LA RÉFORME
Causes morales et politiques. || La Réforme en France. || Les Guerres de Religion. || Henri 111 et la Ligue.
Echec de la réformation volontaire. — A refaire l'histoire avec des hypothèses, — mais juger d'un événement, c'est supposer qu'il aurait pu être autre, — ■ il n'est guère douteux que, si l'Eglise de Rome s'était corrigée à temps, elle eût évité la Réforme et n'aurait pas perdu au xvi'^ siècle la moitié de l'Europe.
C'est ce qui a été reconnu de bonne heure par le pape Adrien, successeur de Léon X, et, plus tard, par l'adversaire le plus puissant des églises protestantes, Bossuet : « On sait, dit-il, ce qui arriva dans le concile de Bâle, où la réformation fut malheureusement éludée, et l'Eglise replongée dans de nouvelles divisions. » Cette réforme intérieure et volontaire de l'Eglise qu'avaient réclamée quelquesuns de ses plus illustres docteurs (saint Bernard, Cierson), fut constamment ajournée ou refusée par des papes imprévoyants, plus occupés du temporel que du spirituel.
Ils méconnurent les avertissements (le grand schisme d'Occident, la guerre albigeoise, la révolte de Jean Huss en Bohême, celle de Wiclef en Angleterre).
Au lieu de supprimer les abus, ils y ajoutèrent, tel le trafic des indulgences, bien que trois conciles l'eussent interdit i. On appelait ainsi le rachat, pour une somme d'argent, des peines de l'Enfer et du Purgatoire. Ce commerce se développa avec les dépenses croissantes de la papauté pour ses politiques guerrières, ses cours priacières, ses embellissements de Rome.
La ferme des indulgences appartenait en Allemagne ;i l'archevêque de iMayeuce ; il la revendit aux l'ugger, banquiers d'Augsbourg, qui la firent exploiter par des dominicains.
(Uaprès '• Latran (1215), Vienne
l.ucas Cranach.> (131 1), Constance (1418).
Martin Luther. — Martin Luther, « frère Martin », était un moine augustin de Wittenberg. Son ordre l'ayant envoyé à Rome, il s'y rendit plein de piété, tremblant d'aborder « la Ville Sainte » et le pontife'^, «image du Christ sur la terre » ; il en revint bouleversé par les spectacles d'idolâtrie, les propos libertins, et portant en lui sa Captivité de Babylone, où il montrera le Christ prisonnier du pape.
Au retour, il ne s'attaqua d'abord, avec une furieuse éloquence, qu'au marché des indulgences, « à la foire des âmes » (15 17) ; mais sa polémique contre le dominicain Tetzel eut vite fait de l'emporter à la révolte ouverte contre le pouvoir du Saint-Siège, dispensateur des indulgences, puis contre les lois de l'Eglise (notam-, ment le célibat des prêtres et l'indissolubilité du mariage), enfin contre quelquesuns des principaux dogmes et le culte des images.
Il dira de sa vie tourmentée, de la nouvelle religion militante et triomphante sous son nom, de son universelle renommée : « Qui eût vu cela dans les étoiles? ».
Causes morales de la Réforme. — C'est qu'il y avait des causes beaucoup plus profondes qu' « une querelle de moines », comme l'avait cru le pape Léon X, au mouvement des esprits qui allait, en quelques années, détruire à jamais l'unité de l'Eglise, non seulement en Allemagne, mais en Hongrie, en Suisse, en France, aux Pays-Bas, dans les pays Scandinaves et en Angleterre.
C'était d'abord ces corruptions du haut clergé et des moines dont s'étaient affligés en vain le plus éloquent prédicateur des Croisades' et l'auteur présumé de V Imitation*, le plus beau des livres chrétiens du moyen âge.
Mais comment réformer les mœurs, mettre un terme aux abus? L'Eglise n'aurait-eUe pas pu se corriger elle-même?