I. notamment Camille Desmoulins
achèvement de la Constitution et décida qu'aucun de ses membres ne serait rééligible.
Moins près du terme et moins déçue par les événements, quelle réponse eûtelle faite à la fuite du roi? Celle qu'elle fit marque sa lassitude.
Monarchiste de raison, — le cœur n'y était plus, — elle éluda son propre décret, feignit d'admettre que le roi avait été enlevé, — alors qu'il déclarait aux commissaires enquêteurs que son voyage à
/79-r- — L'ÉMIGRATION 262
Varennes avait pour objet de prouver appels bruyants qu'ilsadressèrentàTassisqu'il était libre. Elle se contenta, en con- tance de l'Europe contre la Révolution, séquence, de le suspendre, prisonnier de Armée de Condé. — Bouille, après
fait au.K Tuileries, jusqu'à ce qu'elle eût avoir envoyé à l'Assemblée une lettre folterminé sa Constitution, et, en attendant, lement comminatoire, était venu rejoindre gouverna seule, — ce qui démontrait au le comte d'Artois avec nombre d'officiers, peuple qu'on pouvait se passer d'un Ce furent les cadres de la future armée prince. de Condé.
Louis XVI ayant alors juré solennelle- Persuadés que leur exil serait de
ment la Constitution, l'Assemblée le réta- courte durée, la plupart des émigrés blit avant de se séparer (septembre 1 791). menèrent joyeuse vie, irritèrent leurs Mais ni les royalistes, ni les «patriotes», hôtes par leur légèreté. Les plus échauffés ni l'Europe ne furent dupes de ce simu- ne parlaient que de rentrer à Paris avec lacre. les Autrichiens et les Prussiens et de n'y
L'émigration. — Entre temps, le grand pas laisser pierre sur pierre.
Habitués à confondre la monarchie et la patrie, ils n'eurentpaslesoupçon de la faute lourde dont ils se chargeaient.
Quelques - uns pourtant rentrèrent.
Le parti républicain. — A Paris, puis dans les départements, sauf à l'Ouest, le peu qui restait du prestige royal s'était vite effondré. On vit, en quelques jours, surgir une génération spontanée de républicains.
Sauf quelques théoriciens, il n'y avait pas de républicains avant Va- LE cuB lEs JACOBINS rcunes. Il y a dé-
I,e cjlei re clu'. et:dt installé me Saint-Konuré. non loin des Tuileries, dans un ancien SOrmai S Un fort c(ju\ eut des Jacobins. I.e dessin représente la fermeture du club par la Convention, parti républicain
(D'après Duplessis-Berteaux, SM. Nat., tst.) *^ ■ , ^.
qui S organise sous
flot des émigrés, près de 20 000 familles des chefs populaires,
nobles ^, passait la frontière. Des deux principales sociétés poli-
Le comte de Provence avait quitté tiques qui se sont formées depuis le début
Paris le même jour que Louis XVI et de la Révolution sur le modèle et sous le
réussi à gagner Bruxelles, où, sitôt qu'il nom des clubs anglais, les Jacobins, où
connut l'événement de Varennes, il prit domine Robespierre, ne réclament encore
le titre de régent. Louis XVI, secrète- que la déchéance, de là scission avec
ment, lui en confirma les pouvoirs. leurs modérés, Sieyès, Bamave, Lamcth,
Le plus grand nombre des émigrés qui fondent le club rival des Feuillants ;
i'établit en Allemagne, surtout aux bords les Cordeliers, petits bourgeois et ouvriers
du Rhin où les Condé eurent leur quar- du quartier des Ecoles, groupés autour
tier général (à Coblence). Traqués et de l'avocat Jacques Danton, des journa-
malmenés dans leurs provinces, la plu- listes Camille Desmoulins, Brissot, Marat,
part d'entre eux n'avaient pensé, en Hébert, Chauniette, du brasseur Santcrre,
s'expatriant, qu'à fuir le péril intérieur, réclament hardiment la République.
Ils devinrent le péril extérieur par les Journaux et salons. — L'action, déjà
puissante, des journaux s'accrut encore.
I. Chiffrfi donné par Mallet du Pan. Le roi et la reine furent attaqués avec une
DÉCLARATION DU l'ILNITZ. — 1791.
extrême violence, rAs«emblée ne fut pas ménagée. La République, qui se fait ainsi dans les esprits, a dessalons, comme naguère la Révolution : celui de Mme Roland ; celui de Condorcet, l'ami de Voltaire, secrétaire perpétuel de 1" Académie des sciences.
Le duc d'Orléans, très ostensiblement rallié à la Révolution, s'offrait aux
La Russie et r.\ngleterre montrèrenl d'abord peu d'empressement. Le second Pitt attendait qu'une désagrégation plus avancé*; lui livrât nos colonies.
Catherine s'intéressait davantage à son projet « grec » (conquête de la Turquie) et à son projet polonais (deuxième partage).
Malgré l'insistance « effrontée » du
libéraux qui redoutaient la République comte d'.Artois accouru à Piluitz avec et pensaient désarmer les colères popu- Calonne, la déclaration, concertée entre laire5 par un changement de dynastie, l'empereur et le roi de Prusse, ne fut La « faction d'Orléans » eut son quartier encore qu'une menace. Elle portait que général au Palais- Royal où résidait le la Croisade commencerait « alors seuleduc. Elle travaillait en souterrain, semait ment et en cas que toutes les puissances de l'argent, eut la main dans tous les troubles.
L'affaire du Champ de Mars. — En juillet, les Cordeliers et les Jacobins s'accordèrent pour porter au Champ de Mars, sur « l'autel de la Patrie », seul reste de la Fédérât i< 11, une pétition p ju:
la déchéance.
Lamanifestation tourna à l'émeute.
Bailly déploya « le drapeau rouge » en vertu de la loi martiale ; La Fayette, avec la garde nationale, fut réduit à commander de tirer.
Il y eut une trentaine de morts. Le «massacredu Champ de Mars 0 ajouta à bourgs.
Déclaration de
UNE SE.i.N'CE DU CLUB DES JACOBI.\S EX 1751 alSe de la Bibliothèque de l'ancien couvent où siégeaient les Jacobins.
(D'après une gravure anonyme, BtbL Nai., Bsf.)
Pilnitz.
l'été, la coalition se noua.
irritation des fau- Pendant
sentiraient la nécessité de secourir Louis XVI » (27 août).
Un manifeste des frères du roi aggrava fort la déclaration. La reine vit aussitôt
Sur la fausse nouvelle que Louis XVI le parti que les républicains allaient tirer avait réussi son évasion, l'empereur avait du violent commentaire. A la vue des
écrit à sa sœur : « Tout ce qui est à moi est à vous, argent, troupes, disposez librement. » Quand il connut l'arrestation de la famille royale, il écrivit à la tsarine, aux rois de Prusse, d'Angleterre, d'Es-
signatures du comte de Provence et du comte d'.\rtois, elle ne dit qu'un mot, mais terrible : « Cain ! »
Alsace et Avignon. — L'Assemblée, comme on l'a vu, avait déjà repoussé les
pagne, de Naples, de Sardaigne, de Suède prétentions des princes allemands posses-
et aux princes de l'Empire que « cet sionnés en Alsace ; elle persista à déclarer
attentat inouï compromettait l'honneur fortement que « sa souveraineté en Alsace
de tous les souverains et la sûreté de était aussi indépendante de l'Empire qu^'
tous les gouvernements». Une entente le vasselage de ses princes» Le len-
s'imposait « afin de revendiquer la liberté demain du jour où le roi accepta la Consti-
du roi très chrétien et de mettre des tution, elle décréta la réunion d'Avignon
bornes aux extrémités dangereuses d'un et du Comtat Venaissin, « conformément
funeste exemple ». au vœu des citoyens de ces deux pays ».
lygi A 1792.