XVIII" SIÈCLE
Négociants, fabricants, avocats, méde- "ins. professeurs, hommes de lettres, fonctionnaires, cette classe moyeime est, par excellence, la classe éclairée. Elle a gravi assez de degrés de Téchelle sociale pour prétendre à légalité avec une noblesse qui a renoncé à son rôle public, et pour prétendre à l'autorité sons un roi à qui elle permettra de régner, s'illappelle à gouverner.
Le peuple monte derrière elle, conduit par elle et la poussant. Bourgeoisie et peuple associés, c'est le Tiers Etat.
Philosophes et bourgeois ont entrepris
de renverser les privilèges, de mettre fin à l'effroyable oppression fiscale qui réduit le peuple à la misère, de l'associer à la vie publique, de lui ouvrir de larges voies vers la liberté, d'établir un régime fondé sur le droit naturel, d'affranchir la conscience.
Le nom de xviii^ siècle a été attaché particulièrement à cette dernière période de l'Ancien Régime qui va de 1715 à 1789. La vie intellectuelle de ce monde, en réaction déclarée contre celui du siècle précédent, est singulièrement variée.
LES LETTRES
y e parti des philosophes. — Les philoso- ^ phes proprement dits ont peu écrit sur la philosophie ; presque tous ont médit de la métaph\sique ; mais la plupart de leurs ouvrages, tragédies, comédies, poèmes, romans, contes, histoire, dans un temps où il n'existe ni presse, ni tribune, ce sont surtout des véhicules à idées politiques et sociales. Les philosophes sont un « parti ».
Les lettres. — Pourtant, ni tous les hommes de lettres, ni tous les philosophes ne sont descendus dans lé combat.
L'amour est le seul sujet des comédies de Marivaux, vives, tendres, parfumées de poésie, d'une préciosité shakespearienne. C'est un sentiment v si doux » si ♦ noble », qu' 0 il ressemble à une vertu ». Ses romans {Marianne, le Paysan parvenu), dune analyse pénétrante, sans aventures, font penser à Chardin comme son théâtre à Watteau.
Le Sage, dans ses comédies et dans ses romans, alertes et gais {Aventures de Gil Bios), où il s'inspire des picaresques espagnols et apparaît comme le précurseur des réalistes, est curieux surtout de l'homme et de la vie.
Un petit chef-d'œuvre de passion et de vérité, VHistoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, est le seul roman qui subsiste de l'abbé Prévost.
Destouches, Piron et Gresset essaj'ent de restaurer la comédie de caractère, La Chaussée inaugure le drame larmoyant, sans regarder plus loin que la rampe.
Les poètes, élégiaques ou descri p t i f s , didactiques ou lyriques Saint-Lambert, Delille, (.688-1763). Louis Racme, J.-B.
(D'après Vanioo. I Rousscau, Lebrun), plus
tard le fabuliste Florian, ont surtout du métier. Il y a de l'émotion chez Mille voye, chez Gilbert ; de la grâce chez Dorât, Bouffiers, Parny.
On ne connaîtra qu'après sa mort les poèmes d'André Chénier, né à Constantinople d'une mère grecque, qui, tout baigné de lumière antique, épris de belles formes, « athée, disait-il, avec délices », aurait été un autre Lucrèce.
L'abbé de Condillac, qui fait dériver toutes les facultés de la seule sensation et pour qui l'âme n'est qu'une pure abstraction ', s'est enfermé jalousement dans la sphère de la philosophie spéculative.
UHistoire ancienne de RoUin, où, sans beaucoup de critique, il délaye Tite- Live et Plutarque, aidera inconsciemment à former des âmes républicaines.
Mais l'intérêt du siècle, on dirait volontiers que le siècle lui-même n'est pas là.
Voltaire. — D'abord, Voltaire, «le Roi Voltaire », qui, des premiers temps de la régence à la veille de la Révolution, tient l'opinion en haleine, s'essaye dans tous les genres, excelle dans plusieurs, prend la tête du mouvement philosophique, domine de son nom tous les noms de ses contemporains, comprend presque tout, devine le reste, « l'universel Voltaire » ^.
Parisien comme Molière ', élève des Jésuites comme Descartes, introduit par un abbé, son parrain, dans la société libertine du Temple que préside le grand prieur de Vendôme, Voltaire, à vingtquatre ans, a débuté par une tragédie contre la superstition {Œdipe) et il a sur le chantier un poème contre l'intolérance {la Henriade). Ecraser la superstition et