‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 129 sur 725 · LE PARTI DES POLITIQUES · texte numérisé non relu

LE PARTI DES POLITIQUES

lO-l

ensuite le corps de ce grand soldat dans la rue.

Guise le reconnut, l'outragea et courut aussitôt continuer sa besogne pendant que sonnaient à toute volée les cloches de Saint-Germain-l'Auxerrois, donnant le signal du massacre général.

Le massacre. — Les gens de Guise, ceux de la milice bourgeoise, les gardes suisses (des cantons catholiques, qui ne parlaient qu'allemand), les archers du roi, et tout un lot de malfaiteurs professionnels, volontaires des grands crimes politiques, tuèrent toute la journée tout ce qu'ils purent trouver de huguenots, à commencer par les gentilshommes qui étaient logés au Louvre comme invités aux noces de Navarre, et les femmes comme les hommes.

Ainsi furent assassinés La Rochefoucauld, Soubise, l'illustre savant Ramus. (' Saignez ! saignez ! criait Tavannes, la saignée est aussi bonne en août qu'en mai. » Il n'est pas certain que Charles IX ait tiré lui-même, d'une feuétie du Louvre sur les huguenots qui cherchaient à gagner des bateaux sur la Seine i.

« Le sang et la mort, écrivait l'ambassadeu»- d'Espagne, courent les rues en telle horreur que leurs Majestés mêmes, qui en étaient les auteurs, ne se pouvaient «Tarder de peur dans le Louvre. »

On continua les joui-s suivants, et en province, à l'exemple de Paris. Au bas mot, 20 ooo victimes^.

Fin de Charles IX. — Le roi, après un peu d'hésitation, se rendit au Parlement (26 aoiit) pour avouer l'acte. Il ordonna le procès de l'amiral, dont le cadavre décapité et déchiqueté pendait déjà au gibet de Montfaucon.

Cependant son crime ne lui pardonna point et, si l'on a dit à tort qu'il en mourut, il est exact qu'il en fut hanté, surtout dans les derniers temps de sa vie. La violence ni des exercices physiques ni des plaisirs ne le pouvait distraire de ses terreurs. Baigné de sang dans son lit, il voyait la nuit «les faces hideuses de tant de corps massacrés », se félicitait de n'avoir point de fils qui eût été aussi malheureux que lui et pleurait dans les bras de sa nourrice huguenote : « Ah ! que j'ai suivi un méchant conseil ! Je suis perdu ! »

Triomphe de Catherine. - Au contraire Catherine triompha, étant aussi dépourvue de conscience que de fana-

tisme, et n'ayant usé de l'efEroyable pouvoir qu'elle avait sur son fils que pour avoir la haute main dans les affaires du royaume.

En étant redevenue la maîtresse, elle reprit aussitôt sa politique de bascule entre les catholiques, qui la glorifiaient de son crime, et les réformés, à qui elle se flattait de le faire oublier. Elle resta indépendante de Rotre. Le pape, Grégoire XIII, eut beau faire frapper une médaille en l'honneur de «la grande journée»^, comme l'empereur Guillaume fera pour la tuerie de la Lusitania, commander à Vasari un tabieau représentant le massacre ^, et fonder une fête pour en célébrer l'anniversaire, Catherine eonti nua à refuser la réception du concile de Trente et l'établissement de l'Inquisition que lui demandait le légat Oi siui, envoyé pour la complimenter.

Reprise de la guerre. — La noblesse réformée fut d'abord étourdie : beaucoup abjurèrent à l'exemple des deux princes de Bourbon, le roi de Navarre et le prince de Condé, à qui Charles IX avait proposé de trois choses l'une : « Messe, mort ou Bastille. » Mais la « nation » elle-même se roidit. Nourris de la Bible, les réformés ne virent dans la catastrophe qu'une épreuve de plus.

Le «peuple d'Israél» eut vite fau de s'organiser pour une quatrième guerre, dont Montauban donna le signal. Le duc d'Anjou échoua devant La Rochelle, Genève de l'Océan, où les huguenots se défendirent « comme chiens enragés >>.

Il saisit pour lever le siège l'occasion des affaires de Pologne, o"', le dernier des Jagellons étant mort, la Diète l'avait élu roi contre l'archiduc Ernest et le tzar Ivan (juillet i573).

Le parti des politiques. — Mais la conséquence la plus importante du crime, ce fut le progrès de ce parti des politiques dont L'Hôpital, démissionnaire de ses charges au lendemain de la Saint-Barthé- 'lemy, avait eu la pensée avant l'heure.

il y aura désonnais au-dessus des partis religieux un tiers parti dont le programme est la liberté de conscience pour tous.

Les catholiques « modérés » ou « malcontents i> se groupèrent d'abord atitour du quatrième fils de la reine, le duc d'Alençou, turbulent et ambitieux, mais héritier possible de Charles IX et du duc d'Anjou.

1. R(''Clt de Brantôme. 3. Gravée dans les Médailles pontificaUs

Page 1