‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 268 sur 725 · I. Brunetière · texte numérisé non relu

I. Brunetière

XVllI'^ SIÈCLE. — LES INFLUENCES ANGLAISES.

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Il n'a pas forgé la grossière machine fiscale qui ne pèse que sur le peuple et qui achève de l'écraser ; mais, devant une misère toujours croissante, le scandale du luxe de la cour et des favorites a paru une offense et une provocation. La monarchie est atteinte dans son principe.

■ L' Eglise. — L'étemelle Eglise n'est pas moins ébranlée.

La révocation de l'édit de Nantes, qui avait trouvé en son temps une approbation presque générale, s'est retournée contre chacun de ses auteurs pour toutes les conséquences désastreuses qu'elle a eues.

Bien que l'Eglise s'obstine à réclamer du pouvoir séculier « qu'il achève l'œuvre de Louis le Grand », elle-même s'aperçoit qu'en chassant les protestants, elle a fait le jeu des '< libertins ». La proscription de ces hommes austères qui affectaient la religion jusque dans leur costume, a contribué, pour parler comme Bossuet, à faire glisser le siècle « de l'intempérance des sens à l'intempérance des esprits ». » Et la charrue n'a point passé en vain sur les ruines de Port- Royal, sur l'enclos d'Amauld et de Pascal : le sel de la terre s'en est allé.

Dans les disputes publiques de l'Eglise (avec les jansénistes, les jésuites, les gallicans, les quiétistes), elle a pris constamment pour juge l'élite des laïques ; elle a donc appelé la raison à se prononcer sur la foi. Enfin, elle a lacéré son décor religieux : les Dubois et les Tencin, les Brienne et les Rohan, incrédules notoires, les grands seigneurs mitres qui mènent une vie de luxe ou de plaisir, n'ont pas impimément succédé au père de l'Eglise qu'était Bossuet, à l'apôtre qu'était Fénelon, ni des abbés de cour et de ruelle aux Mai)iUon et aux Rancé.

Du premier jour, la réaction contre l'intolérance et le scandale n'a donc pas été seulement anti-catholique, antichrétienne, mais elle a été anti-religieuse. Cette méconnaissance de l'importance sociale, politique et morale des phénomènes religieux, donc de quelques-unes des lois les plus pi-ofondes de l'histoire, surprend aujourd'hui ; elle était alors générale.

Moins de trois ans après la mort de Louis XIV, Paris, la cour, la meilleure compagnie, ont applaudi la déclaration de guerre du jeune Voltaire :

Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple Noire crédulité fait toute leur science, [pense;

■ Les salons. ~- Depuis que la noblesse,

chassée par l'ennui, a fui Versailles, elle se presse à Paris dans les salons — chez Mme Geofïrin, la marquise du Deffand, la duchesse de Luxembourg, l'ardente Lespinasse, Mme d'Epinay ; plus tard, chez Mme Necker et chez sa fille, Mme de Staël, — qui se disputent les philosophes à la mode, et mettent leur orgueil à les dépasser en hardiesse. Paris devient le quartier général des idées nouvelles.

Tout ce qu'il y a de plus éminent dans les pays étrangers y accourt, prend le mot d'ordre.

La franc-maçonnerie française est à l'origine un groupement « de gens du monde » et d'écrivains, où les femmes sont admises. Le duc et la duchesse de Chartres, le duc de Luxembourg, le marquis de La Fayette, les duchesses de Brancas et de Luynes y voisinent avec Voltaire, Helvétius, Cabanis, Lalande.

Cette élite de la noblesse, libérale, généreuse, en révolte contre l'absolutisme et le scandale, ne travaille pas pour elle-même, mais, consciente ou à son insu, pour la bourgeoisie et pour le peuple.

Le Tiers Etat. — Indemne de toutes les fautes d'un gouvernement où elle n'a point eu départ, la bcmrgeoisie aspire et se prépare au pouvoir. Son infatigable activité au travail et ses patientes économies ont concentré eu elle la plus grande partie des richesses du royaume. Sous le colbertisme qui a survécu à Colbert, l'industrie, le commerce, la marine marchande ont continué à se développer malgré l'emprisonnement des ouvriers dans les systèmes corporatifs.

Le goût de la liberté est ancien chez les bourgeois ; leurs grands ancêtres ont eu raison de la féodalité par les communes ; la pratique des franchises municipales a été une bonne école ; à l'époque des guerres de religion, le Tiers Parti ou Parti politique, qiii a fini par triompher avec Henri IV et ledit de Nr .es, a été surtout un parti bourgeois; Louis XIV, pendant la belle époque de son règne, a employé de préféreiîce les bourgeois.

Les influences anglaises. — La bourgeoisie, maintenant, regarde vers l'Angleterre ; les protestants, réfugiés en .Angleterre, ont célébré ce pays de la liberté. Il n'y a pas eu beaucoup de missions plus fécondes que celles de Voltaire et de Montesquieu, ambassadeurs de la bourgeoisie à Londres.

« Nous prendrons insensiblement aux Anglais, écrit Voltaire, leur noble liberté de penser et leur profond mépris pour les fadaises de l'école. »

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Ln PARTI DES P H I LOSO P H h S.

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