LE « VETO
L'échec des emprunts de Necker, le spectre de « la hideuse banqueroute »
évoqué par Mirabeau, ajoutèrent aux inquiétudes, et la l'arête des subsistances à la misère.
La Constitution. — Du premier jour, r.4ssemblée avait confié à un Comité spécial l'élaboration du futur acte fondamental : la Constitution.
L'Assemblée travailla pendant deux ans à la Constitution de lygi qui ne fonctionna qu'un an, mais dont les principes généraux ont passé dans les Constitutions postérieures.
L'.'\ssembîée fut tout de suite unanime à décider que le gouvernement serait reprêscntatit : le pouvoir exécutif au roi, qui s'appellera roi des Fran- ais ; le législatif, aux députés de la nation qui fixeront le chiffre des contributions, en surveilleront l'emploi.
Mounier et ses amis, comme Necker, s'étaient déclarés pour le système parlementaire anglais : deux chambres et un fort pouvoir ministériel ; Sieyès et Mirabeau tenaient pour une assemblée unique, permanente. Ils en firent adopter le principe,puis se diyisèrent ; dans le système de Sieyès, l'assemblée était souveraine ; daas celui de Mirabeau, qui fut appuyé par Barnave, Duport et Lameth, la sanction royale était indispensable pour faire des décisions de l'assemblée des lois.
Le veto. — Mirabeau repoussait les deux chambres par haine de l'aristocratie ; il donnait au roi le droit de veto par la crainte des usurpations et des erreurs d'en bas, non moins périlleuses quecelles d'en haut. Rien ne lui semblait plus trouble que «l'autorité souveraine de 600 personnes » ; « mieux vaudrait vivre à Constantinople qu'en France ».
Le roi intervint pour réclamer le 7>eto suspensif, le privilège de s'opposer pendant trois législatures (six ans) à la promulgation d'une loi. L'Assemblée se prononça par plus de 500 voix pour le veto.
Le vote fut interprété comme une victoire de l'exécutif, qui était devenu l'ennemi. Les clubs, qui commençaient leur règne dans les grandes villes, la presse révolutionnaire* protestèrent.
Louis XVT, demain, S'-ra Monsieur Veto ; la reine. Madame Veto.
La fête des gardes du corps. — Cette agitation, menaçante pour la popularité (le i'.\ssembléi', parut à la cour le moment de tenter le grand coup du dépait du roi pour Metz. Paris, d'instinct, répondit par le coup juste.
Les conspirateurs furent si bavards que leur projet devint le bruit public. La Fayette en fut vite informé. L'ambassadeur d'Espagne s'inquiéta d'un plan « qui entraînerait la plus désastreuse des guen-es civiles et la perte de la monarchie ». L'ambassadeur d'Autriche semble avoir été du complot '.
Beaucoup d'uniformes inconnus parurent à Versailles. Le régiment de Flandres y fut appelé pour protéger, disait-on, l'Assemblée, en réalité pour aider à l'évasion du roi. Les gardes du corps donnèrent au théâtre, exclusivement réservé aux plus grandes fêtes, lui banquet aux officiers de la garnison.
On y arbora des cocardes blanches et foula aux pieds la cocarde tricolore. Le roi et la reine parurent et furent acclamés. Marie- Antoinette reçut les serments des gardes comme sa mère Marie-Thérèse ceux de ses fidèles Hongrois. Au moment où Louis XVI se retira, la musique joua l'air : O Richard! ô mon roi! l'univers f abandonne !
La fête recommença le surlendemain.
La reine s'en déclara « enchantée ».
Mme de Stafl dit très bien que «le roi avait excité l'inquiétude comme s'il était fort >>.
Journées d'octobre. — Ces nouvelles tombèrent sur Paris un jour o:"3, les convois de ravitaillement aj'ant été retardés ou pillés en route, le pain manqua chez les boulangers. Le soulèvement commença par une émeute de femmes, dames de la halle, petites marchandes, servantes, portières. Les objurgations de La Fayette retinrent jusqu'au soir la garde nationale.
Comme en juillet, le flot trouva aussitôt sa direction (5 octobre). Le cri; «A Versailles!» a remplacé celui de : « A la Bastille ! »
Les femmes à Versailles. — Eu arrivant à Versailles, les femmes, cojKluites par l'huissier Maillard, se rendirent d'abord à l'Assemblée. Le roi, pour la seconde fois, venait de refuser par un message d'accepter la Déclaration des droits.
Pendant que l'Assemblée, très orageuse, discutait de ce refus, et que Pétion, appuyé par Mirabeau, dénonçait le scandale des gardes '.lu corps. Maillard demancla«ci être reçu à la barre. Il fut admis, suivi d'un grand nombre de fonunes qui s'étaient précipitées à sa suite, et prononça un violent réquisitoire
I. Lettre de l'amiral d'Estaing, commandant la garde nationale de Versailles, à la reine.
JOURNEES 'D'OCrUHRE.
SUT la disette de la capitale, les convois interceptés par les aristocrates.
On décida que le président Mounier se rendrait auprès du roi avec douze des feiuiues et le supplierait de lever tout obstacle à l'approvisioiuieraent de Paris.
Louis XVI retrouva sa bonhomie pour accueillir ces affamées qui, interdites, purent à peine prononcer un seul mot : Du pain ! et pour promettre de faire venir les blés. Mounier insista alors
jailli de toutes parts, de Tamoner à Paris.
C'était, pour les politiques, le moyen le plus sûr de couper court à toute nouvelle tentative d'évasion et de guerre civile ; pour le petit peuple, l'assurance naïve que l'abondance reviendrait à Paris. Aussi n'appela-t-il ce jour-là le roi, la reine et le daupliin que « le boulanger, la boulangère et le petit mition ».
Il se produisit fatalement des chocs saiii^lants ; six gardes du corps furent
LA MARCHE DES FEMMlîS SUR XERSAILLKS, S OCrOBRE 17S9. I-a gravure porte cette légende manuscrite : « Femmes parisiennes de la halle et autres qui se rencontrent à leur départ du hindi pour rametier avec eux du pain et le roy. » (Eau-forte anonyme, Bibi. Nat., Es).
pour que le roi acceptât la Déclaration.
Le roi s'y décida seulement dans la nuit, comme il'venait d'apprendre que le régiment de Flandres fraternisait avec le peuple et que La Fayette, envoyé par la Commune pour maintenir Tordre, était en marche avec 15 000 gardes nationaux et 10 000 hommes, mêlés des pires éléments et tous armés de piques, de haches et de sabres.
Invasion du château. — Une telle mer humaine où l'écume bouillonnait sur les vagues, comm.ent n' aurait-elle pas eu de terribles remous?
Au matin, après une nuit d'insomnie sur les places et dans les rues, la foule envahit le château, sans mauvais desseins contre' le roi, mais avec le mot d'ordre.
tués, leurs têtes plantées sur des pique?. La reine, intrépide devant le danger, parut au balcon avec ses enfants, où La Fayette lui baisa la main, ce qui remua la foule.
Avant midi, le roi s'était résigne à quitter Versailles. Vers une heure, il partit pour Paris, emmenant la reine et leurs enfants, avec La Fayette à la portière de sa voiture, et escorté de cent députés, des gardes du corps à pied, et, comme d'une forêt mouvante de piques et de baïonnettes, d'une multitude qui s'amusait de sa facile victoire et chantait à tue-tête.
Le roi aux Tuileries. — A Paris, on passa d'abord à l'Hôtel de Ville où, le roi ayant dit à Bailly qu'il venait avec plai-
i-Sg.