J.-J. ROU SE A U
prmcipes sont une fois corrompus », parce d'une imagination* ma-
que<. la force de principe entraîne tout ». lade.
La liberté politique se peut trouver II est un grand également dans les monarchies et dans écrivain, peut-être noies républiques ; mais <■ elle ne se trouvé tre plus grand poète que dans les gouvernements modérés » ; — en prose, ni despotisme ni démagogie. — « Poxir La langue de Vol qu'on ne puisse abuser du pouvoir », — taire, le style de Monni dans la république ni dans la monar- tesquieu procèdent par chie, — « il faut que, par la disposition phrases brèves, concises, des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». vives ; ils sont tout en j..j rolsse.\u
Il n'y a donc pas de liberté si la puis- nerfs ; le vêtement de (1712-1778;.'
sance législative, l'executive et la puis- leurs idées est si trans- D'après le pastel de
sance de juger sont réunies. C'est la parent qu'on l'en oublie ^^ sI°Kt-gu!fn't^'!) *
fameuse théorie de la séparation des pour ne voir que la
pouvoirs. pensée, le fait. Rousseau revient à la
Tout ce raisonnement, fondé sur prose nombreuse, souple, oratoire du
vingt années d'études de rhistoire, est xviie siècle, mais pour y ajouter tant """ d'éclat et tant de
Chaleur, pourl'accé-
resté irréfutable
C est sur les principes posés par Montesquieu que se sont établis tous les gouvernements li bres depuis un siècle et demi, et, d'abord, la République des Etats- Unis.
Qu'il traite ensuite des lois civiles ou des lois criminelles, — il eut la plus grande part dans l'abolition de la torture et des supplices, — ou des lois fiscales, Montesquieu ne veut s'inspirer que de la raison et ne parler qu'à la raison. «Elle est, dit-il, le plus parfait, le plus noble et le plus exquis de tous les
1 érer dans un rythme si harmonieux et si entraînant, que c'est vraiment un style nouveau, une musi que. (A remarquer qu'il eut un goût très vif de la musique, composa des opéras, crut trouver un nouveau mode de notation par chiffres.)
La magie de ce style, le retour à l'éloquence a été pour beaucoup dans le succès de Rousseau, qui fut extraordinaire dès son premier ouvrage, le Discours sur les sciences et les arts, écrit pour un concours de l'Académie de Dijon. « Le dis
sens. » Sa passion , . ^ •^"'^'^ "^^ ^"''"'e ' : „ ,
contre le despotisme ^ -« des gravures qo. Ulustrent I« rsman de J.J. Rous- .^°^^^ P"^ P^'^ ^f!
et
(D'après Moreau le Jeune )
,--^.— ...-.^„„ .^, „.„>., sus les nues», décontre Imtole- jjare Diderot qui, rance, c est encore de la raison, de la éveiUeur d'hommes et d'idées, avait raison qui s'indigne et se révolte. encouragé Rousseau à concourir. Il fut
J.-J. Rousseau. — Jean-Jacques aussitôt recherché par les salons, par les
Rousseau ", tils d un horloger de Genève, philosophes, qui eussent voulu l'enrôler,
dune famille d'Ile-de-France venue en L'autre raison d'un succès qui alla
Suisse au xvi^ siècle, a raconté dans ses grandissant à l'événement que fut chacun
Co«/i-ssîo;ïs, le roman desa vie vagabonde de ses livres, c'est tantôt la hardiesse,
et tourmentée. Il en a fait le récit tantôt tantôt la séduction d'idées dont les unes
avec une sincérité crue, tantôt avec étaient neuves et les autres le paraissaient,
les rancunes, envenimées par le quand même elles étaient renouvelées de
temps, de son terrible orgueil et l'antiquité ou de l'Eglise.
Les discours. — Le paradoxe règne
I. 1712 à 1778. à.diX\%\càin:<mvs sur Les sciences et les arts,
;2ir
LA \OLVELLE HÉLOISE. — 1761
dans celui sur Vlnt'galitc parmi les hommes et dans la Lettre sur les spectacles.
Les arts et les sciences • dévorent en pure perte la substance de l'Etat », produisent le luxe et, par suite, la décadence des moeurs : ils ont énervé Athènes et Rome. 11 faut briser les tableaux, les statues, bannir «l'art fuiieste de l'imprimerie ♦. (C'est la théorie des iconoclastes.)
Aussi bien l'état social tout entier estil affreux. « L'homme est né bon », mai<, par malheur, « avec la faculté distiiicti\e de la perfectibilité •>; et c'est donc la civilisation, la propriété individuelle qui l'ont rendu mauvais, et il faut revenir à l'état primitif, « où la terre n'était à personne et les fruits étaient à tous ». (C'est la vieille théorie du communisme et c'est le do^rme de la chute, après la perte du Paradis, pour avoir goûté aux fruits de l'arbre de la science.)
Enfin, dépravé déjà par la société, l'homme l'a été complètement par le théâtre, « école des mauvaises mœurs ». Molière fait jouer un rôle ridicule à Alceste. Les femmes régnent sur le théâtre, comme sur le monde, et c'est un autre mal. (C'est le sujet de vingt homélies des Pères de l'Eglise, de Calvin, de Port-Royal, de Bossuet.)
\'oltaire, à l'envoi du discours sur Ylné^alité, répondit par une boutade :
« J'ai reçu votre nouveau livre contre le genre humain.... Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on a lu votre ouvrage. » Mais il y a autre chose dans le célèbre discours.
Rousseau n'a pas cherché seulement à se mettre en relief par des outrances ; si forcée que soit la satire et si puérile que soit l'idylle, elles ont posé devant l'opinion le problème des tares, profondes ou superficielles, de l'état social.
C'est l'inégalité excessive des fortunes ; il y a trop de misère à côté d'un luxe trop insolent : il y a aussi une « superstition de la science » ; nombre d'abus viennent de ce que, trop aisément, «on préfère les talents aux vertus ».
Les « amplifications de collège » et les «phrases d'auteur» de Rousseau irritent le lecteur d'aujourd'hui ; les hommes et les femmes qui reçurent ces furieuses admonestations en plein visage, loin de se fâcher, firent fête au sermonnaire.
« Le coup de sonde a été donné juste et à fond ' » ; des sources plus pures vont jaillir.
Le retour à la nature. — La Nouvelle Héloise, roman par lettres, est, de toutes