XVIII^ SIÈCLE. — ORIGINES DE LA PRUSSE
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tiré un juste orgueil d'avoir établi un des siens à Madrid et de l'y avoir maintenu après quinze années de guerre.
Ce changement de dynastie va inspirer à des aventuriers, qui faillirent être de grands ministres, l'ambition d'arrêter la péninsule sur la pente de la décadence. La matière fait défaut : l'Espagne s'est elle-même trop cruellement appauvrie par tant d'années de guerre, par l'expulsion des Arabes et des Juifs, par un despotisme sombre. Elle a perdu successivement le Portugal, l'Italie, les Pays-Bas; elle exploite sans pitié ses colonies ; elle a détruit son industrie et com.me éteint son intelligence.
Italie. — L'autre péninsule méditerranéenne n'est pas moins avancée dans la décadence. La seule Savoie y échappe.
Si elle conserve difficilement ses États du revers occidental des Alpes (diminués de la Bresse, du Bugey, de Gex, de Barcelonnette), elle se consolide au Piémont et l'échange de la Sicile pour la Sardaigne lui .vaudra de changer sa couronne ducale en royale. Mais Gênes et Venise se meurent ; la Toscane, les deux Siciles, Parme, Mantoue ont fini par ne même plus s'apercevoir quand les maîtres changent.
Suisse et Pays-Bas. — La neutralité de la République suisse commence ^ devenir un dogme de la politique européenne ; la séparation des Pays-Bas de l'Empire a privé la dynastie des Habsbourg> de l'un des plus beaux domaines de son héritage bourguignon.
A leur tour, les Pays-Bas se sont scindés: Hollande, chaloupe à la remorque de l'Angleterre ; Belgique, camp retranché tantôt espagnol, tantôt autrichien, au flanc nord-est de la Ffance. La Belgique, catholique, couve en silence des révolutions qui dégageront un peuple.
La Hollande, protestante, a passé en quelques années du premier ordre au second. Elle a sacrifié ses libertés républicaines à son besoin d'indépendance et sa grandeur maritime à l'orgueil d'avoir mis son dictateur sur le trône anglais.
La maison d'Autriche. — La couronne de l'Empire reste, de fait, héréditaire dans la maison d'Autriche ; le Habsbourg est le prince le plus puissant et le plus riche de l'Allemagne, mais il a renoncé depuis les traités de VVestphalie à l'unifier : il ne gouverne pas la nation germanique, à peine règne-t-il. Par contre, à défaut de l'héritage bourguignon dont il ne garde plus que la Belgique, il a étendu dans toutes les directions son patrimoine natal (le duché d'Autriche).
Au début du xviii<^ siècle, le domaine héréditaire d'Autriche comprend, avec le duché et la ville de Vienne, la Styrie, le Tyrol et la Carinthie en terre allemande, des excroissances italiennes en Milanais et en Toscane, Trieste sur l'Adriatique, la Bohême, la Hongrie et, déjà, des morceaux de Pologne. L'Autriche devient ainsi un État de transition entre l'Occident et l'Oi^ient de l'Europe. Sa pente serait à l'Est, comme celle du Danube. Elle est presque entièrement catholique.
L'Allemagne parcellaire. — L'Allemagne n'est pas une confédération ; car une confédération implique des institutions générales, un moteur commun, un pacte d'union contre l'étranger ; et l'Allemagne n'est plus qu'un amas confus de grands et de petits États qui vivent chacun pour sai et, manœuvres par l'étranger, s'opposent sans cesse les uns aux autres.
Ce particularisme et les droits revendiqués par chacun de ces Etats, c'est ce que le jargon du temps continue à appeler (' les libertés germaniques ». Le roi de France s'en prétend toujours garant. Les princes ecclésiastiques et laïques de la rive gauche du Rhin s'appellent euxmêmes « les Allemands de France ». Les électeurs bavarois, saxons, brandebourgeois, reçoivent les subsides du roi de France ; sauf le Wittelsbach, d'ime fidélité constante, ils passent au camp de l'Empire à peine ont-ils touché les écus.
L'idée de patrie est devenue à peu près étrangère à une nation aussi fragmentée, à cette poussière de peuples. Ce sont les Allemagnes.
A la fin du xvii'' siècle et au début du xviii<>, trois sur sept des grands électeurs sont devenus rois : l'électeur de Brandebourg en Prusse ; celui de Saxe en Pologne ; celui de Hanovre en Angleterre.
Le Brandebourgeois et le Hanovrien sont protestants ; le Saxon s'est fait catholique.
La Prusse. — La genèse de l'État prussien entre l'Elbe et la Vistule s'était passée si loin, dans un monde encore si obscur et si vague, qu'il ne fut guère connu au dehors que déjà formé et prêt à jouer son rôle.
La marche de Brandebourg et la Prusse, longtemps séparées, ont été, comme l'Autriche, des colonies germaniques, sentinelles avancées en pays slave, créations artificielles dans des contrées sans cadre naturel et sans histoire.
La Prusse des chevaliers teutoniques a été le théâtre de longues luttes avec les Polonais et les Suédois ; le Brandebourg
SUEDE ET POLOCrNE.
X\'IIIe SIECLE.