Discours de Kratz, maire de Strasbourg
j6i2. — DÉCLARATION DU CLERGÉ.
Sans doute, on n'avait pas encore vu un prince conquérir des villes et des territoires par arrêts. :Mais de quel droit ces villes et ces territoires d'Alsace et de Lorraine étaient-ils à des princes et à des évêques de l'autre côté du Rhin et au roi de Suède ! Ils les tenaient du même code féodal que Louis XIV invoquait pour les faire rentrer dans la communauté française. C'était encore le droit public du xviii^ siècle.
Le droit de se choisir une patrie ne sera reconnu aux peuples et aux corps de peuple qu'au siècle suivant. La Révolution sera la grande ligne de partage des eaux de 1" histoire ; au delà, les conquêtes qui se feront contre la volonté des habitants, deviendront des attentats contre !e Droit. Dès les premiers temps de la Révolution, l'Alsace déclarera qu'elle nest point française de par les traités et capitulations, mais qu'elle l'est de sa seule volonté.
Trêve de Ratisbonne. — Le même jour (30 septembre) où des dragons français entrèrent à Strasbourg, d'autres troupes françaises occupèrent Casàl, à la suite d'un marché passé avec le duc de Mantoue.
Strasbourg et Casai, le Rhin et le Pô, presque à la même heure, c'était beaucoup. Il y eut en Europe un vif mouvement contre l'ambition insatiable du roi de France.
Les Chambres de Metz et de Brisach n'en continuèrent pas moins à rendre des arrêts de réunion, et d'autant plus hardiment que l'empereur était menacé d'ime nouvelle offensive des Turcs.
Le pape et le roi de Pologne, Sobieski, avant réclamé le concours de Louis XIV, non seulement le roi refusa, ne voulant pas se brouiller avec les Turcs, mais il saisit l'occasion des embarras autrichiens pour envoyer un ultimatum à l'Espagne qui avait refusé de le satisfaire sur les droits recomius à la France dans le Luxembourg (1684).
Ni la Hollande ni les Etats Scandinaves ne vinrent au secours de l'Espagne.
Sobieski avait délivré Vienne, mais l'empereur était occupé à reconquérir la Hongrie. Le Brandebourg et le Danemark avaient conclu de nouveaux traités avec Louis XIV. Créqui et Vauban s'emparèrent de Luxembourg.
("rênes fut bombardée pour avoir mis à la mer quatre galères destinées à l'Espagne, et le doge obligé à venir s'excuser en personne à Versailles, «où, dit-il, rien ne 1 étoiuia plus que de s'y voir ».
La trêve de Ratisbonne, conclue
pour vingt ans, mit fin à la guerre. L'empereur et le roi catholique cédaient pour tout ce temps Strasbourg, Kehl, Luxembourg et toutes les seigneuries dont la réunion avait été prononcée jusqu'au !'='■ août 1681.
L'apogée de Louis XIV. — Le roi, à la trêve de Ratisbonne, fut au plus haut de sa fortune. Il avait achevé en pleine paix la conquêfe de l'Alsace, occupé trois grandes forteresses, étendu par son alliance avec l'électeur de Cologne et par ses positions militaires dans le Palatinat son influence sur la rive gauche du Rhin, domestiqué le Bran.debourg.
La déclaration du Clergé, — Précédemment, il avait tenu tête avec fermeté aux prétentions du pape Innocent XI. Il donna force de loi aux quatre articles de la déclaration du clergé 1 rédigée par Bossuet, sur l'indépendance absolue du temporel.
Les quatre articles portaient sur l'autorité des conciles généraux, supérieure à celle du pontife ; sur la réforme des décisions pontificales au spirituel, quand elles n'ont pas été sanctionnées par l'Eglise ; et sur les libertés inébranlables des églises nationales ou gallicanes.
Les tribunaux enregistrèrent ces propositions et il fut défendu de rien enseigner contre elles. Le pape répliqua en refusant les bulles d'investiture aux évêques choisis par le roi parmi les membres de l'assemblée. A sa mort, il y avait près de trente diocèses dépourvus d' évêques.
Mme de Maintenon. — Colbert était mort en 1683. Louis XIV, devenu veuf la même année, épousa, l'année d'après, en mariage secret, Françoise d'Aubigné, petite-fille du poètedes Tragiques, Agn-pçA d'Aubigné, et veuve du poète burlesque, l'infirme Scarron ; Mme de Montespan l'avait donnée pour gouvernante aux enfants qu'elle avait eus du roi.
De trois ans plus âgée que lui, elle fit •Connaître au r<ji « le commerce de l'amitié et de la conversation t> -, * pays tout nouveau » pour lui, mais où elle le conduisit par d'autrcschemins. Jeune, dans le monde de Ninon de
I. Déclaration du clergé de France sur la puissance ecclésiastique (19 mars 1682) ; édit
.MAD.A.Mli DE MAINTENON ' , , '16351719).
roy.il du 23 mars. (D'après Mignarl.