L'AFFAIRE DE CORBIE
victoire de Lutzen, obligea Richelieu à se déclarer. La victoire ayant de nouveau changé de camp après la fin de ce grand chef, les confédérés réclamèrent le secours du cardinal, tant en hommes, cette fois, qu'en argent.
Us consentaient, en échange, « que le pays d'Alsace fût mis en dépôt et en la protection du roi de France avec les villes et places qui en dépendent », Benfcld, Schlestadt et même Brisach.
Le traité de Paris (i^'' novembre 1634) fut complété l'hiver d'après par un accord avec la République hollandaise pour le partage de la Belgique (février 1635) ; puis par le traité de Compiègne où le roi de France et la reine de Suède Christine, fille de Gustave-Adolphe, « s'engagèrent en guerre contre la maison d'Autriche » et se promirent de ne jamais faire de paix qu'en commun.
Le 19 mai, Richelieu, qui s'était réservé de choisir son ennemi, déclara solennellement la guerre au roi d'Espagne ; l'année d'après, ce fut l'empereur qui la déclara à Louis XIIL
Entre temps, Richelieu avait traité à Rivoli avec les ducs de Savoie, de Parme et de Mantoue pour le partage du Milanais ; mais il se réservait d'échanger ces possessions d'au delà les Alpes pour la Savoie.
L'affaire de Corbie. — Bien qu'il eût groupé sous sa direction tous les ennemis de la maison d'Autriche, la quatrième et dernière période de la guerre de Trente ans, qu'on appelle la période française ', commença par des insuccès.
Cette sombre Espagne de l'Inquisition avait toujours l'une des plus redoutables infanteries et quelques-uns des meilleurs capitaines du monde. L'offensive francobatave en Belgique échoua devant les forces supérieures du cardinal-infant et de Piccolomini. Sur le Rhin, Bernard de Saxe-VVeimar, avec les Suédois et les luthériens, et le cardinal de la Valette (l'une des erreurs de Richelieu, trop porté aux généraux d'Eglise), avaient perdu la ligne de la Sarre ; ils gardèrent péniblement la Lorraine et la Haute-Alsace.
Le duc de Rohan, l'ancien chef des protestants dans la révolte de 1626, s'était maintenu tout juste en V'alteline ; les Espagnols avaient débarqué aux îles de Lérins, sur la côte de Provence (1635).
L'année suivante fut pire. Pendant que le prince de Condé piétinait en Franche-Comté, les Impériaux, sous le
I. Les périodes précédentes sont appelées palatine, danoise et suédoise.
furieux Jean de Weert, et les Espagnols entrèrent à Liège, envahirent la Picardie et, poussant de toute leur cavalerie hongroise et croate, forcèrent la ligne de la Somme. De Corbie qu'ils avaient emporté, ils ravageaient tout le pays jusqu'à l'Oise et menaçaient la route de Paris (1636).
Le monde de la reine Anne et de l'inepte Gaston ne cachèrent pas leur joie de l'affaire de Corbie. Ils virent le cardinal à terre, fût-ce par les Espagnols et les Impériaux. Mais Richelieu fut très grand, le roi très fidèle et Paris très beau. La bourgeoisie et les métiers (on dirait aujourd'hui les ouvriers) s'enrôlèrent en foule. Le vieux maréchal de La Force, installé sur les degrés de l'Hôtel de Ville, recevait les engagements volontaires.
Ce fut le Quatre-vingt-douze de la monarchie.
En moins de six semaines, on reprit Corbie. Le même jour Rantzau fit lever aux Impériaux le siège de Saint-Jeande-Losne.
Les bandes hispano-allemandes se replièrent en toute hâte vers les frontières.
Prise de Brisach. — Dès lors, la fortune revint au cardinal. Le duc d'Orléans, qui avait formé avec le comte de Boissons le dessein de l'assassiner à Amiens, n'osa pas donner le signal du crime. Pendant que les Impériaux étaient chassés de Bourgogne et les Espagnols de Picardie, le duc de Weimar s'emparait de presque toute l'Alsace et les Suédois rentraient en Thuringe, en Hesse et en Saxe.
Les opérations, ralenties de part et d'autre en 1637, furent reprises l'année d'après avec beaucoup de vigueur, surtout en Alsace.
Bernard de Weimar, Guébriant et le frère cadet du duc de Bouillon, le jeune Henri de la Tour d'Auvergne, qui sera un jour le maréchal de Turenne, dirigèrent tous leurs efforts contre Brisach. Cette ville forte, debout sur sa falaise, domine de la rive droite du Rhin la vaste plaine du Sundgau. Les Impériaux firent de vains efforts pour la dégager. Battus à Thaun, ils durent repasser le Rhin (1638).
Richelieu apprit la chute de Brisach comme il était allé visiter son ami le capucin Joseph qui se mourait. Se penchant sur le lit du moine, il lui cria dans l'oreille, comme pour essayer de le ranimer par la nouvelle de la victoire : « Père Joseph ! Brisach est à nous ! »
Richelieu en Alsace. — La mort soudaine du duc de Weimar (1639) délia le cardinal des engagements qu'il avait