GRAVURE
faussaires qu'à force d'art , de talent , de finesse de burin et de difficultés à vaincre; aussi certaines de ces productions sont-elles de vrais chefs-d'œuvre.
S'il nous est impossible de remonter à l'origine de cette spécialité, disons au moins que, dans les temps modernes, MM. Andrieti, Barre, Cornouailles, Galle et Saunier, se sont acquis en ce genre une réputation méritée.
Parlons enOn, pour terminer cette section, des fers à reliure ou à gaufrer. Le retour aux vieilles traditions des relieurs du seizième siècle a ramené chez nous le goût des belles reliures; le dessin d'ornement trouve ici une de ses plus belles applications. Nous parlerons à l'article Rkliube de l'histoire de cette industrie: contentons-nous de dire ici que la gravure des fers destinés à exécuter les ornements des reliures a fait aussi de grands progrès , et citons M. Chesle comme l'un des artistes les plus célèbres en ce genre.
Gravure en creux ou en taille-douce.
L'histoire de la gravure en tailledouce est bien plus connue que celle des genres précédents; sans essayer de raconter son origine, qui est italienne, nous devons au moins dire que l'orfèvre florentin Maso Finiguerra tira , en 1452, une épreuve d'une nielle (voyez Nielle et Okfévbebie) d'après le procédé des graveurs en bois. Bientôt après, l'Allemagne eut aussi ses graveurs sur métal. La France, alors occupée de chasser l'Anglais de son territoire et de se remettre d'une guerre de cent ans, ne cultivait que faiblement les arts. Ce fut en 1488 que parut le premier livre français imprimé avec des planches gravées sur cuivre. Ce livre fut imprimé à Lyon , sous le titre de Pérégrinations de oultre-mer en terre sainte, par Nicolas le Huen. Mais on pourrait objecter au savant Jansen , qui raconte ce fait, qu'en admettant avec lui que l'ouvrage de le Huen soit le premier livre français illustré de gravures en tailledouce, il a bien pu paraître avant 1488 des estampes isolées, et dont le souvenir, comme celui de tant d'autres choses du même genre, s'est perdu. Quoi qu'il en soit, l'Italie voyait fleurir la belle école de Marc-Antoine, que la nôtre
n'était pas encore constituée. Elle commença dans la seconde moitié du seizième siècle, avec J,ean Duvet, Étienne de Laulne, Noël Garnier, Nicolas Béatricet, P. Voeiriot, Jacques Périsin , Tortorel et Renée Boivin. Léonard Gaultier, né vers 1560, et qui florissait à Paris sous le règne de Henri IV, est le plus célèbre de nos anciens graveurs, et il mériterait d'avoir plus d'illustration encore. Sa belle gravure du Jugement dernier, d'après Michel-Ange, ses Amours de Cupidon et de Psyché, d'après Raphaël (entrente-deux feuilles), et plusieurs portraits, sont les morceaux les plus remarquables de son œuvre, qui comprend plus de huit cents pièces gravées avec une finesse, une précision et une correction de dessin très-remarquable.
Androuet Ducerceau , Étienne Dupérac, Philippe Thomassin et Thomas de Leu, publiaient à la même époque d'excellentes estampes et en divers genres et achevaient de donner à l'école française une consistance réelle. Sous Richelieu et Mazarin, l'inimitable Callot, J belle. Chaperon, Pérelle, brillèrent d'un vif éclat. Ce fut cependant sous Louis XIV seulement que notre école devint la première de l'Europe ; on remarqua alors en France une extraordinaire réunionde talents ; Poilly, Étienne Baudet, Pesne, Guillaume Château, Claudine Stella, Gérard, Audran, Édelink , Nanteuil , Masson , Van Schuppen, sont les plus célèbres de ces artistes. Louis XIV contribua, sans nul doute, aux progrès que fit la gravure sous son règne, en accordant à cet art une protection toute spéciale, et en rendant en 1660, à Saint-Jean de Luz, un édit pour le déclarer art libéral, et affranchir de toute maîtrise ceux qui se livraient à sa culture.
Sous Louis XV, Benoît et Jean Audran, Nicolas Dorigny, Charles et Louis Simoneau , Gaspard Duchange , Nie- Henri Tardieu, Alexis Loir, Louis Desplaces , élèves de Gérard Audran , continuèrent les traditions du maître et la gloire de l'école; et après eux vinrent les deux Dupuis, Laurent Cars, Philippe Lebas , les Drevet et Balechou , non moins célèbres que leurs devanciers. Ce fut alors que l'Europe, qui