ESTAMPES
v De la gravure sur bois ou en relief.
Dans la gravure sur bois ou en relief, l'artiste laisse sur le bois ce qui doit faire les noirs et creuse pour produire les blancs ; de telle sorte que quand le rouleau de l'imprimeur passe sur la planche, il n'atteint et ne noircit que ce qui doit être noir sur l'estampe; c est le même procédé de tirage que pour l'impression des livres. On conçoit, en conséquence , qu'il est facile d'intercaler, et sans doubler l'opération du tirages des gravures sur bois dans un livre, le texte et les gravures s'imprimant ensemble.
La gravure sur bois dure longtemps, se multiplie par les clichés (voyez Imprimerie), s'exécute à bqn marché, et lorsqu'elle est exécutée avec intelligence, elle donne d'excellents résultats. On conçoit, du reste, que la gravure en relief peut être exécutée sur métal; c'est un progrès que MM. Andre\y, Best et Leloir, ont fait faire à cet art dans ces dernières années; nous en reparlerons plus loin. Cette espèce de gravure doit surtout intéresser les amis de l'instruction populaire. « Tirée d'un seul coup de presse avec la page imprimée, elle convient merveilleusement, a-t-on dit, à l'instruction des masses, qu'il est nécessaire d'attirer par la curiosité des yeux à celle de l'inteiligence. » En effet, c'est elle qui a permis d'entreprendre la publication des Magasins et des livres illustrés, qui , chaque semaine, répandent dans les campagnes et dans les ateliers le goût des arts, et tant d'utiles connaissances.
Quelle est l'origine de la gravure sur bois? La France, l'Allemagne et l'Italie s'en disputent l'invention; les uns disent que ce sont les cartes à jouer qui lui ont donné naissance; les autres que ce sont de petites estampes représentant des sujets religieux avec des légendes.
S'il est difficile d'avoir une opinion bien nette sur ces questions, on peut du moins affirmer que dès le premier quart
do quatorzième siècle la gravure sur * bois était connue, et qu'il est probable que cette invention, d'origine chinoise, aura été connue simultanément dans les pays qui, les pièces en main, se disputent l'honneur de sa découverte. On verra , au reste, à l'article Impri meri e, les détails relatifs à cet intéressant débat; car les origines de l'imprimerie sont cachées dans celles de la gravure sur bois.
Quoi qu'il en soit, de bonne heure, ne genre de gravure fut appliqué à la décoration des livres, où les estampes remplacèrent les miniatures des manuscrits. Le premier ouvrage français orné de gravures semblables est, dit-on, la traduction du Spéculum humanœ saloationiSf imprimé à Lyon en 1478, infolio; et disons-le, dès à présent, Lyon paraît avoir été , jusqu'à la Gn du seizième siècle , le centre d'une école célèbre d'imprimeurs et de graveurs. Les artistes de ce temps, appelés tailleurs (*) d'histoires et défigures, sont assez peu connus; on cite cependant les noms de Toliat, à la fin du quinzième siècle; de Raefé, de Pierre Voeiriot, de Noël Garnier, de Bernard Salomon, dit le petit Bernard, élève de Jean Cousin, et dont les œuvres sont célèbres (entre autres son Déluge de la Bible de Lyon); de Jean le Maître, de Moni, de George Mathieu , de Cruche , presque tous de Lyon, et enfln de Jean Cousin luimême.
La gravure en taille-douce vint bientôt faire une terrible concurrence à la xylographie. Cependant le dix-septième siècle peut encore citer quelques noms illustres; sous Henri IV, Leclerc et Pierre Rochienne; sous Richelieu, Etienne Duval et Palliot; sous Louis XIV, les deux Papillon et les deux le Sueur. Mais le dix-huitième siècle vit finir l'existence de la gravure sur bois en France; en vain J. Papillon et
Îuatre nouveaux membres de la famille es le Sueur, continuant la profession
Paternelle , luttèrent contre le goût de époque, la fin de la gravure sur bois était arrivée, et c'est à peine si Godard d'Alençon sut conserver encore les traditions.
(*) Tailleur, de faille, intaille, ce qu'on «aille dans le bois; de là taille-douce, etc.
Mais au commencement de ce siècle, Berwick, en imaginant en Angleterre de nouveaux procédés , en substituant la gravure sur bois debout et au burin à la gravure sur bois de fil et au canif, régénéra un art oublié, et opéra, on peut le dire, une révolution dans Pimprimerie et la librairie. « L'introduction de la nouvelle gravure en relief, en France, fut très-lente. L'Angleterre avait déjà répandu, à très-bon compte, dans le commerce des livres ornés de ces gravures, que nous en étions encore à de rares essais; il fallut même qu'un graveur habile de cette contrée vînt en France pour y rendre cet art populaire; ce graveur cVst Thompson. » (Rapport sur l'exposition de 1839.) De 1824, année où Thompson vint en France, et où il exposa les premières gravures sur bois qui parurent au salon, jusque vers 1834, la gravure sur bois ne brit pas une grande extension. Godard bis est le premier Français qui exposa, en 1827, une belle gravure d'après la méthode anglaise. Mais bientôt une ou deux vignettes ornèrent tout nouveau roman.
Enfin, à partir de 1835, on vit paraître les nombreux Magasins, surtout le Magasin pittoresque, et un très-grand nombre de livres illustrés p, qui donnèrent à la gravure sur bois une impulsion telle, que les beaux jours du quinzième siècle semblaient être revenus. MM. Andrew, Best et Leloir introduisirent alors un utile perfectionnemeut : au lieu de bois, ils employèrent le cuivre, et, à l'aide de l'eau-forte et du burin, obtinrent des gravures en relief d'un bien meilleur effet. Voici la liste k peu près complète des xylographes qui se sont fait un nom depuis dix ans; ce sont MM. A ndrew, Belhatte , Best , Rrevière , Cherrier, Chevauche!, Godard d'Alençon, les deux Lacoste, Leloir, Maurisset, Porret, Rouget et Tellier.
Gravure en relief sur acier.
Avant de clore le chapitre relatif à la gravure en relief, nous devons parler de la gravure en relief sur acier; c'est elle
3u i fournit aux grands établissements 'industrie leurs billets imprimés. On ne peut lutter contre la contrefaçon des
(*) Ils se sont élevés à 700 dans une seule
année.