‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 242 sur 725 · LA QUADRUPLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA QUADRUPLE ALLIANCE

La Compagnie des Indes. — «Si Law

s'en était tenu à cet établissement, il serait considéré comme un des bienfaiteurs de notre pays et comme le créateur d'un superbe établissement de crédit. »

Mais il suivait son idée de concentrer dans un seul établissement la banque, l'administration du trésor et les monopoles commerciaux. Il ressuscita en conséquence la Compagnie des Indes occidentales, pour l'exploitation du commerce dans la Louisiane et le Mississipi, découverts par le chevalier de Lassalle, et avec la pensée de réunir par la suite compagnie et banque (1718).

Il obtint ensuite d'étendre le privilège des Indes occidentales aux Indes orientales ; le monopole du commerce en Amérique, en Afrique et en Asie fut dès lors aux mains d'une seule société qui prit le titre de Compagnie des Indes

L'histoire du Sys^^we, si heureusement commencé <• dans le plus horrible dérangement de nos finances », bientôt compromis par l'impatience de Law et de la nation elle-même, a été résumée ainsi par Voltaire : « C'était l'émétique à des malades ; nous en prîmes trop, et nous eûmes des convulsions. »

Comme Law n'avait pas cessé de marcher de succès en succès, — l'emportant de haute lutte sur le Parlement qui s" était opposé à ce que la banque fût déclarée royale, puis sur les fermiers généraux et sur les frères Paris qui avaient lancé les actions de V Anti- Système, et enfin obtenant du régent l'administration des monnaies et les recettes générales, avec le titre de con- 'trôleur général des finances, ■ — • la confiance du public tourna à une sorte de folie.

La rue Quincampoix. — Les comptoirs des principaux banquiers étaient établis alors rue Quincampoix, entre les rues Saint-Denis et Saint-Martin, et tenaient lieu de * Bourse ». Des agioteurs, de toutes les classes et de tous les rangs mêlés, du prince au balayeur et au laquais, de la grande dame à la brocanteuse, se livrèrent à un agiotage effréné. Les billets de la banque firent prime sur l'argent.

Aux nouvelles colportées que l'on découvrait tous les jours dans la vallée du Mississipi des mines d'or, des champs d'émeraudes et de diamants, les actions de la Compagnie des Indes montèrent de 500 livres à 10 000 et 20000.

Les habiles se mirent alors à réaliser, poussés par les ennemis de Law et par la

Bourse de Londres. La chute des actions fut aussi rapide qu'avait été la hausse, la Compagnie entraînant la Banque avec qui elle avait été fondue.

Chute du système. — Law. dégrisé, eut alors recours aux pires moyens en usage dans les gouvernements despotiques (cours forcés des billets, prohibition de transporter des espèces métalliques, variations des monnaies) . Rien n'y fit ou, plutôt, tout ce qu'on fit accéléra la catastrophe. La Banque ne remboursant plus les billets au-dessus de 10 livres, le cri public fut si fort qu'il fallut la supprimer. Les actions et les billets ne furent remboursés qu'en rentes ou en actions rentières après de grosses réductions. La rue Quincampoix fut fermée.

La Compagnie des Indes continua seule à exister. L'opération du visa fit rendre gorge à quelques Mississipieiis enrichis (1720).

La peste qui ravageait Marseille et la terreur de la contagion ajoutèrent aux misères de cette lamentable année.

Fin de Law. — Poursuivi par l'explosion des haines de ceux dont il avait été l'idole, désespéré devant le spectacle de tant de ruines, mais gardant une foi indomptable dans le « Système », Law, après avoir reçu pendant quelques jours l'hospitalité courageuse du régent, s'enfuit en Belgique, d'où il se rendit à Venise. Il y mourut en 1729, dans l'abandon et <• dans un état à peine au-dessus de l'indigence ».

Les conséquences du Système per\'erti avaient été si désastreuses que. de tout le règne de Louis XV, aucun établissement de crédit ne fut autorisé.

Politique extérieure du régent. — Pendant que la France payait ainsi, très cher, sa première leçon d'économie politique, une diplomatie sans éclat, mais de bon sens, maintenait la paix et rentrait dans l'alliance anglaise.

L'hostilité acharnée de Guillaume d'Orange et les victoires de Marlborough {yi. de Malbrouck, des chansons populaires) avaient réveillé les vieilles haines de la guerre de Cent ans. Le régent défia le reproche d'anglomanie.

Il fit négocier par l'ancien précepteur de son fils, l'abbé Dubois, la Friple. Alliance avec l'Angleterre et la Hollande, qui devint la (Quadruple .Alliance par l'adhésion de l'empereur (1717-171S'.

Le cardinal Dubois. — Dubois était un <' petit homme maigre, effilé, à mine de fouine », sans moralité, — « tous les vices se combattaient en lui à qui de-

CARDINAL PlBOlb

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meurerait maître », — mais intelligent, cultivé, laborieux, parfaitement instruit de l'Europe. Ses origines étaient modestes ; il en était fier :

« On me reproche de n'être pas fils d'un duc et pair ; ce qu'on appelle être né dans la boue. »

Le régent le fit conseiller d'Etat, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, premier ministre ; le pape, archevêque de Cambrai et cardinal.

Résolument pacifique, comme le voulait la sagesse après tant d'années meurtrières de guerre, Dubois ne craignit pas de consentir à l'entente avec l'Angleterre le renvoi du prétendant Stuart et, ce qui était excessif, la démolition des fortifications de Mardick. Surtout, il tint tête avec fermeté aux desseins de bouleversement d'.AJbéroni.

Guerre d'Espagne. — Ce nouvel Olivarès était un abbé parmesan, d'aussi médiocre naissance que Dubois lui-même, qui, après avoir été longtemps de la suite du duc de \'endôme, était devenu premier ministre d'Espagne et cardinal.

Albéroni avait travaillé, avec une sorte de génie, à refaire sa nouvelle patrie. Poussé par la reine Elisabeth Famèse, il projetait maintenant de restituer l'Angleterre aux Stuarts ; à l'Espagne ses possessions italiennes, Sardaigne et Sicile, abandonnées par le traité d'Utrecht; à Philippe V la régence en France et, malgré ses solennelles renonciations, ses droits à la couronne.

Ces desseins étaient aussi absurdes que vastes. Albéroni négocia avec Charles XII de Suède un débarquement en Ecosse, l'invasion de l'Autriche avec les Turcs, un traité d'alliance contre l'Empire avec la Russie, et, par l'entremise de son ambassadeur à Paris, Cellamare, avec le duc et la duchesse du Maine le renversement du duc d'Orléans et une insurrection en Bretagne.

Dubois, ayant découvert le complot de

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