LA BATAILLE POUR PARIS
gondées, ont la tête pleine des romans l'armée du roi contre l'armée des princes.
de Scudéry et se croient des personnages Combat de la porte Saint- Antoine. —
de Plutarque et de Corneille. La principale bataille fut pour Paris.
Toute cette brillante société détestait Après avoir remporté à Bléneau, selon
Mazarin et jouait de la persistante impo- ses propres termes, « un petit succès »
pularité qui s'attachait à lui, malgré tant sur Turenne, Condé, laissant ses hommes
de preuves d'intelligence politique qu'il à Etampes (avril 1652), était accouru au
Parlement, où il fut assez mal reçu, « encore tout sanglant de la défaite des soldats du roi », lui fut-il dit en face.
Il trouva à Paris le duc d'Orléans et fut rejoint bientôt par Charles IV de Lorraine, à la solde de l'Espagne, souverain sans Etat, depuis que Richelieu avait occupé le duché, et qui comptait sur la guerre civile pour en regagner quelque chose.
La reine mère était à Saint-Germain avec le jeune roi, Mazarin, revenu d'exil, et Turenne.
Toutes les armées étaient en dehors de Paris, chacune ayant pour objectif d'y entrer.
Après une habile manœuvre qui le porta à hauteur de la porte Saint- Antoine, Tureime assurait le roi qu'il
pasquin », comme l'appelaient les fron- serait le soir ïnême au Louvre quand la deurs, battre Turenne à Rethel; au len- grande Mademoiselle fit tirer sur les demain de sa victoire, le cardinal prendre royaux de la plate-forme de la Bastille la fuite devant une émeute de Paris; puis et les obligea à la retraite. Les Condéens Condé revenir tout-puissant et, soudain, entrèrent dans Paris, pendant que rompre avec la moitié de son parti pour Charles IV, avec ses Lorrains et ses s'être opposé au mariage de Conti avec VVurtembergeois,ravageaitrile-de-France Mlle de Chevreuse, compromise par le et que les Espagnols poussaient jusqu'à coadjuteur. Novon et à Soissons.
Ayant quitté Paris pour la Guyenne "Le gouvernement de Monsieur. — le jour de la majorité de Louis XIV, Ce fut une victoire sans lendemain. Le Condé traita avec les Espagnols : « Sa Parlement ayant cédé le pouvoir aux Majesté catholique s'engageait à joindre députés de Paris, une émeute, qui paraît ses troupes à celles de M. le Prince, à avoir été suscitée par le duc d'Orléans, entretenir dans la rivière de Bordeaux les chassa de l'hôtel de ville, sur quoi un une armée navale de trente vaissca\ix de gouvernement insurrectionnel fut orgaguerre et à ne faire aucune paix générale nisc (Monsieur, lieutenant général du ou particulière sans M. le Prince et avec royaume ; Condé, général en chef ; Broussa satisfaction.»! sel, prévôt des marchands). Mais la grande
Turenne, l'année précédente, avait ville se lassa vite de cette guerre sans fait de même. Maintenant, «las du but, du Parlement qui l'avait commencée
avait données. Condé rompit avec Mazarin pour les gouvernements et honneurs que le cardinal avait refusés à lui et aux siens qui ne prétendaient à rien moins qu'à restaurer à leur profit les grands apanages.
Mazarin, s'étant réconcilié avec le Parlement, paya d'audace ; il fit mener à Vincennes Condé, Conti et leur beau-frère Longueville (janvier 1650).
Condé dira plus tard : « Je suis entré en prison le plus innocent des hommes ; j'en suis sorti le plus criminel. »
Honorable aveu qui rachète les fautes de ce grand capitaine.
Trahison de Condé. — La guerre civile dura troisans, avec de singuliers revirements. On y vit Mazarin « le
DISTRIBUTION DE SOUPE AUX MISEREUX ; quatre détestables années de la Fronde avaient plongé ; pays dans une affreuse misère. (Bibl. Nat.J
métier de rebelle », il offre ses services à Mazarin et reçoit le commandement de