‹ FranceChapitre 56 sur 378 · GRENADIERS L'UNIVERS. GRENADIERS · texte numérisé non relu

GRENADIERS L'UNIVERS. GRENADIERS

demeurassent à Ferdinand , en faveur duquel Louis renoncerait encore à tous ses droits sur le Roussillon et la Cerdagne; la douane des moutons voyageurs de la Pouille devait être perçue par le roi d'Espagne; mais il devait en partager le produit avec le roi de France , qui pouvait envoyer des commissaires pour assister à sa perception.

« Le traité devait être exécuté avec une noire perfidie; Louis XII devait annoncer ses prétentions au trône de Naples. On supposait que Frédéric réclamerait alors l'assistance de Ferdinand et d'Isabelle , oui lui enverraient une armée formidable comme pour combattre les Français ; mais quand les troupes seraient maîtresses des places fortes et des provinces de Frédéric, elles l'en expulseraient pour partager le royaume avec les Français. »

Une pareille convention était aussi impolitique que déloyale, car Louis était alors l'arbitre de l'Italie ; le roi de JNaples lui offrait, pour avoir la paix, un tribut , l'hommage féodal , tous les avantages enfin que le monarque français pouvait obtenir par la victoire.

Malheureusement, le prince voulait faire de l'habileté à la manière de son prédécesseur et il n'était pas un Louis XL

Gkenadiebs. C'est en France que l'institution des grenadiers a pris naissance. Dans les quatorzième, quinzième et seizième siècles , on donnait le nom d'enfants perdus a des soldats d'élite, ordinairement placés aux avant-postes, et choisis dans les bandes les mieux disciplinées. On en formait quelquefois de petits corps détachés , destinés à marcher en tête des colonnes d'attaque.

Ils servaient pour éclairer les marches et les convois; c'étaient eux aussi qui avaient l'honneur de monter les premiers à l'assaut d'une place. On les arma de grenades en 1530, époque de l'invention de ce projectile (*), et on les employa dans les sièges à jeter à la main cette arme meurtrière. Ils prirent le nom fa grenadiers en IGG7, et on eu plaça d'abord quatre dans chaque compagnie d'infanterie. Il est à remarquer que lors de l'institution de cette troupe

(*) Les Français en tirent usage pour la première fois au s>iêge d'Arles.

d'élite, on ne tenait pas exclusivement à la taille; il sufûsait d'avoir une bonne constitution et une bravoure éprouvée.

On exigea depuis des conditions rigoureusement observées ; il fallut avoir six ans de service , et la taille de 5 pieds 4 pouces. La première dè ces conditions fut réduite à quatre, et ensuite à deux ans.

Les premiers grenadiers portaient une hache , un sabre et une grenadière , ou sac de cuir contenant douze à quinze grenades. Lorsqu'en 1671 le mousquet fut remplacé par le fusil, on donna cette arme a une grande partie des grenadiers; ils en étaient tous armés vers la fin du règne de Louis

La grenade , qui varia beaucoup dans son poids et son calibre, était garnie de poudre, et on y mettait le feu avec une mèche. D'après Gassendi, les anciennes grenades sont préférables aux grenades plus pesantes qui leur furent substituées, et qui sont en usage de nos jours (*).

Lu 1670, on créa une compagnie de grenadiers dans le régiment du roi ; bientôt une création semblable rut lieu dans chacun des trente plus anciens régiments, et successivement chaque bataillon finit par avoir sa compagnie de grenadiers. Dès que ces compagnies devinrent l'élite de l'infanterie , on cessa de les exercer au jeu de la grenade. Les troupes du génie furent les seules qui apprirent l'usage de ce projectile.

En 1745 , les compagnies de grena-

(*) La grenade se fabriqua en carton , en verre, en métal de cloche, en bronze et en foute de fer; on n'en fabrique plus maintenant que de ce dernier métal. On lui donne lu forme d'un globe creux. On distingue deux espèces de grenades : les grenades à main , du calibre des boulets de 4 , et du poids do deux livres , se jettent à la main dans les redoutes, dans les chemins couverts ou dans les tranchées , et prennent feu par une fusée de vingt secondes de durée; les grenades de rempart, que l'on nomme aussi grenades de fossé, sont du poids de douze livres et du calibre des boulets de 16, de 24 et de 3a. Apres avoir mis le feu à la fusée , on les roule du haut du rempart dans les fossés, au moyen d'une espèce de châssis appelé auget.

GRENADÎERS

diers des bataillons de milices formèrent 7 régiments auxquels on donna le nom de grenadiers royaux, et à la réforme de 1749, 48 compagnies des régiments licenciés formèrent le corps des grenadiers de France, si connu dans nos fastes militaires par sa brillante valeur. Ces troupes disparurent , en 1 789, lors de notre première régénération politique , avec laquelle disparurent aussi nos vieilles institutions militaires.

Depuis l'organisation de 1791 jusqu'à nos jours, il y a toujours eu une compagnie de grenadiers en tête de chaque bataillon d'infanterie de ligne et même de garde nationale. L'infanterie de la garde du Directoire ne se composait que de deux compagnies de grenadiers ; la garde des consuls en eut deux bataillons, et la garde impériale renfermait des régiments de grenadiers à pied , de grenadiers fusiliers, de flanqueurs et de tirailleurs-grenadiers, de conscrits-grenadiers. On a fréquemment réuni les grenadiers en division et en corps d'armée, pour servir de réserve conjointement avec la garde. La France se rappelle le beau corps de grenadiers d'Oudinot, et les services qu'il rendit dans les premières campagnes d'Autriche.

Le corps royal des grenadiers de France, organisé, en 1814, avec les débris de grenadiers de la vieille garde, ne fut pas maintenu après les cent jours.

La seconde restauration supprima aussi la compagnie de grenadiers à cheval, qui, en 1814, avait été introduite dans la maison du roi. Cependant il y en avait deux régiments dans la garde royale, qui disparurent après le mois de juillet 1830. Cette institution était due à Louis XIV, qui l'avait créée en 1676. La compagnie des grenadiers à cheval était alors destinée à marcher et à combattre à pied et à cheval , en tête de la maison du roi , dont cependant elle ne faisait point partie. Supprimée en 1775, cette troupe fut rétablie en 1789, et licenciée en 1792, pour reparaître avec éclat dans la garde consulaire, puis dans la garde impériale, où les grenadiers à cheval formaient un régiment.

De tout temps, entrer aux grenadiers

a été une haute distinction militaire.

Les grenadiers jouissent encore de certaines prérogatives dans l'armée. Les principales consistent dans le port de J'épaulette et du sabre ; dans l'exemption des corvées qui roulent sur le régiment ou le bataillon ; dans une haute paye d'un sou par jour. Ils ont, avec les" voltigeurs, la garde du drapeau.

La Prusse est la première nation qui ait imité nos grenadiers. Après elle, toutes les puissances du Nord voulurent aussi avoir leurs troupes d'élite, et cet exemple se répandit bientôt dans toute l'Europe.

Grenu r (Paul, comte), lieutenant général, naquit à Sarrelouis en 1768. Il ne dut son élévation qu'à son mérite , et l'on peut dire de lui, comme de Chevert , que le seul titre de maréchal de France a manqué, nonpas à sa gloiïe, mais à l'exempte. Son père était huissier, et le destinait à lui succéder; mais le jeune Grenier entra au service comme simple soldat dans le régiment de Nassau (infanterie) , le 21 décembre 1784.

A la bataille de Valmy, le 20 septembre 1793, il était déjà capitaine. Sa conduite à Jemmapes , et pendant toute la campagne suivante, lui mérita, je 15 octobre 1793 , le brevet d'adjudant général. Nommé général de brigade le 29 avril 1794 , et général de division le 1 1 octobre même année , il reçut , après la journée de Fleurus, les éloges du général en chef, qui lui attribua une partie du succès. C'est lui qui dirigea, le 6 septembre 1795 , le passage du Rhin à Urdingen , par l'avant-garde de l'armée française.

En 1797, le Directoire lui écrivait la lettre suivante : * L'ouverture de la « campagne de l'armée de Sambre-et- « Meuse a été marquée , citoyen géné- « ral , par des événements qui ont di- « gnement occupé la renommée pen- « dant le repos de l'armée d'Italie. Les « batailles de Neuwied , et les combats « à la suite desquels l'armée s'est si ra- « pidement portée sur le Mein , sont « pour elle l'époque la plus glorieuse « peut-être de ses succès. Vous avez « acquis à la gloire dont elle s'est cou- • verte une part distinguée , et qui a « fixé l'attention du Directoire exécu- « tif. »

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