I. Réunis dans le Dictionnaire philosophique
atteint à la perfection et sa raillerie à la révolte.
Les campagnes de Voltaire. — Il n'y a pas d' œuvre plus multiple, plus abondante ; il n'y a pas eu de vie plus pleine.
Exilé, à la suite d'un premier séjour à la Bastille, en Angleterre, il en a rapporté le drame de Shakespeare, « barbare de génie », la philosophie de Locke, les principes de la société moderne (la liberté politique, l'égalité devant l'impôt : « Tout le monde paye ; chacun donne, non selon sa qualité, ce qui est absurde, mais selon ses revenus»). Il a été ensuite courtisan, et même assez plat : de Louis XV et de" la Pompadour, à Versailles ; à Sceaux, chez la duchesse du Maine ; à LunéviUe, chez le roi Stanislas ; à Berlin, chez Frédéric, que, tour à tour, il aime, encense et déchire.
De la retraite des Délices, près de Genève, puis de son château de Ferney, à une demi-heure de la frontière et toujours pleins d'un flot de visiteurs curieux d'approcher le grand homme du siècle, il a enfin, pendant vingt-trois ans, et sans une heure de lassitude, passionné ou diverti l'Europe par le fracas de ses tirs à longue portée et par l'éclat de ses feux d'artifice.
Il s'est enrôlé, du premier jour, dans V Encyclopédie. Ayant renoncé aux grands ouvrages, il multiplie les petits, parce que « ce sont les petits livres portatifs, à trente sous, qui sont le plus à craindre ». Avant qu'il y ait des journaux politiques, il est le premier des journalistes.
Presque tous ses écrits de cette période ont pour objet le bien public. Ses idées déborderont des cahiers de 89.
Assez indifférent à la forme des Etats, monarchiste comme il est déiste, il a la haine de l'arbitraire comme de la superstition, et proclame que « la loi fondamentale de toutes les nations, c'est la liberté ». Nulle autre souveraineté que celle de la loi. La première des libertés, c'est la liberté de conscience. Il l'exige des protestants comme des catholiques, pour les philosophes comme pour les juifs. La liberté de parler et d'écrire en est inséparable.
Ennemi des corporations, il veut que le travail soit libre. 11 réclame l'affranchissement des derniers serfs (du iNIont- Jura) ; l'esclavage est contre nature.
Les droits féodaux doivent disparaître.
L'impôt doit frapper proportionnellement tous les citoyens, sans privilège et sans restriction.
Il déclare la guerre aux couvents ;
DIDIROT. — 1713 A 17^
leurs biens doivent être confisques, employés à des œuvres d'assistance sociale: hôpitaux, maternités, hospices pour les vieillards et les travailleurs invalides, assainissement des villes. Il préconise l'instruction par les laïques, mais sans en exclure l'enseignement religieux, la croyar.ce essentielle au « Dieu rémunérateur et vengeur », car, comment imaginer
Quecette horloge existe et n'ait point d'horloger?
Il est concordataire et imiversitaire avant Bonaparte, libre-échangiste avant Turgot.
Enfin, il ne lui suffit pas de commenter Beccaria {Traité des délits et des peines) et de flétrir la sauvagerie et l'absurdité d'une procédure judiciaire qui date du moyen âge, mais, dès qu'il s'est persuadé que le protestant Calas a été roué en place de Grève pour le prétendu meurtre de son fils qui s'est donné la mort ; que Sirven et sa femme n'ont pas été moins injustement condamnés par contumace sous l'accusation d'avoir tué une fille qui s'est jetée dans un puits ; que le chevalier de la Barre n'a été décapité que pour ne pas s'être découvert devant la procession du Saint-Sacrement et avoir chanté des chansons impies ; que Lally- ToUendal a été exécuté pour une trahison imaginaire, il entreprend, avec quelque chose de la sainte joie que célèbre Luther, de faire reviser leurs procès ou réhabiliter leurs mémoires, et il y réussit pour Lally, les Sirs'en et Calas, au milieu d'un immense applaudissement qui consacre sa gloire.
11 peut maintenant revenir à Paris pour y mourir après des ovations triomphales (177S). Son caractère n'a pas toujours été à la hauteur de son talent. Il a commis des fautes et de mauvais livres ^. Des successeurs lui ont fait du tort. Mais s'il n'avait pas été fanatique de justice et de liberté, ses erreurs auraient été pesées à d'autres balances que celles où les actions des uns sont lourdes comme du plomb, les actions des autres légères comme des plumes.
Diderot -. — Les philosophes combattaient en ordre dispersé quand Diderot, qui avait accepté de traduire pour I 200 livres l'encyclopédie britannique de Chambers, eut l'idée de l'Encyclopédie française et s'associa d'.AJembert.
Diderot fut une tête universelle, toujours brûlante, curieuse de tout, aimant tout, « Pantophile » comme le surnomma