GREUZE
Ayant suivi son maître à Paris , et s'y étant fixé, la gêne où il ne tarda pas à se trouver lui fit sentir la nécessité de s'élever à un genre plus noble. Il suivit l'étude du modèle à l'Académie , et eut peu de succès par sa manière de dessiner le nu ; mais il y gagna l'avantage de rectifier ce que ses premiers principes avaient de défectueux. Ses progrès n'avaient pas encore été bien saillants, lorsqu'un jour il présenta ù ses professeurs son tableau du Père de famille expliquant la Bible à ses enfants.
Leur étonnement fut extrême ; ils se refusèrent même d'abord à croire qu'il en pût être l'auteur; mais il prouva bientôt, par de nouveaux sujets du même genre , exécutés avec encore plus d'habileté , que son talent s'était formé tout d'un coup.
Dès lors sa réputation s'éleva au plus haut degré, et il trouva des protecteurs puissants. Son tableau de V Aveugle trompé le fit agréer à l'Académie, sur la proposition de Pigalle, et les ouvrages qu'il exposa au salon eurent une vogue prodigieuse. On lui fit toutefois des reproches assez graves, auxquels il attacha assez d'importance pour se décider à aller à Rome, apprendre à mettre plus de vigueur dans son coloris , plus de noblesse et d'élégance dans son dessin.
Cette entreprise fut malheureuse sous deux rapports; Greuze y contracta le défaut d'une imitation servile, et altéra la naïve originalité de sa première manière. Ce fut uu triomphe pour ses ennemis , qui ne manquèrent pas de publier qu'il avait perdu son talent en route. Il eut le bon esprit de sentir la justesse de la critique , profita de la leçon , et répara ce léger échec. Il eut ensuite d'autres désagréments , mais qui tenaient à son caractère : il se crut exempt de la loi qui assujettissait tous les agréés à présenter un tableau de réception , et s'y refusa constamment.
Alors, par égard pour son talent, après le délai expiré, on se contenta de lui interdire le droit d'exposer ses ouvrages au salon du Louvre. Il voulut ensuite être admis à l'Académie sous le titre de peintre d'histoire, et présenta une composition du genre héroïque , qui malheureusement fut jugée
médiocre par tout le monde ; c'était V Empereur Sévère, reprochant à Caracalla son fils d'avoir voulu l'assassiner. Le tableau ne fut point admis , et les académiciens persistèrent dans leur refus. Dès lors , Greuze s'abstint de présenter ses ouvrages au salon , et il persista dans cette résolution tant que l'Académie subsista.
A l'époque de la révolution, il envoya au musée des artistes vivants quelques portraits dont les journaux firent l'éloge, moins pour leur mérite réel que >our les égards dus à la vieillesse de 'artiste. Il approchait de sa 80* année, orsque la mort l'enleva aux arts et à sa famille, le 21 mars 1805.
Greuze sera toujours considéré comme un peintre unique dans son genre. La nature avait refusé à son génie le degré d'élévation et l'espèce de grandiose qui conviennent au style héroïque; c'était dans l'intérieur des pauvres ménages, c'était sous le chaume du simple laboureur , qu'il allait observer la nature et chercher ses inspirations , et il faut avouer qu'il a excellé dans ce genre. Ses compositions sont de petits drames complets , pleins de vie et de mouvement. Il en est plus d'une qui émeuvent jusqu'aux larmes. Rien ne prouve mieux son talent réel en ce genre que les imitations qu'on a cherché à en faire. Quelques peintres ont voulu suivre la même ligne ; mais ils sont tombés dans l'écueil de ce genre : ils ont altéré la simplicité de la nature qu'ils voulaient représenter ; et , cherchant à l'embellir, ils l'ont maniérée, tandis que Greuze a su conserver toujours le caractère de la vérité , sans tomber dans le trivial et le commun. On lui a* reproché de répéter presque partout les mêmes caractères de tête ; ce reproche est fondé , mais ces têtes sont si belles, et si pleines d'expression, qu'on n'ose pas regretter de les retrouver.
On s'accorde à regarder comme ses chefs-d'œuvre les ouvrages suivants :
le Père paralytique ; la Malédiction paternelle ; la Bonne mère; le Père dénaturé, abandonné de sa famille ; Sainte Marie égyptienne. On cite encore avec de justes éloges : la Petite fille au chien , ouvrage plein de naï-
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veté ; le Retour du chasseur ; l'Enfant au capucin; la Dame de charité; l'accordée de village , maintenant placé au musée royal ; le Gâteau des rois; la Fille confuse ; la Bonne éducation ; la Paix du ménage ; la Cruche cassée ; le Départ de Barcelonnette ; la Bénédiction paternelle; l'Enfant pleurant la mort de sa mère.
Presque tous ces ouvrages ont été gravés par les plus habiles artistes de l'époque. Les connaisseurs , néanmoins , attachent un plus grand prix aux gravures de Filipart, et à celle de la Bonne mère, par Massart père. Greuze , malgré quelques ridicules , avait le cœur excellent, et il fut vivement' regretté.
Il a laissé deux filles qui ont hérité d'une partie de ses talents.
Gbèves. Pièce de l'armure complète, qui garantissait les jambes depuis le cou-de-pied jusqu'aux genoux, et qui se fabriquait enfer battu, en lames superposées ou en mailles.
Gbkvin (Jacgues) naquit en 1540, à Clermont-sur-Oise. Sa vie fut courte, et tout entière consacrée à la culture des lettres. Les leçons du célèbre Muret et les conseils cle Ronsard développèrent de bonne heure son esprit ; et dès l'âge de dix-sept ans, il écrivit une comédie, la Trésorière, d'après l'ordre de Henri H. Quelque temps après, il lit une tragédie, César, suivie bientôt d'une nouvelle comédie, les Esbahis.
Ces pièces ont tous les défauts et les qualités de l'âge où l'auteur les composa. Le style a du mouvement ; mais il s'y trouve des expressions prétentieuses et des détails d'une érudition pcdantesque. Les Esbahis et la Trésorière ne manquent pas de gaieté; César renferme quelques pages écrites avec noblesse. Toutefois , cette gaieté dégénère en licence, cette noblesse en emphase ; enOn, dans les deux genres de drames, les plans sont mal conçus, les scènes languissantes, le dialogue embarrassé. Quoi qu'il en soit, Grevin eut de la vogue. Épris d'un vif amour pour la fille d'un médecin, il étudia la médecine; mais le docteur n'effaça pas le poète. Il chanta dans les Jeux olympiens la beauté de sa maltresse ; il célébra dans sa Gélodacrie son désespoir de l'avoir perdue. Bientôt consolé.
et même marié avec une autre femme, il suivit, en 1565, Marguerite de Savoie en Piémont. Sa double charge de médecin et de conseiller de cette princesse ne l'empêcha pas de composer une Description du Beauvoisis et plusieurs autres ouvrages, ni de traduire du grec les préceptes de Plutarque sur le mariage , et Nicandre. Il mourut à Turin, âgé de trente ans, en
On a de lui plusieurs ouvrages de médecine tant originaux que traduits du grec et du latin; son Théâtre et ses Poésies diverses ont été publiés à Paris (1562, in-8°). On y remarque une satire intitulée le Temple (*), dirigée contre Ronsard, qui, dans son Discours sur les misères du temps, avait attaqué le calvinisme, religion embrassée par Grevin. La Harpe a parlé avec éloge de la tragédie de César, composée par cet auteur, qu'il place fort au-dessus de iodelle.
Ronsard qui, avant la publication de la satire du Temple, estimait beaucoup Grevin, s'est vengé de lui en rayant son nom de ses écrits.
Gbibeauval (Jean-Bapt. Vaguettb de), lieutenant général d'artillerie, né à Amiens en 1715, entra au service en 1732, comme volontaire dans le régiment royal d'artillerie , et devint lieutenant-colonel en 1757. Passé, avec le consentement du roi , au service d'Autriche, Gribeauval fut élevé au grade de général, commandant l'artillerie, le génie et les mineurs de l'armée impériale, acquit une grande réputation dans la défense de la place de Schweidnitz attaquée par Frédéric II, fut nommé feld-maréchal-lieutenant , et revint en France en 1763. Le roi le fit lieutenant général et inspecteur général d'artillerie. C'est à lui qu'est due la rédaction de l'ordonnance de 1764, qui fixait la proportion des troupes de l'artillerie et en déterminait l'emploi ; il présida la formation du corps des mineurs, dont il avait le commandement particulier; perfectionna les manufactures d'armes, forges et fonderies ; introduisit de nouvelles batteries de côtes avec des affûts
(*) Composée en collaboration avec la Roche Chaud ieu et Florent Chrétien.