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SCÈNE PREMIÈRE ALIOT, FRANÇOIS, RICHARD

Richai'd va et vient silencieusement^ au fond, en famant sa pipe. — Assis devant la table, François traduit Homère à son neveu, Aliot.

ALIOT, intéressé.

Et alors ?

FRANÇOIS, traduisant.

« On avait attelé les deux mules...

Nausicaa, suivant de Pallas les formules, Fit mettre sur le char des vêtements de prix. Et des voiles si clairs, si fins, qu'on les eût pris Pour les divins tissus d'une étrange araignée ; Puis, des parfums^ pour oindre, après s'être baignée, Sa chair jeune... » Tu vois, je traduis largement.

Le regardant.

Tu n'as pas Tair en train.

ALIOT

Moi ?

AGTR PREMIER

FRANÇOIS

Depuis un moinenl Ta belle attention paraît un peu lassée.

Faisant mine de fermer le livre.

On s'arrête ?

ALiOT, avec feu.

Mais non. Quelle erreur 1 Odyssée :

Livre six. Quand Ulysse est jeté sur les bords De Tîle, où le conduit la déesse, d'abord...

FRANÇOIS, riant.

Là ! tu n'as rien perdu de l'homérique histoire. Je riais. Toi distrait, qui oserait le croire ? Je te trouve pourtant bien rêveur aujourd'hui.

ALIOT

Mais je rêve toujours, durant que tu traduis.

Je me laisse bercer aux paroles rythmées,

En qui des visions nobles sont enfermées.

Tu montres, je regarde. Et je revis avec

Tout ce qu'imagina le vieux poète grec.

Donc, mon oncle François, traduis des vers encore

François sourit et montre Richard qui déam bule toujours sans mot dire.

FRANGESGA

FRANÇOIS

Tant que l'oncle Richard et son verbe sonore Ne te détournent pas, mon petit Aliot, Du fugitif bonheur de vivre avec des mots,

// reprend sa lecture. Aliot écoute, Richard fume.

« Dès que Nausicaa parvint à la fontaine Qu'abritait un rocher de la mer incertaine, Ses compagnes, laissant les mules de son char. Libres sur le rivage, et vaguer au hasard. Se hâtèrent. Jolie et douce troupe blonde, Plongeant les vêtements brodés en l'eau profonde, Elles ployaient Tétoffe ailée, aux dessins vifs, Sur le bord, où Técume, en frôlements furtifs, Frangeait d'argent léger et souple les eaux vertes. Quand chaque robe fut exposée et offerte Au flot qui purifie, elles firent sécher Leurs amples vêtements aux parois du rocher ; Puis, délaçant leurs corps et rejetant leurs voiles, Elles se baignèrent dans Teau qui jusqu'aux moelles Fait entrer un parfum de jeunesse et de sel ; Puis leur troupe courut sous les baisers du ciel, Et sur le sable roux. Puis, dans le vent qui chante, Nausicaa jeta sa voix claire et touchante.

ALIOT

Et alors ?

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