GRÉTRY L'UNIVERS. GRÉTRY
qui lui fit l'accueil ie plus gracieux et rengagea de se hâter a'aller à Paris. Il arriva enfin dans cette ville; mais ses premiers essais ne furent pas heureux , et ce ne fut qu'après les plus rudes épreuves qu'il put triompher avec gloire. Inconnu, n'étant appuyé par aucun protecteur , il essuya dés dégoûts pendant plusieurs mois, et il commençait à s'abandonner au découragement, lorsque le hasard le mit en rapport avec Marmontel , qui lui confia sa pièce du Huron. Il en composa la musique en très-peu de temps, parce qu'il était pressé de se faire connaître. L'ouvrage avait du mérite, le succès le prouva ; mais il fallait le faire recevoir, et il ne dut cet avantage qu'à l'excellent acteur Caillot , qui , appréciant l'œuvre de Grétry, fit toutes les démarches nécessaires pour en obtenir la réception. Le triomphe de Grétry fut complet : il se vit porté aux npdy;
Le Tableau parlant , qui fut donné en 1769 , le plaça' nu rang des meilleurs compositeurs français. Malgré les formes vieillies de cette pièce, on l'écoute encore avec plaisir, parce que les mélodies en sont charmantes , naturelles, expressives. Les succès de Zémir et Azor, qui fut donné deux ans après, fut éclatant, et, de ce moment, Grétry n'eut plus de. rival. Pendant l'espace de 35 ans, depuis I76J jusqu'en 1803, il composa cinquante ouvrages dont les paroles sont de Sedaine, d'IIele, Morel , etc. Trente, au moins, ont eu un brillant succès; vingt sont encore au répertoire, et n'ont point vieilli malgré les révolutions que la musique a éprouvées.
La musique de Grétry brille surtout par le chant et l'expression ; il donnait tous ses soins à rendre les paroles avec justesse et vérité. Jamais il ne séparait un instant la musique des paroles ; il voulait même qu'elle eût toujours un rapport direct à ce qui précédait ou à ce qui allait suivre ; il n'y a pas jusqu'aux airs de danse, aux ritournelles et aux ouvertures où la musique est employée seule , qui ne soient chez lui liés à l'action. Il serait trop long de donner ici la liste complète des ouvrages de Grétry , nous citerons seulement les opéras suivants: En 1769, le Huron, en
deux actes ; Lucile , en un acte ; le Tableau parlant, en un acte. En 1770, Silvain, en un acte; les Deux avares, en deux actes; Zémir et Azor, en trois actes. En 1772 , l'Ami de la maison, en trois actes. En 1774, la Rosière de Salency , en quatre actes, puis en trois. En 1775, la Fausse magie, en deux actes. Il est resté de cet opéra, gui n'est plus représenté, un morceau bien connu et d'une force de comique étonnante, c'est le duo : Quoi! c'est vous qu'elle préfère. En 1776, les Mariages samnites , en trois actes, repris, en 1782, avec des changements. En 1784, Richard Cœur de Lion , en trois actes. Cet opéra, remis dernièrement au théâtre, est une des meilleures preuves du talent réel de Grétry. Tout Paris s'est pressé pour l'aller entendre. En 1786, les Méprises par ressemblance, en trois actes. En 1788, le Rival confident, en deux actes. En 1789, Raoul Barbe Bleue t en trois actes. En 1790, Pierre le Grand, en trois actes. En 1791, Guillaume Tell, en trois actes. En 1792, Basile ou A trompeur trompeur et demi, en un acte. En 1797 , Lisbeth , en trois actes. En 1799, Élisca, en un acte. Il a composé pour le grand opéra : Céphale et Procris , en trois actes , 1 793 ; la Double épreuve ou Colinette à la cour , en trois actes, 1782 ; r Embarras des richesses , en trois actes, 1782; la Caravane du Caire, en trois a les, 1783; Panurge dans Vile des Lanternes, en trois actes, 1785; Amphitryon, en trois actes , 1788 ; Denis le Tyran , maître d'école à Corinthe , en trois actes , 1794. Plusieurs de ces opéras ont été traduits en plusieurs langues et joués dans les pays étrangers. Il a fait exécuter à la cour, en 1777, les divertissementsd'//»ioMr pour amour , comédie de Lachaussée , sur les paroles de Laujon.
Grétry a obtenu plus de succès à l'Opéra-Comique qu'au grand Opéra , et a réussi surtout dans les pièces comiques. Il ne possédait pas le sens musical tragique, et on l'a justement nommé le Molière de la musique. Les musiciens lui reprochent aussi son ignorance des règles de la composition; il les viole en effet souvent. Un de ses amis lui en parlait un jour : « Je fais des fautes ,
GRÉTRY FRANCE. GRECZE
« répondit-il ,je le sais , mais je veux « les faire. » Toutefois , en accordant même qu'il n'eût pas une connaissance profonde de ces règles , il n'en reste pas moins un de nos premiers compositeurs.
Il se fit également connaître comme écrivain ; il avait publié , en 1789 , un volume in-8°, ayant pour titre: Mémoires ou Essais sur la musique; le gouvernement le fit réimprimer, en 1797 (an v), avec deux nouveaux volumes, contenant des observations sur la partie dramatique de la musique; mais ces deux volumes sont d'un intérêt moins général que le premier. II donna , en 1802, un ouvrage intitulé:
La vérité ou ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions être, 3 vol. in-8u. On a prétendu que Grétry, dans cet ouvrage , avait vérifié cet ancien proverbe, ne sutor ultra crepidam , et prouvé qu'il était étranger aux principes d'une saine politique.
Ayant renoncé , en quelque sorte , à la musique dans ses dernières années , il s'occupait d'un ouvrage qu'il annonçait sous le titre vague de Réflexions d un solitaire. Cet ouvrage n'a jamais été publié.
La conversation de Grétry était attachante; il savait mêler adroitement des aperçus pleins de finesse à des réflexions philosophiques , et l'on était étonné qu'avec un caractère porté à la mélancolie , il composât des ouvrages aussi gais. Il savait s'apprécier et parler de ses ouvrages avec une franchise qui , chez tout autre , aurait été de la vanité. Cependant il ne fut pas insensible à l'honneur que lui fit un amateur de son talent ( le comte de Livry), en lui érigeant une statue qui a été placée, en 1809, dans le vestibuJe du théâtre dépositaire du plus grand nombre de ses ouvrages. Il avait acquis l'Ermitage, maison de campagne devenue célèbre par le séjour de J.-J. Rousseau. Il s'y plaisait extraordinairement , y passa ses dernières années, et voulut y terminer ses jours. Il y mourut, en effet, le 24 septembre 1813.
La possession de son cœur fut longtemps disputée entre la ville de Liège et son neveu ; il y eut même procès à ce sujet. Enfin il fut rendu , en 1828, à la ville de Liège.
Grsussbn (combat de). Après la bataille d'Iéna , le roi de Prusse fit demander à l'empereur Napoléon un armistice de six semaines. Napoléon répondit qu'après une victoire il était impossible de donner à un ennemi le temps de se rallier. Cependant les Prussiens répandirent avec tant d'assurance le bruit qu'un armistice était conclu , que plusieurs généraux français laissèrent passer devant eux plusieurs corps prussiens sans les combattre. Blùcher s'était ouvert un passage par un mensonge semblable. Cependant Soult arriva, le 16 octobre 1806, au village de Greussen , poursuivant une colonne de
10 à 12,000 Prussiens, commandés par Kalkreut. Ce général , pressé trop vivement, fait dire au maréchal qu'un armistice a été conclu. On lui répond qu'il est impossible que l'empereur ait fait une telle faute ; qu'on ne croira à cet armistice que quand il sera ollieiellement notifié : « Posez les armes, dit le maréchal , et j'attendrai dans cette situation les ordres de l'empereur. »
Le vieux Kalkreut sentit qu'il n'avait pas de réponse à faire , et qu'il fallait combattre. Le village de Greussen fut enlevé , l'ennemi fut culbuté , et poursuivi l'épée dans les reins jusqu'aux portes de Magdebourg ; 1,200 prisonniers , 30 pièces de canon et près de 300 caissons tombèrent dans les mains des Français durant cette poursuite.
Greuze (Jean - Baptiste) , l'un des peintres les plus distingués de l'école française au dix-huitième siècle, naquit à Tournus en 1726. Dès son enfance,
11 manifesta pour le dessin une vive passion , qui lui fit négliger toute autre occupation. En vain son père lui défendait de barbouiller des rames de papier, et de charbonner les murailles , il ne put jamais le diriger vers la carrière à laquelle il le destinait , et il allait même le renvoyer de la maison paternelle, lorsqu'un peintre lyonnais , nommé Grandon , qui passait par la petite ville de Tournus, demanda et obtint la permission de l'emmener dans sa patrie ; il lui donna des leçons gratuites , et le mit en état de peindre le portrait avec succès. Ce fut donc à Grandon qu'il dut la supériorité avec laquelle il peignait les têtes d'enfants et de vieillards.