LA GUERRE
pvÉsoRMAis les événements, ceux de la •'-' politique extérieure, qui rajeunira au Nouveau-Monde la vieille formule des Croisades : (iesta Dei per Francos, ceux de la politique intérieure, qui ne sera qu'un tissu de velléités contradictoires, vont précipiter la Révolution.
Diplomatie de Vergennes. — Un excellent ministre, Vergennes, dirigea jusqu'à sa mort (1787) les affaires étrangères. Il fut très loyalement soutenu par Louis XVI, dont «les vues étaient paci fiques », mais qui avait le sentiment des intérêts français au dehors et se plaisait à être appelé par Vergennes « roi citoyen ».
Avec l'opinion publique, Vergennes voulait la revanche contre l'Angleterre, principale bénéficiaire de la guerre de Sept ans. Après avoir tant contribué à établir et à maintenir l'équilibre conti-
jour que « Turgot et lui étaient seuls à aimer le peuple ».
Se sentant menacé par tant d'ennemis qui s'appuyaient de la reine, depuis ses tentatives pour réduire le luxe de Versailles, Turgot écrivit au roi : « J'ai bravé la haine de tous ceux qui gagnent à quelque abus. Votre Majesté voit l'impossibilité où je suis de résister à ceux qui me nuisent par le mal qu'ils me font et par le bien qu'ils m'empêchent de faire.... Je vous ai peint tous les mau^x qu'avait causés la faiblesse du feu roi. J'ose vous demander si vous voulez courir le risque des mêmes dangers, je dirai même de dangers plus grands.... N'oubliez jamais, sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles I" sur un billot » (30 avril 1776).
Le roi laissa cette lettre prophétique sans réponse, refusa par six fois sa porte à l'intrépide et loyal ministre, finalement lui ordonna de résigner ses fonctions (12 mai). La Cour et le Parlement exultèrent et des évêques firent réciter des actions de grâces.
Fin de Turgot. — L'homme qui aurait pu sauver la Royauté passa dans la retraite et l'étude les cinq années qui lui restaient à vivre. Ses édits furent supprimés, — la cor\'ée rétablie lui arraclia des larmes ' ; — mais quand Voltaire vint à Paris, le « patriarche » voulut le voir et, courant à sa rencontre, s'écria : « Laissez-moi baiser cette main qui a signé le salut du peuple. »
A sa mort, son cercueil fut porté en Normandie et si hâtivement enseveli par la municipalité de Bons qu' «on n'a pas marqué la place où il fut enterré. * »