‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 346 sur 725 · PoXS.\RIJ · texte numérisé non relu

PoXS.\RIJ

blicains ne voulurent pas d'autre nom.

Girondins et Jacobins. — Les Girondins étaient républicains de raison, libéraux par got"it, soucieux de légalité, plus artistes que politiques, violemment hostiles à la Conunune de Paris.

Les Jacobins étaient démocrates de tempérament, autoritaires par principe, des logiciens de la force, aussi sûrs de détenir la vérité que des inquisiteurs du Saint-Office, et, comme les Romains de la République, toujours prêts à identifier l'Etat avec la capitale.

La rivalité entre les Girondins et les Jacobiiis, c'est, poirr une large part, le conflit entre Paris et les départements.

La Commune. — Paris a pris une trop grande place ;. il est le siège de l'Assemblée ; il a été le théâtre des plus fameuses journées de la Révolution ; la ■Commune de Paris traite de puissance à puissance avec l'Assemblée ; les Jacobins de Paris la surveillent ; et, sauf que les dieux ont changé de nom et que les moines et curés prêcheurs ont jeté le froc, c'est le vieil esprit de la Ligue qui revit dans Paris, fanatique, démagogique et césarien.

Les départements, avec leur goût de l'ordre, de sens rassis, laborieux, supportent mal la dictature de Paris et, tiualement, se révolteront.

Etablissement de la République. — Du premier jour, l'Assemblée constata, plutôt qu'elle ne proclama, la République. Elle décréta ensuite que les actes publics seraient datés désormais de Van premier de la République, une et indivisible.

Cette orgueilleuse substitution de l'ère républicaine à l'ère chrétienne — pour mieux marquer la fin d'un monde — fut plus tard complétée par la substitution du calendrier républicain au grégorien.

L'année républicaine commence à l'équinoxe d'automne qui a coïncidé avec l'établissement de la République : elle est partagée en douze mois plus cinq jours complémentaires, les mois en décades.

Les jours reçoivent des noms tirés de la numération (primidi, duodi], les mois des noms tirés dre l'ordre naturel des saisons. Pour l'automne : vendémiaire, mois des vendanges ; br-umaire, des brumes ; frimaire, des frimas. Pour l'hiver : nivôse, des neiges ; pluviôse, des pluies, ventôse, des vents. Pour le printemps : germinal, des germes; floréal, des fleurs ; prairial, des prairies. Pour l'été: messidor, des m(ns^ow?,\ thermidor, de la chaleur ; fructidor, des fruits.

On garda provisoirement la consti-

JJP2. — JEMMAPES.

tution de 1791 ; elle obligea Danton et Roland, qui ne pouvaient être à la fois députés et ministres, à quitter le gouvernement.

Jemmapes. — Les victoires se succédèrent sur toutes les frontières pendant ce premier automne de la République.

Un Allemand avait dit après Valmy :

<■ Vous allez voir comme ces petits coqs vont se dresser sur leurs ergots ; nous avons perdu plus qu'une bataille. »

Les armées prirent partout de brillantes offensives. Aux Alpes, Chambéry et Nice- ouvrirent leurs portes. Custine, sur le ■ Rhin, s'empara de Trêves, de Spire et de Mayence, où il fut reçu en libérateur. Dumouriez (en novembre), sur les talons des Autrichiens qui avaient inutilement bombardé Lille pendant huit jours, entra en Belgique, et remporta à Jemmapes la première grande victoire de la République. Ce fut une bataille frontale, assez longtemps flottante, où Dumouriez décida du succès en menant lui-même son aile droite à l'assaut du village de Cuesmes. En moins d'un mois, il acheva la conquête des Pays-Bas.

De la Méditerranée à la mer du Nord, la France, envahie la veille, débordait de partout sur l'Europe.

La frontière du Rhin. — La Savoie, le comtat de Nice et les républicains mayençais demandent à être réunis à la France. Le savant Forster, que Humboldt proclamait son maître, écrit à ses amis de Berlin : « Le Rhin doit former la frontière entre le pays de la République et l'Allemagne. w

Les Belges hésitent, discutent : les démocrates souhaitant la réunion, les catho-

liques un gouvernement indépendant.

Que va décider la Convention? Elle décrète en novembre, sur la motion de l'alsacien Ruhl : « La France accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté ».

C'est le défi à tous les rois, ce n'est pas la conquête. Mais, précédemment, en octobre, elle a arrêté : « Les armées françaises ne quitteront point les armes jusqu'à ce que les ennemis de la République aient été repoussés au delà du Rhin ». Puis, quand « l'assemblée nationale des AUobroges » offre la Savoie, Grégoire écrit dans son rapport que « la France ne peut avoir d'autres frontières que les Pyrénées, les Alpes et le Rhin », et Brissot aperçoit la République française environnée d'une ceinture de Républiques sœurs.

Réunion de la Savoie. — L'Assemblée ne statua d'abord que sur la Savoie, « où le vœu libre et universel du peuple souverain » se trouvait d'accord « avec les aspirations de la nature », et décréta que, désormais, ce pavs «faisait partie intégrante de la République ». Cependant Danton et Cambon se préoccupaient déjà de réunir <i subtilement » le droit des peuples de se choisir une patrie à la vieille ambition

du Rhin et du pré carré des Flandres ■

«Ce n'est pas aux rois seuls, écrit Cambon, que nous faisons la gue#e ; nous avons à combattre tous leurs complices. Personne ne doit être admis à voter s'il ne prête serment à la liberté et à l'égalité. Il faudra dire aux peuples qui voudraient conserver leurs castes privilégiées : <• \'ous êtes nos ennemis ! » et alors les traiter comme tels. ' »

PROCÈS DE LOUIS XVI

EN même temps que la Convention revenait par ces chemins détournés à la politique étrangère de la monarphie, elle ordonna le procès du roi, en vertu de la loi relative « aux traîtres et aux conspirateurs » et décida de le juger ellemême.

La question préalable. — La complicité de Louis XV'I et de Marie- Antoinette avec les émigrés et les alliés ne faisait plus de doute. Il en existait maintenant des preuves fornaelles :

les pièces trouvées aux Tuileries dans une armoire de fer.

Mais Louis XVI n'était-il pas inviolable, de par la Constitution? A cette question préalable posée par Pétion, le juriste Morisson répondit par l'affirmative. ♦ Malgré ses forfaits », le roi ne

saurait être poursuivi. Il est accusé de négociations secrètes avec l'ennemi ; même pour des hostilités ouvertes, la Constitution ne prononce que la déchéance, qui est acquise. « Il faut retenir le roi captif ou le bannir. »

C'était le langage même du droit.

Saint-Just répliqua « par un discours atroce <i^ -.U s'agit non pas déjuger Louis, mais de le tuer. Puis Robespierre ; « Loui^ n'est point un accusé, vous n'êtes pas des juges : vous n'êtes et ne pouvez être que des hommes d'Etat. Vous n'avez point une sentence à rendre, mais une mesure de salut public à prendre. Louis

Page 1