L' ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE ET LA GL"ERRE
T A Constituante a réalisé les princi- jeunes, se divnsèrent en deux grands
^ pales « conquêtes de la Révolution » ; partis : à droite les constitutionnels qui
la Législative et la Convention vont les se rattachaient au club modéré des
défendre contre l'assaut simultané des Feuillants ; à gauche, les élus du club des
ennemis du dedans et du dehors. Les Jacobins et du club des Cordeliers, les
deux années tragiques, 1792 et 1793, c'est Jacobins proprement dits et les Girondins.
1789 qui se défend. Les Jacobins, avec Couthon, Cambon,
La guerre en vue. — Depuis que la Chabot, Merlin de Thionville, sont
Constituante a inscrit dans la £)d'c/ara/?on l'avant-garde du parti républicain;
des droit'; que la souveraineté réside dans Robespierre et Danton les dirigent du
la nation et que les peuples seuls peuvent dehors. Les Girondins, avec Brissot,
décider de leurs destinées, il y a dans le Isnard, Pétion, Condorcet, étaient ainsi
monde une puissance nouvelle qui modi- nommés du département qui avait élu
fiera profondément avec le temps la diplo- leurs principaux orateurs : Vergniaud,
matie et la politique. Et' c'est une grande Gensonné, Guadet, à l'éloquence cicé-
gloire pour la France d'avoir, la première, ronienne, imbus de Plutarque et de Cor-
dressé le nouveau droit contre les pou- neille.
voirs absolus et contre les conquêtes brutales et d'avoir créé ainsi la conscience des nations. Mais, il ne suffit pas, comme a dit Mirabeau, « de changer tout à coup de système pour forcer les autres peuples
Condorcet fut «le Sieyès de cette seconde génération révolutionnaire ^ ».
Comme la Constitution interdisait à l'Assemblée de fournir des ministres, le roi appela d'abord des amis « exté-
à changer le leur », et, alors même que les rieurs » du parti feuillant. Il prit Lescart,
peuples y seraient enclins, leurs gouvernements se sentent, et ils sont, en effet, menacés par ces insolentes nouveautés dans leur souveraineté et gênés dans leurs désirs d'agrandissement.
Dès lors, la Révolution a eu beau décréter qu'elle renonce « à entreprendre des guerres dans la vue de faire des con-
aux Affaires étrangères, et, à la Guerre, Narbonne, dont Mme de Staël disait :
« S'opposer au.x étrangers dans quelque circonstance que ce fiit lui paraissait toujours le devoir d'un citoyen et d'un gentilhomme. »
L'affaire des émigrés de Trêves. — On a marqué les causes profondes de la
quêtes » ; elle n'inquiète que davantage guerre qui se préparait en Europe,
les monarchies qui ont reconnu la puis- L'affaire des émigrés de Trêves fournit
sance contagieuse de ses idées, et, d'abord, à l'Assemblée l'occasion d'aller au-devant
les princes allemands, parce que la Révo- de l'événement, ce qui est tout l'art de
lution n'a rencontré nulle part plus de la politique, sympathies que sur le Rhin. Après avoir pris trois décrets commi-
Si donc l'empereur et le roi de Prusse natoires contre les émigrés, le comte de
ne sont pas encore partis en guerre, c'est Provence et les prêtres « réfractaires »,
qu'ils guettent le moment le plus favo- sommant ceux-ci de prêter le serment
rable. Mais leur dessein est manifestement civique et ceux-là de rentrer en France
arrêté. Ilsnesesoucient pasdeLouisXVI : sous peine d'être déclarés «suspects»,
ils songent à eux-mêmes. l'Assemblée mit en demeure l'Empire
La Révolution va-t-elle leur laisser le d'obliger l'électeur de Trêves à dissiper
choix de l'heure? les attroupements armés des Français
L'Assemblée législative. — L'Assem- réfugiés dans ses Etats, blée qui s'était réunie le I" octobre 1791 Isnard, député du Var, appuya la
différait fort de la précédente. La Consti- résolution : « Disons à l'Europe que le
tuante, élue par ordres, était composée peuple français, s'il tire l'épée, en jettera
pour moitié de nobles et d'ecclésiastiques ; le fourreau ; que, si des cabinets engagent
la Législative ne comprenait que des des rois dans une guerre contre les peuples,
laïques et des roturiers. La Constituante nous engagerons les peuples dans une
a été dogmatique, la Législative fut guerre à mort contre les rois ». politique. Ses 745 membres, presque. La motion fut votée à l'unanimité, tous légistes, avocats et administrateurs, et presque tous des hommes nouveaux et i. Mignet.
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Vanblanc, en la portant au roi, la commenta : » Dite? aux puissances étrangères que, si des princes d'Allemagne continuent de favoriser des préparatifs dirigés contre les Français, les Français porteront chez eux non pas le fer et la flamme, mais la liberté. »
Double politique du Roi. — Louis XVI refusa de sanctionner les décrets, mais il vint dire lui-même à l'Assemblée qu'il acceptait la motion sur l'affaire de Trêves. Il invitera l'empereur à choisir entre le dispersement des émigrés et la guerre, «guerre qu'un peuple qui a renoncé aux conquêtes ne fait jamais sans nécessité, mais qu'une nation généreuse et libre sait entreprendre lorsque sa propre sûreté et son honneur le commandent » (novembredécembre 1791).
Seulement, il écrivait dans le même temps au roi de Prusse, au roi de Suède et à l'impératrice de Russie (3 et 10 décembre) que « le mal gagnerait les autres Etats, s'ils ne se hâtaient pas de lui venir en aide et de le rétablir dans son pouvoir »; et à Breteuil qu'il espérait bien que l'électeur de Trêves ne se soumettrait pas, « car le parti de la Révolution en concevrait trop d'arrogance».
Aussi bien ne faut-il pas s'inquiéter de la guerre : « Les choses en seront bien meilleures, l'état physique et moral de la France ne lui permettant pas de soutenir une demi-campagne » (14 décembre).
La reine écrivit dans le même sens, à Mercy, à Fersen ; le roi et elle désavouaient tous les actes qui leur étaient imposés.
L'alliance austro-prussienne. — L'Assemblée et les clubs eurent bientôt soupçon de la duplicité. « La guerre, dira plus tard Brissot, était le seul moyen de déjouer les perfidies de Louis XVI. »
Le Comité diplomatique ne vit pas moins clair dans le jeu de l'Autriche. Elle cherchait à gagner du temps, suggérait l'idée d'un Congrès sur les affaires de France, mais poussait des négociations avec la Prusse, devenue la plus ardente à intervenir, et concluait bientôt avec elle un traité d'alliance et de partage.
Les souverains allemands projetaient déjà de se payer par des acquisitions territoriales en Alsace et en Lorraine.
Sommation à l' Empereur. — L'Assemblée suivit son Comité. Sous la poussée des Girondins, elle ordonna aux ministres de demander à l'empereur une explication définitive sur ses armements et décréta « traître et infâme tout Français qui prendrait part à un Congrès pour modifier la Constitution et obtenir une
médiation entre la l'rance et les rebelles (les émigrés) ».
La rupture devenait certaine. Aux Jacobins, Robespieft-e, presque seul, fut hostile à la guerre, si populaire qu'en fût l'idée jusque dans les campagnes. Les paysans avaient compris que les « tyrans » étrangers se proposaient de rétablir l'ancien régime. Dès mars, les enrôlements volontaires dépassèrent 600 000 hommes.
Léopold étant mort subitement, son fils François II prit aussitôt une attitude belliqueuse pendant que la Prusse s'entendait avec la Russie pour un second partage de la Pologne.
Démembrement de la France, démembrement de la Pologne, les deux affaires iront désormais de pair.
Le ministère girondin. — L' « impéritie de la Cour > » hâta le dénouement. Un seul membre du cabinet feuillant, qu'on appelait le « cabinet autrichien », avait l'oreille de l'Assemblée ; Louis XVI se laissa persuader de renvoyer Narbonne, sous le prétexte « qu'il voulait se faire ministre de la Nation et indépendant du roi ».
L'Assemblée releva le défi (10 mars).
Elle décréta d'accusation le ministre des Affaires étrangères Lescart, acclama Vergniaud qui avait osé dire : « De cette tribune on aperçoit le palais où de perfides conseils égarent le roi. La terreur et l'épouvante sont souvent sorties de ce palais ; qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi. »
Louis XVI céda, ne pouvant faire autrement; il accepta la démission du ministère feuillant et le remplaça par des hommes du parti de la Gironde.
Dumouriez. — C'étaient, à l'Intérieur, le vieux Roland, ancien rédacteur de l'Encyclopédie, dont la femme était l'âme charmante et intrépide du parti ; Servan à la Guerre, Clavières aux F^inances, et aux Affaires étrangères le général Dumouriez, aventurier de grand style, qui s'était distingué pendant la guerre de Sept ans, avait été employé par Choiseul et s'était lancé dans la Révolution comme dans une carrière, ennemi juré de l'Autriche.
Fersen, l'ami chevaleresque de la reine, écrivit à Vienne : « La famille de Bourbon n'a d'appui que les puissances étrangères ; toute son espérance se fonde
DUMOL'RIEZ (1739-1823).