MASSACRE DE LA S A I N T- B A RT H E LE M Y
frère du prince d'Orange, Ludovic de Nassau, eut des entreliens avec Charles IX. lui promit la Flandre en récompense de son secouî-s armé, reçut quelques subsides et, aussitôt, s'empara de Mons et de Valenciennes. Aux menaces de l'ambassadeur espagnol, le roi répondait : </ Je suis prêt à tout. »
La velléité de Charles IX, devenu le grand dessein de l'amiral, ce n'est pas le prétexte, comme on l'a cru. mais c'est la cause première de la Saint-Barthélémy.
Catherine tenait pour la paix, s'effrayait d'ime guerre avec l'Espagne, et, surtout, elle s'inquiétait de l'ascendant de Coligny sur le roi, voulait tout le pouvoir, en ayant la maladie, et ne se plaisant à rien autant qu'au jeu de ses combinaisons.
L'amiral, défendant au conseill'entreprise des Pays-Bas, s'emporta à dire au maréchal de Tavannes : « Qui empêche la guerre d'Espagne n'est pas Français et a une croix rouge (la croix d'Espagne) dans le ventre. »
Attentat contre Coligny. — Cette apostrophe de Coligny (26 juin 1572) passait par le maréchal, atteignait la reine.
Restée toute Italienne, Catherine décida qu'il n'y avait plus qu'à le tuer. Il semble bien qu'elle ne s'en ouvrit qu'au duc d'Anjou et à la duchesse de Nemours, veuve de François de Guise, mère du jeune Henri de Guise, qui avait toujours accusé Coligny de complicité dans le meurtre du Balafré. ^
Des assassins à gage faisaient partie des grandes domesticités d'alors. Monsieur fournit Maurevel, qui avait déjà opéré pour son compte et qu'on appelait « le tueur du roi ».
On laissa passer les noces d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois à Notre-Dame, premier mariage mixte pour lequel le pape refusait la dispense (18 août). Le 22, Maurevel, posté dans la maison d'un ancien précepteur de Guise, au cloître Saint-Germain l'Auxerrois, tira sur Coligny, sortant du Louvre et rentrant chez lui. Coligny fut seulement blessé à la main et au bras.
Charles IX, très ému, se rendit chez lui, accompagné par la reine et le duc d'Anjou, qui, apparemment, s'inquiétaient de ce que dirait le blessé. L'amiral recommanda au roi l'entreprise des Pays-Bas, l'avertit que tout ce qui se disait au conseil était aussitôt connu du duc d'Albe.
Le roi lui dit : * La blessure est pour vous, la douleur et l'outrage pour
moi ; mais j'en ferai telle vengeance qu'on s'en souviendra à jamais. »
Revirement du roi. — Mais il ne fallut pas plus de vingt-quatre heures pour le retourner.
Il soupçonnait les Guises d'avoir fait le coup. L'enquête, ordonnée sans retard, l'aurait vite établi. Catherine (selon le propre récit de sa fille Marguerite) s'effraya que Henri de Guise et sa mère la missent en cause avec Anjou, que le roi, qui détestait son frère, le fît périr, qu'elle-même fût renvoyée à Florence.
Elle joua le grand jeu, envoya à Charles son ancien précepteur Gondi pour lui dire la vérité : que la reine et Anjou « avaient été de la partie », mais ajoutant que, si le roi continuait à vouloir faire justice de Guise, il serait lui-même en danger, que les huguenots le croyaient consentant avec sa mère et son frère et qu'ils s'apprêtaient à avoir recours aux armes. Il n'y avait donc d'autre moyen de salut que de prendre les devants :
achever l'amiral et massacrer les protestants dans la nuit même, 23-24 août, fête de saint Barthélémy.
Assassinat de Coligny. — Catherine, étant venue appuyer le discours de Gondi, eut, de son propre aveu, beaucoup de peine à décider le roi. Il ne voulait pas que l'on touchât à l'amiral, accorda ensuite regorgement de tous les huguenots.
Dès quelle eut son consentement, elle envoya chercher Guise et le prévôt des marchands ; le roi lui-même leur donna l'ordre. Au récit du duc d'Anjou ', sa mère aurait eu ensuite peur « de la conséquence d'une si grande entreprise à laquelle, pour dire vray, ils n'avaient jusqu'alors guère bien pensé ». Elle aurait alors dépêché un gentilhomme à Guise pour lui enjoindre de rester en son logis et de ne rien entreprendre contre l'amiral, « ce seul commandement faisant tomber tout le reste ». Mais Guise était déjà parti avec une grosse troupe à cheval pour le logis de Coligny.
Il y arriva entre 3 et 4 heures du matin. Pendant qu'il attendait dans la cour, quatre de ses hommes forcèrent la porte, montèrent l'escalier, trouvèrent Coligny debout dans sa chambre avec Ambroise Paré, le chirurgien, et avec le pasteur Merlin, et le tuèrent d'un coup d'épieu dans la poitrine. Ils jetèrent
I. DUcour'i du roi Henri III dans les Mémoires de Villeroi ; c'est un plaidoyer. L'authenticité n'en a été contestée que par un historien allemand, Ranke.