LE DERMER «ÉTAT» DE L'A\CIE\\E FRANCE
Dans le sens où l'on entend le mot élections municipales, les villes étaient
d'une gravure — tirage d'une même plan- administrées par des maires et des éche-
che aux divers degrés d'avancement de vins, qui devaient acheter leurs charges
l'œuvre — quel est le dernier état de 1 an- et qui étaient sous le contrôle des inten-
cienne Franceàla veille de la Révolution? dants.
L'unité inachevée. — D'abord, si II est donc exact que la centralité l'unité française, qui a été la constante politique et la centralisation administrapensée de la maison capétienne, offre tive datent de l'ancien régime. Mais de un contraste heureux avec l'Allemagne cette centralisation qui s'était fondée au parcellaire et l'Italie en morceaux, elle milieu des débris de la société féodale et est loin encore d'être achevée. Ce n'est sur les ruines des libertés communales, on encore que le bloc qui attend le sculpteur, aurait pu dire que là où le roi avait le Michel-Ange à la hache. Le roi de établi le despotisme, ill'appelait l'unité. France est bien le roi de toute la France. Le pouvoir royal. — En effet, le rou- Mais la nation reste divisée en ordres, leau n'a passé que pour détruire ce qui qui sont comme trois nations, et elle a était susceptible de gêner le pouvoir moins de part à son gouvernement que royal. D'une part il a laissé subsister la Turquie ' ou la Perse. entre les provinces les disparités et dis- Pays d'élection et pays d'Etat. — On cordances qui feront dire à Calonne a déjà vu que, depuis plus d'un siècle, qu'elles n'étaient pas « naturalisées » et les provinces étaient privées de repré- qu'elles étaient le principe de tous les sentations. vices de l'Etat, et à Mirabeau que la Les unes s'appelaient encore Pays France n'était encore qu' « une agréga- (Vélection, parce qu'elles députaient seules tion inconstituée de peuples désunis ». aux Etats généraux; — mais les Etats D'autre part,- le rouleau a partout passé généraux ne se réunissaient plus. à côté des pri\-ilèges féodaux ; ils vont Les autres s'appelaient toujours Pays devenir d'autant plus intolérables que d'Etat, à cause de leurs droits anciens le peuple, plusj instruit, prend plus conà une représentation locale, où figuraient science de ses droits, et qu'il a cessé de les trois ordres, et qui avait le privilège se résigner à sa servitude et à sa misère de voter, répartir et percevoir l'impôt ; — comme à son lot naturel, mais Louis XIV avait supprimé les Etats Législation. — Ici encore.
provinciaux sauf cinq, et il avait réduit presque à néant les droits de ceux qu'il avait conservés.
Les généralités. — Aussi bien la véritable circonscription administrative, c'était, depuis 1637, la généralité avec, à où la capitale avait acquis le plus de pré-
qui
ain^ait dû être conservé se perdait et ce qui aurait dû être aboli se maintenait. La diversité d'une active vie provinciale eût été un bien. Or, la France était déjà, de tous les pays de l'Europe, celui
poste fixe, un intendant qui possédait la réalité du gouvernement.
De l'intendant, préfet à la dixième puissance, relevaient tous les services publics, finances, travaux publics, com
pondérance, tête qui devenait trop grosse. Dans le même temps, des provinces, même de celles qui étaient»' anciennement entrées dans la famille française, se réclamaient encore des c capitulations » et des
merce, agriculture, police, et il avait le traités qui, à l'époque de leur réunion,
droit d'intervenir dans les affaires de avaient maintenu leurs lois particulières,
justice et de déférer les causes à la con- comme clauses essentielles des pactes
naissance du Conseil d'Etat. Enfin, depuis d'incorporation, et leur avaient laissé des
l'édit de 1697, qui avait supprimé les lambeaux d'indépendance.
Non seulement la l'rance continuait