G RECOURT
poléon, mais sans avoir davantage à a s'en louer. Plusieurs membres de l'association , et notamment un jeune
f>atriote', faisant ses études à Pise, ui offrirent les moyens de délivrer la Grèce sans avoir recours à l'insidieux Ali -Pacha. Après la chute de Napoléon, l'hétairie, qui, réduite à elle-même, se croyait condamnée à l'im-
fmissance, plaça tout son espoir dans a Russie. A partir de 1816 jusqu'à l'année 1821, où éclata l'insurrection, les Grecs se bercèrent de l'idée que les Russes, leurs coreligionnaires, viendraient à leur secours, il n'en fut rien, et le czar s'empressa de désavouer ses propres agents. Mais bientôt les applaudissements de la France vinrent soutenir l'audacedes Grecs; aux applaudissements succédèrent les secours effectifs; et, en dernier lieu, ce fut avec notre assistance que l'hétairie parvint à accomplir une révolution commencée sous la foi des promesses mensongères de la Russie.
Ce qui est arrivé pour la délivrance de la G rèce s'est renouvelé depuis qu'elle a pris rang parmi les nations modernes, et il continuera d'en être de même dans la suite. Avec l'alliance française, les Grecs sont sûrs de conserver leur nationalité et d'obtenir des moyens d'agrandissement; avec la protection de la Russie , ils n'ont rien autre chose à espérer que l'incorporation de leur pays à l'empire moscovite, assez disposé à ne voir en eux que des ilotes. Sous des formes moins violentes, la protection de l'Angleterre ne leur promet rien de plus rassurant : l'exemple des îles Ioniennes, joint à beaucoup d'autres exemples , fait voir que les marchands de Londres sont très-enclins à traiter en colons ceux qu'ils honorent du titre de leurs protèges. C'est ce que les Grecs comprennent facilement , et ce qu'ils font comprendre , toutes les fois qu'ils trouvent une occasion de manifester leur gratitude envers la France , seule nation, avec quelques contrées de l'Allemagne, qui les ait secourus sans arrière-pensées d'ambition.
Nous ne saurions terminer cet article sans rappeler au moins les noms des Français qui ont donné le plus de preuves de dévouement à la cause de l'indépendance des Grecs. F.n première ligne,
on doit citer le général Fabvier et les membres du comité formé à Paris en faveur des Grecs. Ce comité avait pour président M. de Lasteyrie (*), et pour secrétaire M. Firmin Didot. Parmi les autres membres, nous citerons MM. Casimir Perrier, Laffitte, Chateaubriand4 Villemain , le marée liai Gérard , le duc de Fi tz- James, Benjamin Delessert, Mathieu Dumas , le duc de Choiseul , Eynard, Auguste de Staël , le duc de Broglie, le comte Saint-Aulaire, Sébastiani, Alexandre de Laborde , Eugène d'Harcourt, le duc de Dalberg. M. Pouqueville ne lit pas partie du comité pour rester plus libre d'agir; personne, dIus que lui, n'a rendu de services à la Grèce. Le comité avait ses dames quêteuses :
madame Récamier, madame de Broglie, et tant d'autres, qui voulurent bien accepter cette honorable et pénible fonction. Disons , pour terminer , que les dons volontaires recueillis par le comité de Paris s'élevèrent à près de deux millions de francs. Avec le colonel Fabvier , beaucoup d'autres philhellènes quittèrent la France pour voler au secours des Grecs. De ce nombre sont :
Thouret, Dumont. Graillard, Reybaud, le colonel Voutier, et surtout le docteur Bailly, qui a laissé un si beau souvenir en Grèce.
Grécourt ( Jean - Baptiste - Joseph Willart de ) , auteur de poésies légères et licencieuses. Peu de poètes du dixhuitième siècle ont mieux représenté dans leurs vers la dissipation , la gaieté et l'immoralité de l'époque dite de la régence. Cependant Grécourt portait l'habit ecclésiastique. Il avait été pourvu, dans sa jeunesse , d'un canonicat dans l'église de Saint-Martin de Tours, qu'il garda toute sa vie, malgré le peu de vocation qu'il se sentait pour les devoirs de cet état. Il séjournait fort peu dans sa résidence. La plus grande partie de sa vie se passa à Paris, où il se jetait à corps perdu dans la dissipation et les plaisirs , ou bien dans des châ-
(*) Son premier président fut M. le duc la Rochefoucauld-Liancourd, qui mourut peu de temps après. Il fut remplacé par M. Ternaux , chez qui setenaieut les réunions. Après la mort de ce dernier, M. Alexandre Lameth, et en deruier lieu M. de Lasteyrie, préftidèreut.
CRtfcoiTRT FRANCK. GREFFIER 113
teaux de province où de grands seigneurs, fort experts dans l'art de jouir de la vie, recevaient avec plaisir un hôte si joyeux, un poète si égrillard. C'était chez le duc d'Aiguillon , à Véret , en Touraine, que Grécourt s'arrêtait le plus volontiers : le train de vie fort peu exemplaire du duc, les gais compagnons qu'on trouvait chez lui , l'attiraient toujours vers ce lieu qu'il appelait son paradis terrestre. Il eut beaucoup de part, avec la princesse de Conti et le père Vinot, oratorien, à un recueil de poésies licencieuses que fit publier le duc d'Aiguillon en 1735, sans nom d'auteur, après l'avoir fait imprimer dans son château même. A la faveur des connaissances qu'il avait faites dans le grand monde , Grécourt aurait pu s'élever aux dignités de l'Eglise , qui s'accordaient souvent alors à des hommes de son espèce, ou obtenir des gens haut placés des emplois et des faveurs ; mais il n'avait aucune ambition : tout cédait, chez lui, au goût du plaisir : pour satisfaire ce goût, il voulait avant tout être libre. C'est pour cela qu'il refusa les offres brillantes que lui fit le célèbre Law. Il ne tint qu'à lui de prendre, aux opérations du banquier écossais , une part avantageuse. Il aima mieux continuer sa vie de chanoine indépendant , de poète de salon et d'épicurien nomade. L'apologue intitulé le Solitaire et la fortune, où il remerciait Law, est une de ses plus jolies compositions. Doué d'une grande facilité pour tourner en vers toutes les idées ui se présentaient à son esprit , il prouisit un grand nombre de pièces de diverses sortes. Ce sont des épîtres, îles fables , des contes , des chansons. On y trouve des traits piquants , d'heureuses saillies; mais le style en est généralement lâche et faible : la gaieté des contes et des chansons est trop souvent ordinaire. L'ignorance ou la négligence des éditeurs a mêlé, dans le recueil de ses œuvres , plusieurs pièces qui ne sont point de lui , et dont quelques-unes sont bien supérieures à tout ce qu'il pouvait faire : tels sont le quatrain de Piron en l'honneur de Grassins ; les Poètes épiques , stances de Voltaire; le Mondain, par le même; le Rajeunissement inutile, de Mon-
T. ix. 8" Livraison. (Dict. encyc
crif , etc. Grécourt mourut en 1743. Il n'ajouta pas du moins aux scandales de sa vie, celui de publier lui-même ses œuvres complètes ; ce ne fut qu'en 1747 que ce recueil parut. Grécourt était né en 1684. Sa famille était d'origine écossaise.
Greffiers. — Officiers ministériels chargés d'expédier et de garder en dépôt les jugements et actes émanant d'un tribunal ou de toute autre autorité officielle.
Sous les deux premières races , les procès se terminant par le combat judiciaire ou se résolvant en compositions, il n'en restait pas d'autre trace que la charte de sécurité , char ta securitalisf que le roi ou le bénéficier délivrait a celui qui avait acquitté le wergeld et le fredum; le greffier n'était donc guère utile. Mais plus tard les baillis, sénéchaux et autres juges royaux ou seigneuriaux commirent leurs clercs pour tenir leurs écritures , d'où les greffes prirent le nom de clergie. Les ordonnances de la troisième race donnent aussi le nom de notaires aux individus chargés de ces fonctions. Comme elles étaient plus lucratives que considérées, il arriva souvent que les juges les firent exploiter par leurs domestiques. Ils
f>artageaient le bénéfice. En 1302, Phiippe le Bel , qui faisait argent de tout, revendiqua les clergies et notaireries comme un droit royal, et fit défense à tous ses juges de les donner dorénavant en commission.. Cette ordonnance fut confirmée par Philippe le Long en 1 318.
Charles IV, par un mandement de 1322 , ordonna que les greffes des justices royales seraient à ferme , et cet usage continua, sauf quelques interruptions de peu de durée, jusqu'au règne de François Ipr, qui les érigea en office.
Durant les douzième et treizième siècles , le nom de greffier ne se rencontre dans aucun document. Ceux qui en remplissent l'office sont encore désignés , tantôt sous le nom de clerici , tantôt sous celui de notarii, et quelquefois sous ceux de scribse, scribanœ, registratores. Au milieu du quatorzième siècle, cette dénomination n'était encore appliquée qu'à celui du parlement.
Il parait même qu'elle était alors regardée comme tres-honorifique ; car le
., etc.) 8
114 GREFFIER L'UTÏIVERS. GREFFIER
parlement crut devoir rendre un arrêt solennel pour défendre, à tout autre qu'à son greffier , de prendre ce titre. Nulli scribarum , etiam regiorum, prseter unum curix actuarium grapharii, ut vocant, nomen usurparelicet.
Le greffier du parlement de Paris jouissait, comme les autres membres de cette cour , d'un grand nombre d'exemptions et de prérogatives. C'était un personnage d'importance qui allait de pair avec la magistrature; on a même l'exemple de l'un d'eux qui passa en 1416, de son banc de greffier, au rang de conseiller. Il était élu par le parlement tout entier, chambres réunies, en présence du chancelier.
Depuis le règne de François, en 1521, où les greffes royaux , comme nous l'avons dit , furent érigés en titre d'office, leur nombre se multiplia à un degré infini. Aucun de nos rois ne sut résister à la tentation de se procurer de l'argent par ce moyen. Il était si commode de battre monnaie aux dépens des plaideurs ! On créait, pour chaque acte de la vie, une formalité qui exigeait quelque écriture , et vite on émettait un office, qu'on vendait bien cher à celui qui se présentait pour le remplir; il n'y eut pas jusqu'à l'emploi de commis-greffier qu'un édit de 1577 ne mît en titre d'office. On ne s'étonnera donc pas de voir figurer ci -dessous :
Des greffiers d affirmations , chargés de recevoir les affirmations de voyage des parties qui se déplacent pour apporter leurs pièces et taire juger quelque affaire (création de 1669);
Des greffiers d'appeaux ou d'appel, chargés de tenir la plume dans les audiences des bailliages où Ton jugeait les appels;
Des greffiers des arbitrages , chargés de tenir en dépôt et d'expédier les jugements rendus par des arbitres;
Des greffiers des apprentissages, pour enregistrer les brevets d'apprentissage , lettres de maîtrise;
Des greffiers du premier chirurgien du roi, qui tenaient les registres des communautés de chirurgiens, barbiersperruquiers t baigneurs et étuvistes.
Pour ne pas fatiguer nos lecteurs par des détails sans intérêt, nous ne ferons que mentionner pour mémoire :
Les greffiers à peaux , chargés des expéditions sur parchemin;
Les greffiers des mariages, baptêmes et sépultures;
Les greffiers des bâtiments ou greffiers de Pécritoire ;
Les greffiers des criées ,
— des depris;
— garde-sac ;
— des instructions;
— des inventaires;
— des municipalités (*),
— des notifications ;
— des insinuations;
— des présentations
— des subdélégations;
— des tailles, etc., etc.
Tous ces offices , dont plusieurs du
reste n'eurent qu'une existence éphémère, fureut supprimés à la révolution française.
La loi du 24 août 1790 ordonna que, dorénavant, les greffiers des tribunaux de district seraient nommés au scrutin, et à la majorité absolue des voix , par les juges qui leur délivreraient une commission et recevraient leur serment.
Chaque tribunal devait avoir un greffier ; il était nommé à vie et ne pouvait être destitué que pour prévarication jugée.
Par la loi du 19 mai 1791 , les greffiers des cours criminelles étaient également inamovibles , mais ils devaient être élus par les assemblées électorales de département.
Les greffes des justices de paix organisées par la Constituante , d'après le même principe que ceux des tribunaux de district, subirent coup sur coup un grand nombre de vicissitudes. La loi du 24 août donnait à chaque juge de paix le droit de choisir son greffier , sans pouvoir cependant le destituer; la loi du 23 floréal an n fit passer ce droit aux conseils généraux de district ; celle du 21 fructidor an ni le transféra aux administrations municipales de canton ; enfin , celle du 25 frimaire, rétablissant les choses sur leur ancien pied , le rendit au juge de paix.
Une règle uniforme fut établie pour
(*} Au dix- huitième siècle une femme exerça pendant a 5 ans la charge de greflière de la municipalité.
tous les tribunaux par )a loi du 27 nivôse an vm. Le principe du gouvernement avait changé, la nomination par le pouvoir exécutif remplaça l'ancien mode par élection. Par l'art. 92, le droit de nommer les greffiers de toutes les cours et de tous les tribunaux fut donné au premier consul, qui put les révoquer à son gré.
La vénalité des charges de greffier se glissa à la suite des armées étrangères eu 1815. Les Bourbons avant besoin d'argent pour payer leurs allies , eurent recours à l'ancien moyen , si fort usité par leurs prédécesseurs en pareille circonstance; seulement, ne pouvant plus créer des oflices , ce qui eût excité trop de rumeur, ils prescrivirent à tous les officiers ministériels un supplément de cautionnement , et , à titre d'indemnité, la même loi du 28 avril 181 G leur conféra le droit de présenter leurs successeurs. C'est sur ce texte unique que repose toute la prétention des greffiers et autres officiers à l'hérédité de leur charge.
Les droits que les différents greffiers peuvent percevoir pour la délivrance des expéditions de jugements et dépôt de pièces ont été réglés par les lois du
11 mars 1798, 16 juin 1799, décrets du
12 juillet 1808 , 6 janvier 1814 , et enlin par l'ordonnance du 5 novembre
Grégoibe de Tours (saint), célèbre évêque et chroniqueur, naquit en Auvergne en 539, d'une famille qui comptait parmi les plus illustres dans les Gaules aux temps des empereurs romains. Il avait pour bisaïeul saint Grégoire, évêque de Langres, qui laissa plusieurs enfants d'un mariage antérieuràson épiscopat. Grégoire, àsa naissance, reçut les noms de George et de Florent, qu'il a inscrit lui-même en tête de ses ouvrages. Ce fut seulement lorsqu'il parvint a l'évêché de Tours que, d'après l'usage des temps, il prit le nom du plus illustre de ses ancêtres. La carrière que devait embrasser Grégoire ne pouvait être douteuse. Il fut élevé par son oncle saint Gai , alors évêque de Clermont, par son grand-oncle saint Nicier, évêque de Lyon , et par l'archidiacre A vit, devenu depuis successeur de saint Gai. Après avoir
étudié quelque peu la grammaire et les auteurs de la belle latinité, il reçut les ordres en 564, à l'âge de vingt-cinq ans, et s'adonna sans partage à l'étude de l'Écriture sainte et des auteurs ecclésiastiques. « Je ne m'occupe point , dit-il lui-même, de la fuite de Saturne, ni de la colère de Junon, ni des adultères de Jupiter ; je méprise toutes ces choses qui tombent en ruine, et m'applique bien plutôt aux choses divines et aux miracles de l'Évangile. » Sa santé fut toujours débile, et il était déjà diacre lorsque, pour obtenir sa guérison, il se lit transporter sur le tombeau de saint Martin ; dans ce voyage, son instruction, son caractère et son esprit le firent chérir et admirer du peuple et du clergé de Tours. Aussi en 573, Euphronius, évêque de cette ville, étant venu à mourir, le clergé et le peuple , d'une voix unanime, élurent, pour le remplacer, Grégoire, alors à la cour de Sigehert, roi d'Austrasie, auquel appartenait l'Auvergne. Des députés partirent aussitôt pour aller solliciter au roi Sigebert la confirmation de ce choix.
Elfrayé de sa jeunesse, de sa mauvaise santé et des périls de toutes sortes qui environnaient alors l'épiscopat, Grégoire hésita pendant quelque temps ; mais enfin, pressé par Sigebert et la reine Brunehaut, il accepta, et fut sacré par yEgidius , évêque de Reims, le 22 août ^573. Par sa fermeté et sa douceur, Grégoire sut se concilier à la fois, pendant tout le cours de son épiscopat, la considération des rois barbares et l'amour de son peuple. Lorsqu'en 575 le duc Gontran, oncle de Childebert II, vint au près du tombeau de saint Martin chercher un refuge contre la vengeance de Chilpéric et de Frédégonde, Grégoire résista à leurs menaces, et refusa de livrer le fugitif. En vain les terres de l'évêché et de la province furent -elles ravagées, l'évêque resta inébranlable. Il déploya la même fermeté quand Mérovee, "fils de Chilpéric, ayant épousé Brunehaut et fuyant la colère de son père , se réfugia aussi au tombeau de saint Martin; Chilpéric vint le redemander à la tête d'une armée, et la ville de Tours ne fut sauvée que par la fuite de Mérovée. Le noble caractère de Grégoire ne se démentit
116 GRÉGOIRE DE TOUttS L'UNIVERS. GREGOIRE DE TOURS
pas lors de l'accusation dirigée contre révêque de Rouen, Prétextât, dont il embrassa énergiquement la défense.
Lui-même eut à se purger par serment de calomnies dirigées contre lui par des faux témoins qu'avait suscités Frédégonde, mais qui furent sévèrement punis. Grégoire, choisi comme médiateur dans les différends qui s'élevèrent pour la succession de Chilpéric, fut l'un des principaux auteurs du célèbre traité d'Andelot. Chilpéric II, roi d'Austrasie, le chargea aussi de plusieurs ambassades.
Grégoire était d'une petite taille et d'une complexion fort délicate; l'intervention de saint Martin parvint seule, comme il le raconte, à I arracher plusieurs fois à la mort. Enfin, le 17 novembre 593, les miracles devinrent inefficaces ; l'évéque de Tours mourut à 54 ans, après vingt ans et quelques mois d'épiscopat, et fut élevé au nombre des saints. Il a laissé un assez grand nombre d'ouvrages, qu'il indique lui-même, et qui , à l'exception de quatre, sont parvenus jusqu'à nous : 1° V Histoire ecclésiastique des Francs; 2° un Traité de la gloire des martyrs, recueil de légendes en cent sept chapitres, consacré au récit des miracles des martyrs ; 3° un Traité des miracles de saint Julien, martyr à Brioude , en Auvergne, contenant cinquante chapitres ; 4° un Traité de la gloire des confesseurs , en cent douze chapitres; 5° «m Traité des miracles de saint Martin de Tours, en quatre livres; 6°un Recueil intitulé : f ies des Pères en vingt chapitres, /renfermant l'histoire des vingtAleux saints ou saintes de la Gaule ; 7° un Traité des miracles de saint André, sur l'authenticité duquel on a élevé à tort quelques doutes. Ses ouvrages perdus sont:
un Commentaire sur les psaumes; un Traité sur les offices de F Église; une Préface mise eh tête d'un traité des inesses de Sidoine Apollinaire, et enfin une traduction latine du Martyre des sept dormants. « De tous ces ouvrages, dit M. Guizot, et malgré quelques détails sur l'esprit et sur les mœurs du temps, épars dans les recueils de légendes, Y Histoire ecclésiastique des Francs est le seul qui soit demeuré pour nous important et curieux. Tout porte à croire que ce fut le dernier travail de
l'auteur; son récit s'étend jusqu'en 591, époque voisine de sa mort, et presque tous ses ouvrages y sont cités, tandis que l'histoire des Francs ne l'est dans aucun des autres. Elle est divisée en dix livres. Le premier, résumé absurde et confus de l'histoire ancienne et universelle du monde, serait aussi dépourvu d'intérêt que de vérité chronologique s'il ne contenait quelques détails sur l'établissement du christianisme dans les Gaules; détails de peu de valeur, il est vrai, quant. à l'histoire des événements, mais qui peignent naïvement, et quelquefois avec charme, l'état des esprits et des mœurs; peu d'anecdotes de ce temps sont plus touchantes, plus poétiques même que celles des deux amants : ce livre finit à la mort de saint Martin de Tours, en 397. Le second livre s'étend de la mort de saint Martin à celle de Clovis Irr, c'est-à-dire de l'an 397 à l'an 511. Le troisième, de la mort de Clovis Ier à celle de Théodebert Ie*, roi d'Austrasie, de l'an 511 à l'an 547. Le quatrième, de la mort de Théodebert 1er à celle de Sigebert 1er, roi d'Austrasie, de l'an 574 a Tan 575. Le cinquième comprend les cinq premières années du règne de Childebert II, roi d'Austrasie, de l'an 575 à Pan 580. Le sixième finit à la mort de Chilpéric, en 584. Le septième est consacré à l'année 585. Le huitième commence au voyage que fit le. roi Gontran à Orléans, au mois de juillet 585 et finit à la mort de Leuvigild, roi d'Espague, en 586. Le neuvième s'étend de l'an 587 à l'an 589. Le dixième enfin s'arrête % à la mort de saint ïrieix, abbé en Limousin, c'est-à-dire au mois d'août 591 . L'ouvrage entier comprend ainsi , à partir de la mort de saint Martin, un espace de cent soixante-quatorze ans.
Les cinquante-deux dernières années sont celles auxquelles l'historien avait assisté. Tout indique qu'il écrivit son histoire à deux reprises différentes; plusieurs manuscrits ne contiennent que les six premiers livres, et ce sont les seuls que connut Frédégaire lorsque, dans le siècle suivant, il entreprit un abrégé des chroniqueurs qui l'avaient précédé. Il est donc probable que les quatre derniers livres furent composés après la publication des premiers ; peutêtre même ne furent-ils répandus qu'a-
près la «mort de l'auteur. Cependant agit avec modération et sagesse, il fît
leur authenticité n'est pas moins cer- preuve d'une intolérance et d'une ani-
taine (*). » mosité excessives dans ses persécutions
L'histoire des Francs, imprimée pour contre plusieurs novateurs, qui, vers
la première fois en 1 56 1 , Ta été souvent cette époque , commencèrent à attaquer
depuis. Les meilleurs textes qui existent le$ doctrines de l'Église, tels que Jean
sont d'abord ceux qui ont été insérés Milicius en Bohême, en Pologne, en
dans le Recueil des historiens de Fran- Silésie, et Wiclef en Angleterre. En
ce et dans la nouvelle édition publiée France, il appela les rigueurs du roi sur
par la société de l'histoire de France1, les malheureuses sectes des Vaudois,
édition enrichie d'une très-bonne tra- des Albigeois, et des Bégards ou Turlu-
duction, de variantes, de notes et d'un pins. L'événement le plus important de
index complet. La traduction donnée son pontificat est le retour de la cour
par M. Guizot laisse beaucoup à dési- papale à Rome après une résidence de
rer, et, pour se faire une idée des nom- soixante et douze ans à Avignon. Livrée
breuses infidélités qu'on peut lui re- à l'ambition de quelques factieux, l'an-
procher, on n'a qu'à consulter l'avant- cienne capitale du monde chrétien était
propos de l'édition de MM. Guadet et près d'échapper à l'autorité du saint-
Taranne, qui en ont relevé un grand siège, et dans toute l'Italie, que déchi-
nombre. raient de sanglants désordres , on faisait
Les traductions de Claude Bonner et aux prêtres une guerre atroce et cruelle,
de l'abbé de Marolles, publiées l'une en Grégoire ne pouvait plus prolonger son
1619, l'autre en 1688, sont oubliées au- séjour à Avignon. Les Romains, du
jourd'hui, et méritent de l'être. reste , l'avaient déjà menacé de lui don-
La seule bonne édition des œuvres ner un successeur. Ces considérations,
complètes de Grégoire de Tours est jointes aux prières de sainte Catherine
celle qui fut donnée par dom Ruinart, de Sienne et de sainte Brigitte de Suède,
en 1699, in-folio. le décidèrent, malgré les sollicitations
Pour l'appréciation de Grégoire de du roi de France, à retourner à Rome,
Tours, comme historien et comme écri- et, le 13 septembre 1376, il s'embarqua
vain, on peut consulter le troisième à Marseille avec toute sa cour, à l'ex-
volume de Y Histoire littéraire de la ception de six cardinaux qu'il laissa dans
France; un travail de l'évêque de la le Comtat. Il ne lit son entrée à Rome
Ravalière dans le tome XXVI de la que le 17 janvier de l'année suivante,
Collection des mémoires de V Académie au milieu des acclamations du peuple.
des inscriptions, et enfin les chapi- Mais les troubles qu'il avait réussi à
très X et XI du livre II de l' Histoire calmer pour quelque temps renaissaient
littéraire de la France, par M. Am- à chaque occasion, et Grégoire méditait
père. le projet de transférer de nouveau sa
Grégoire XI, pape, dont le nom résidence à Avignon, quand le chagrin
était Pierre Roger, naquit au château de le conduisit au tombeau. Ce fut après
Maumont, paroisse de Roziers, en bas sa mort, arrivée le 27 mars 1378, que
Limousin. Clément VI, son oncle, lui commença le schisme d'Occident. On lui
avait, dès l'âge de dix-sept ans , conféré a reproché d'avoir accordé trop de fa-
la pourpre sous le nom de cardinal de veurs à ses compatriotes et à sa famille.
Beaufort. Après la mort d'Urbain V, il Mais il-a droit à nos éloges pour ses
fut élu pape, le 30 décembre 1370. Il talents , pour la protection qu'il accorda
intercéda d'abord pour la paix auprès aux sciences et aux arts, et pour la pu-
de Charles V de France etd'Édouard III reté de ses mœurs.
d'Angleterre , et en obtint une trêve de Grégoire (Henri) , évêque de Blois,
quatre ans. Il réconcilia de même les député à la Convention nationale, na-
princes de Castille, d'Aragon, de Na- quit d'une famille pauvre, à Vého, près
varre et de Sicile. Mais si jusque-là il de Lunéville, en 1750. «La physionomie morale de Grégoire, dit M. Carnot
(*) Notice sur Grégoire de Tours, dans la dans l'intéressante notice qu'il a publiée
Colleciion des mémoires relatifs h l'histoire sur cet homme célèbre, se distingue
de France, t I. entre toutes dans les fastes de la révo-