‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 276 sur 725 · I. Taine · texte numérisé non relu

I. Taine

les œuvres d'imagination, celle dont l'action a été la plus considéralile. Rousseau ramène à i'iiniour et à la nature une société qui « était tournée à la paraUsie du cœur », comme dit un contemporain (d'Argenson).

Le channant et généreux Vauvenargues, mort trop jeune des suites d'un mal contracté pendant la retraite de Prague, avait, dans d'admirables fragments, commencé à rendre au sentiment sa part dans la vie ; ce beau précepte est do lui : « Aimez les passions nobles. » Mais, depuis Racine, aucun auteur n'avait fait pleurer et aucun n'avait célébré l'amour comme une vertu.

On aperçoit aujourd'hui ce qu'il y a de dissolvant dans la rhétorique, larmoyante et verbeuse, de la Nouvelle Hcio'ise. C'était alors la sensibilité ellemême qui reprenait ses droits ; les «'divins égarements » de Julie et de Saint- Preux, «les puissants élancements de leurs cœurs l'un vers l'autre », sont une date dans l'histoire de l'âme française.

La découverte de la nature en est une autre. Dans li Nouvelle Héloise, plus tard dans les Rêveries d'un promeneur solitaire et dans les Confessions, il parla d'elle, de ses beautés et de ses bontés, avec une émotion et une tendresse encore inconnues. Rousseau avraiment révélé à son siècle les forêts, les montagnes, les eaux, son Valais, sa chère et claire Savoie.

De petits tableaux, en quelques lignes, sont immortels : la promenade où la première pervenche du printemps lui arrache un cri ; le verger oîi, grimpées à un cerisier, deux jeunes filles lui jettent les noyaux des beaux fruits.

L'éducation. — Si V Emile émut moins, il ne fit pas moins de bruit et porta plus loin.

Rousseau revient d'abord à son idée de l'homme «|bon et heureux au sortir des mains de l'auteur de la nature », et qui a « dégénéré entre les mains des hommes ». Ce corrompu, il faut le refaire par l'éducation. Et il faut se hâter, car « on approche du siècle des révolutions » ; il est « impossible que les grandes monarchies de l'Europe aient encore longtemps à durer ".

En dépit de l'erreur fondamentale :

l'éducation de l'enfant hors de 'a famille et de la société, — erreur qui est la conséquence du paradoxe sur l'homme primitif et naturel, — c'est le plus grand livre d'éducation qui soit ; il est à la base du système d'instruction qu'établira la Révolution: il faut toujours y revenir, comme aux chapitres de Rabelais sur

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