LA LUTTE CONTRE LA MAISON D'AUTRICHE
François V et Charies-Qulnt. !! Henri II.
A France du xiv^ siècle, en plein essor de son ère nationale, s'était heurtée pendant cent ans et plus à l'Angleterre, conduite par une famille d'origine française, dont le nom était français, — « Plantagenet », du brin de genêt que portait à sa coifiure Godefroy, comte d'Anjou, père de Henri II, premier roi de la dynastie, — qui prétendait à régner sur la France et, si elle avait réussi dans son dessein, qui aurait dominé le monde.
Maintenant, la France du xvi« siècle, qui a bouclé la première ceinture de ses frontières, va rencontrer devant elle, pendant deux siècles et plus, la maison d'Autriche, issue pareillement de sa famille royale, dont les chefs ne descendent pas moins directement de Philippe de N'alois que les rois de France, qui s'est appelée Bourgogne et Flandres avant de s'appeler Oc's/ércac/! (Empire d'Orient), et qui prétend ouvertement recommencer l'Empire romain.
Nécessairement, l'entreprise de la maison d'Autriche s'attaque d'abord à la France, comme au principal obstacle, ne fût-ce que par sa position géogra-
FRANÇOIS le' ET
Charles-Quint. — Cette longue lutte s'engagea par la rivalité de François I«' et de Charles-Quint.
Le futur Charles-Quint avait quinze ans à l'avènement de 1 rançois I*', étant né .i\ec le siècle, de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle, petit-âls par son père de Marie de Bourgogne et de Maximilien et, par sa mère, de Ferdinand le Catholique et de Blanche de Castille.
cii.vKLRs-QLi.N-T Elcvé pour de grands
(D'a^°rès'' Titien, «desseins par ses tantes, n,is^e -if r,g,:„f.i' Marguerite d'Autriche,
phique, qui fait d'elle le bastion avancé de l'Europe sur trois mers.
Il n'y avait pas d'Europe, au sens politique du mot, pendant la guerre de Cent ans, qui ne fut qu'un duel entre l'Angleterre et la France.
Au contraire, vers la fin du xv^ siècle, quelque chose comme une Europe politique a commencé à se dégager d'une Europe simplement géographique ; et de même que la France a appris à se connaître sous la pression de l'étranger, de même l'Europe va prendre conscience d'elle-même au contact des entrepreneurs de monarchie universelle. Le système de l'équilibre ou de la balance des forces, qu'on a vu naître au cours des guerres d'Italie, va devenir celui de tous les Etats, grands ou petits, qui veulent garder leur indépendance.
C'est une grande gloire pour la France que la pointe de -l'entreprise ait été dirigée contre elle par la maison de Habsbourg, et qu'elle ait été, aux xvi® et xvii*" siècles, comme elle sera au xx« siècle, contre la maison de Hohenzollern, le noyau de la résistance des peuples.
CHARLES-QUIXT
la fiancée répudiée de Charles VIII, et Marguerite d'York, et parle futur pape Adrien d'Utrecht, il venait de prendre possession du gouvernement des Pays- Bas et s'apprêtait à recevoir la régence d'Espagne.
Il allaitdonc rcumi en lui, quand il aui i t réalise tous ses hi i tages, du côté pat( i nel : les Flandres, i i Franche-Comté, l'An triche avec la Hongri< et la Bohême, l'expectative de l'Empire François ir allemand, et, du côté ,'*''*'.' ^"1:.
maternel, les Lspagnes Muset au uuvre).
MARI GX AN
re
(CastiUe, Aragon, Navarre, Andalousie), tions, avec la passion de la gloire, beau-
les deux Siciles, les présides d'Afrique coup de clairvoyance et d'adresse, et le
et le Nou%-eau-Monde. sens aigu de la politique.
Et il y avait en lui quelque chose Sa sœur, la tendre et vaillante Margue-
de tous ces sangs, du Nord et du rite de Navarre, et lui, avaient leurs
Midi, étrangement mêlés, mais surtout qualités de leur mère, la duchesse Louise,
du flamand et du bourguignon, beaucoup intelligence lumineuse et ferme qui tenait
d'énergie qu'on lisait dans son front du ciel clair et du sol robuste de son pays
large, ses yeux d'acier bleu, sa forte et large mâchoire de « crocodile » • , qui avançait sous un nez d'aigle, et beaucoup de finesse politique qui allait à l'astuce et à la duplicité, et, encore, du courage qui s'accompagnait de prudence, et une gloutonnerie énorme, indistincte, qui s'accompagnait de mélancolies, peu de cœur et beaucoup de cerveau et de sens.
François l". — Rien ne ressemblait moins à cette incarnation de tant de peuples, à ce terrible « international », que le roi de France.
de Savoie
La reine Claude était Française, au contraire de la plupart des reines de France qui, nées étrangères, le restèrent sur le trône et pesèrent sur la monarchie.
Louis XII, dans son dépit de n'avoir pas de fils, disait de son gendre et héritier présomptif que « ce gros garçon gâterait tout ».
Le « gros garçon » commença par recouvrer le Milanais, éclatante et rapide conquête qui le fit, à vingtcinq ans, le premier roi de l'Europe.
Marlgnan. — Cette cam-
GROUPE DE piQuiERs pagnc de 15 15 est le prolo-
II n'v a pas eu, du pre- soldats de Marignan. détachés d'un gue du drame. /"
mier Capet aupremierBour- bas relief de Bonteinps, Tombeau Avant franchi les Alpes
, , '^ . "^ , , .,, ^ de François I"' a Saint-Denis.) -, , •;
bon, de ro: plus brillant par le passage le plus
que François I*', ♦ beau prince, au dire inattendu, entre les hautes vallées
des contemporains, autant qu'il y en eut de l'Ubaye et delà Stura, François était le
au monde », de haute taille, des yeux cinquième jour aux portes de la Lom-
pleins de feu, un perpétuel sourire d'ironie bardie. Il y poussa droit aux Suisses, qui
aux lèvres, l'esprit toujours en éveil, étaient le gros de l'armée du duc de Milan,
l'allure du maître, la bravoure des cheva- et les mit en pièces, avec le concours des
liers de roman, le goût le plus vif pour Vénitiens.
les lettres et les arts et, aussi, pour le Le vieux maréchal Trivulce appela
plaisir, égoïste et bon, ce qui n'a rien Marignan * une bataille de géants ». Le soir
d'inconciliable, et, sous les apparences de la légèreté, de vastes et tenaces ambi-