‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 26 sur 725 · X//« A XV^ SIÈCLE. — GUELFES ET GIBELINS · texte numérisé non relu

X//« A XV^ SIÈCLE. — GUELFES ET GIBELINS

toujours mouvantes et dépourvu d'un centre de gravité, sans armature et sans vie collective, n'est qu'un assemblage de peuples. L'extraordinaire édifice a bien sa clef de voûte dans l'empereur, mais l'empereur est moins allemand que romain.

Pendant que la principale affaire de la France au moyen âge est sa fonnation intérieure, l'Allemagne déborde au dehors, elle verse sur le Midi, sur l'Italie, sur le royavune d'Arles (Bourgogne et Provence) .

La fonction du nouveau César n'est pas l'organisation de la Germanie, mais le gouvernement de la chrétienté auquel il a été associé par le pape. Absorbé dans ses ambitions mondiales, il abandonne à elle-même l'Allemagne. En conséquence, elle se morcelle à l'infini, dans une cohue de principautés et de communautés, et elle prend goût à ses divisions qu'elle appelle les libertés germaniques.

En moins de trois siècles, quand « ces deux moitiés de Dieu, le pape et l'empe' leur,), seront devenues ennemies, le dernier terme de la confusion de l'Empire et de l'Eglise sera l'anarchie.

Le grand Empire. — Dans l'intervalle, du x'' au xiii« siècle, cette domination à deux têtes a réalisé de très grandes choses, et elle a assuré à l'Empire, avec les trois d>Tiasties de Saxe, de Franconie et de Souabe, la prééminence dans l'Europe féodale.

L'immense entreprise ne rencontra aucune résistance à l'Ouest ; c'était l'époque de la pire décadence des Carolingiens d'Occident. Le second prince d? la maison de Saxe, Othon l", fils de Henri l'Oiseleur, descendit en Italie, s'y proclama roi et, onze ans après, se fit donner la couronne impériale par le pape Jean XII.

Il est Vavoué de l'Eglise. Il s'est chargé des destinées du Saint-Siège. Il a quitté le titre de roi des Francs de l'Est. Le roi germanique est devenu empereur romain.

Jusqu'en 1806 — Austerlitz — il s'appellera Romischer Kaiser, Romanorum imperator scmper Augnstus.

Othon III, fils d'une princesse grecque et élève de l'illustre Gerbert, archevêque de Reims, établit sa capitale à Rome.

• Sous Conrad II, premier prince de la dynastie de Franconie, le royaume d'Arles, avec Besançon, Dijon, Lyon et Marseille, fut réuni à l'Empire et en devint partie intégrante (1032). Son fils Henri III étendit la suprématie allemande sur l'Italie, la Bohême, la Hongrie et la Pologne.

A Rome, l'empereur prit le titre et

le costume de patrice héréditaire ; ie synode lui attribua le droit de désigner le suprême pontife ; il nomma et déposa les papes. Ce fut le point culminant de la puissance germanique.

La Papauté contre l'Empire. — A vrai dire, sous Henri III, l'Empire a été temporel et spirituel, à la fois royauté et sacerdoce, Eglise et Etat. C'était trop.

La Papauté se redressa au xi^ siècle.

Elle a trouvé, en Italie, des soutiens contre le nouvel empereur, Henri IV : les Normands des deux Siciles, la comtesse Mathilde, d'origine française. Elle a trouvé surtout un grand homme, le moine Hildebrand, Toscan comme seront Dante et Machiavel, plein de l'esprit qui animait les moines de Cluny ; porté au Saint-Siège par le peuple, il a pris le nom de Grégoire VII.

Grande révolution politique, sacerdotale, morale. Cette même Rome, qui avait accepté des pontifes de la main du César allemand, revendique maintenant la primauté, la domination complète pour l'Eglise. Elle décide que les évêques et les abbés ne seront désormais nommés que par le Saint-Siège : « Si un empereur, un roi, un duc, un marquis, un comte, une puissance ou une personne la'ique a la présomption de donner Yinvestiiure des évêchés ou de quelque dignité ecclésiastique, qu'il soit frappé d'excommunication » (1075).

Mais en même temps que l'Eglise prétend à devenir la maîtresse effective du monde, elle se condamne à se mettre en dehors de l'humanité ; se rédimant de la chair dont il a été fait des abus scandaleux, elle interdit aux clercs le mariage qu'elle avait jusqu'alors toléré, le déclarant seulement inférieur au célibat.

La prétention de l'ancien moine de Cluny à la suprématie atteignait tous les gouvernements temporels. Pourtant, ni Philippe l" de France, ni Guillaume le Conquérant, ni les autres princes, normands, italiens ou Scandinaves, ne s'en inquiétèrent.

Le grand conflit entre le pouvoir spirituel et le temporel ne fut d'abord qu'un duel entre la Papauté et l'Empire, le Saint Pontificat romain et le Saint Empire romain.

Guelfes et Gibelins. — La querelle des investitures, où commence le déclin de l'Empire germanique, marque aussi l'éveil d'un premier patriotisme italien. Il y avait trop longtemps que l'Italie subissait sans réaction la périodique descente des barons allemands. Le César

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