‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 319 sur 725 · UU 4 AOUT AU 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

UU 4 AOUT AU 6 OCTOBRE

La nuit du 4 août. ^ La haine des pri- dans ces môincs Cahiers, les villes et

vilèges était, avec la disette, la cause les provinces réclamaient le respect des

de la nouvelle jacquerie. L'Assemblée « capitulations » qui, en les faisant fran-

en brusqua la suppression. Tout ce qui çaises, leur avaient laissé des coutumes

subsistait du régime féodal fut aboli, et usages particuliers. Mais les députés

la face mènie de la France, encore si profondément marquée du moyen âge, fut renouvelée en une seule nuit (4 août).

Abolition des privilèges. — Cette immense trausfomiation ne fut point opérée à la suite d'un rapport de co mité sur un texte de loi. Ce furent les privilégiés qui, d'eux - mêmes, ou par entraînement, vinrent abdiquer leurs anciens droits et, comme on disait dans un langage alors d'une nouveauté magnifique, <' les déposer sur l'autel de la patrie »,

Les nobles donnèrent l'exemple :

le jeune duc d'Aiguillon, le plus grand propriétaire féodal après le roi, Noailles, Montmorency, Lequen de Kerendal, La Rochefoucauld, Le Pelletier de Sainl- Fargeau, Virieu.

Les seigneurs ecclésiastiques, évêques de Nancy, de Char-

étaieut à peine réunis que l'évidence éclata : l'Etat moderne ne peut s'accommoder des vestiges du régime féodal, la France nouvelle ne peut être reconstruite que sur le terrain entièrement déblayé. L'enthousiasme du bien public qui emporte l'Assemblée dans cette nuit mémo rable, renverse donc, après les barrières qui séparent les classes, coupent le peuple, celles qui coupent le royaume, la patrie commune.

Reubell marqua le sens particulier du consentement de l'Alsace : « Nous nous unissons plus étroitement aux Français ; ce nom est le plus beau qu'on puisse porter ». Ce n'est plus le traité de Westphalie qui a fait l'Alsace française, c'est l'Alsace qui se donne.

La municipalité de Strasbourg n'adhéra d'abord que

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oblessc, le clergé et les provinces « iléposent leurs privilèges sur l'autel de la Patrie. »

(D'après le tableau de Dawant.)

très, de Nîmes, de Montpellier, vinrent conditionnellement aux décrets qui aboensuite ; puis les curés ; enfin les offi- lissaient les privilèges des villes ; le mois ciers de justice, et, ce qui importait plus d'après, elle les ratifia, abdiqua « ses

que tout à l'unité française, les villes et les provinces, les pays d'Etat, Dauphiné, Bretagne, Provence, Auvergne, Artois, Lorraine, Alsace.

L'Assemblée décréta ainsi l'abolition des servitudes personnelles, des juridictions seigneuriales, des droits exclusifs de chasse, de colombier et de garenne, de la vénalité des offices, des immunités fiscales, de la plupart des bénéfices, des

libertés », « comme une offrande à la patrie ».

La France nouvelle. — Les spectateurs de la séance mêlaient leurs applaudissements à ceux qui éclataient dans la salle à chaque nouvelle motion. Par la suite, des bénéficiaires ingrats de la nuit du 4 aoxit, « Saint-Barthélémy des propriétés », ont raillé cet enthousiasme « d'après dîner ». Railleries pitoyables.

pensions obtenues sans titre ; le rachat On lit dans les notes d'un député : « Quel

des dîmes ; la réformation des maîtrises et des jurandes ; l'égalité des impôts, l'admission de tous les citoyens aux emplois civils et militaires.

Les " capitulations > abolies — Tout cela était dans les Cahiers. Au contraire.

honneur d'être Français ! » Combien c'était vrai !

L'archevêque de Paris, dans la pensée d'associer Dieu à la création de la France nouvelle, offrit de célébrer un Te Deum à Notre-Dame ; Liancourt et Lally-

lySg. — ABOLITION DES PRIVILÈGES.

aso

Tollendal, dans la pensée d'associer le roi à la Révolution, proposèrent de le proclamer «restaurateur de la liberté française ».

Complot de la cour. — La réponse du parti de la cour fut un nouveau complot contre l'Assemblée.

C'est désormais le rythme de la Révolution. Chacun des grands actes des assemblées provoque un complot de la cour qui déchaîne -aussitôt une nouvelle révolte.

Les décrets de la nuit du 4 août n'avaient pas suffi à arrêter les troubles. Avant d'user de ses nouveaux droits, le menu peuple, surtout dans les campagnes, en abusa.' Aussitôt après le décret sur l'égalité de l'impôt, les paysans refusèrent tout impôt. Aussitôt après les décrets sur la chasse, « il n'y eut pas, écrit un témoin 1, un fusil qui ne fût à l'œuvre», détruisant tout le gibier. On continua à incendier les châteaux — « Guerre aux châteaux ! paix aux chaumières !» — et les titres de propriété.

Les nouvelles autorités, qui s'instal lent, commencent seulement à s'instruire de leur métier et sont à la merci d'une émeute.

D'autant plus, le roi devrait se faire le collaborateur loyal de l'Assemblée qui n'est pas moins soucieuse de rétablir l'ordre que de fonder la liberté. .\u contraire, il escompte ses divisions et laisse former par la reine le fatal projet de le conduire à Metz, d'où il reviendra avec les troupes fidèles, renverra les députés et rétablira l'ancien régime.

Déclaration des droits. — Nombre de privilégiés, passé la griserie sacrée du 4 août, l'avaient regrettée. Louis XVI refusa, une première fois, de sanctionner les décrets, n'y consentit qu'après un menaçant discours de Mirabeau.

La « Déclaration des droits » ouvrit un second conflit.

A l'exemple de l'Amérique, l'Assemblée avait résolu d'inscrire comme préaml)ule à la Constitution une déclaration solennelle des Droits de V homme et du citoyen. Seulement, l'Amérique, comme l'Angleterre avant elle, n'a formulé en des maximes nettes et positives que les garanties politiques essentielles à la vie des Anglo-Saxons.

Nourris des idées des philosophes, les constituants proclamèrent en 27 articles, rédigés d'ailleurs par des hommes d'un esprit plutôt réaliste (Talleyrand, Sieyès, l'avocat Mounier), les droits de l'homme abstrait et du citoyen du

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