La détestable Pucelle
Voltaire, et l'esprit le plus synthétique peutêtre qui ait surgi depuis Aristote. Gœthe a dit de lui : « La plus haute fonction de l'esprit est d'évoquer l'esprit. » Bien plus, il déborde de son siècle.
C'est un précurseur.
Il a annoncé le théâtre moderne « où l'on discutera les points de mo- (°'*'''^' I-.agon.nrd.) raie, le changement des lois », et qui sort directement de ses deux comédies bourgeoises (le Père de f ami lie et le Fils naturel), d'ailleurs médiocres, et de son éblouissant Paradoxe sur le comédien.
De sa critique artistique (les Salons, YEssai sur les peintres) jaillit le conseil hardi, alors révolutionnaire : « Allez à la nature ! L'ennemi, c'est le modèle d'atelier. Délivrez-moi des modèles.
Allez aux Chartreux, à la Guinguette. »
Ses romans et ses contes, à vrai dire des livres qui échappent à tout genre classé (la Religieuse, le Neveu de Rameau, l'étonnante Histoire de Mme de la Pommeraye surgissant du fatras de Jacques le fataliste) préparent l'avènement de l'idéal nouveau, qui n'est pas la beauté, ou ce qu'on appelle ainsi dans les écoles, mais qui est le caractère, la vie elle-même, où tout ce qu'on saisit d'une poigne forte devient intéressant.
Son style impétueux d'improvisateur, quand il ne descend pas à la rhétorique, annonce le lyrisme romantique.
Enfin, philosophe passionné de vérité, chercheur audacieux et toujours sincère, qui ne redoute pas les contradictions, tantôt déiste : « Il faut accoutumer les « enfants à dire : Nous étions quatre, « Dieu, mon ami, le gouverneur et moi », tantôt panthéiste : « Elargissez Dieu ; « voyez-le partout où il est, ou dites qu'il «n'est point...» et, encore, tantôt vertueux à la romaine, tantôt immoral à la façon du sauvage, il dépasse Newton et, continuant Leibnitz, tend la main à Lamarck et à Darwin (Rêve de d'Alembert. Eléments de physiologie, Lettre sur les aveugles).
Prospectus et discours préliminaire.
— Le prospectus de l'Encyclopédie ou « Dictionnaire des sciences, des arts et des métiers » parut au mois d'octobre 1770. Diderot, qui l'a rédigé, explique l'objet de l'entreprise : c'est de former un arbre généalogique de toutes les connaissances humaines et de marquer les liaisons qu'elles ont entre elles,