échapper par la fuite à cette constitution, ne pourrait jamais se regarder comme obligé à la respecter, par un acte qui pourrait toujours être considéré comme forcé. Ils se réunirent donc au Champ de Mars, afin de signer, sur l'autel de la fédération, une pétition dans laquelle ils demandaient à l'Assemblée de suspendre toute décision à l'égard du roi, jusqu'à ce que les départements se fussent prononcés. L'Assemblée craignit qu'une manifestation trop énergique des vœux de la nation ne lui forçât la main. Elle tenait au gouvernement constitutionnel, qui est le véritable gouvernement de la bourgeoisie, et ne voulait pas de la république. Elle fit donc tous ses efforts pour empêcher que la pétition du Champ de Mars ne fût signée. Bailly et la Fayette furent chargés de prendre des mesures pour dissiper le rassemblement ; ils voulurent s'acquitter de cette mission; mais les pétitionnaires, qui étaient dans leur droit, résistèrent; la loi martiale fut proclamée , et le sang des citoyens coula sur l'autel de la patrie. Cette exécution, qui, plus tard, fut le motif de la condamnation de Bailly, fitdès lors perdre à la Fayette toute sa popularité. Il se démit de son commandement le 8 octobre 1791, et se retira dans ses terres.

Le ministère les lui fit quitter peu de temps après , pour le charger de commander l'une des trois armées qui devaient repousser les efforts de la première coalition. Les premiers moments de son commandement furent marqués par d'utiles améliorations : il rétablit la discipline , dérangée à dessein par les officiers royalistes , et parvint à faire re-

Page 1