‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 35 sur 725 · A 1252. — BLANCHE DE CASTILLE · texte numérisé non relu

A 1252. — BLANCHE DE CASTILLE

pour assister à un si grand triomphe ». « Les paysans et les moissonneurs interrompaient leurs travaux, suspendant à leur cou leurs faux et leurs hoyaux. » Puis, « les bourgeois parisiens, et pardessus tout la multitude des étudiants, le clergé et le peuple allèrent au-devant du roi et chantaient des hymnes et des cantiques. Durant sept nuits ils illuminèrent de sorte qu'on y voyait comme en plein jour. »

L'apogée des Capétiens. — La royauté avait triomphé à la fois de l'Allemagne, de l'Angleterre et de la féodalité. L'empereur Otton, s'étant enfui jusqu'à Cologne, fut déposé et remplacé par l'empereur Frédéric de Hohenstaufen qui commença son règne sous la protection, hautement invoquée, du roi de France et du pape. Les barons anglais firent signer à Jean sans Terre vaincu l'acte célèbre de la grande Charte qui maintenait les privilèges du clergé, confirmait les droits de la noblesse et sanctionnait ceux des bourgs et des villes, surtout de Londres.

En France, le petit iroi de Paris et d'Orléans était devenu le plus puissant seigneur d'un pays qui commençait à devenir une patrie. Le domaine royal n'étouffait plus entre les domaines féodaux.

Le patrimoine capétien national s'était accru de l'Artois, de l' Amiénois, du Valois, du \'ermandois, de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, d'un vaste territoire en Aquitaine (Saintonge et Poitou).

En outre, la Flandre et l'Auvergne étaient maintenant des fiefs assujettis ; les hauts barons acceptaient la législation royale ; la petite féodalité de l'ancien domaine s'était entièrement soumise ; la justice d'Eglise se subordonnait à celle du roi ; la bourgeoisie était associée au gouvernement ; les affranchissements de serfs par les seigneurs ecclésiastiques et laïques encouragés, « attendu que c'est faire un acte de piété que de délivrer du joug de la servitude l'homme formé à l'image de Dieu» i. La création des communes fut multipliée jusque dans le domaine particulier du roi, avec des chartes étendues qui donnaient aux « bourgeoisies » le droit d'élire leurs maires et de faire justice elles-mêmes.

La France est fondée.

Louis VIII. — Le fils de Philippe Auguste, Louis VIII, ne régna que trois

I. Libération de 300 serfs à l'abbaye de Saint-Aignan d'Orléans, texte cité par

LCCHAIRE.

ans. Son père, depuis dix ans, l'avait associé à son gouvernement.

Son règne, si court qu'il ait été, fut très plein ^. Il étendit l'influence française en Flandres et, profitant de l'anarchie qui désolait le Poitou, réunit au royaume le pays entre la Loire et la Garonne, avec la Rochelle. Il mourut brusquement comme il entreprenait la conquête du Languedoc. Cette riche contrée était en proie à une atroce guerre, à la fois civile et religieuse, qui dura vingt ans

Les Albigeois (habitants d'Albi) ou Cathares professaient un christianisme très mêlé d'éléments d'origine persane. Le pape Innocent III prêcha contre eux une Croisade qui fut menée avec une sauvagerie extrême par Simon de Montfort.

Cette guerre du Nord contre le Midi se prolongea sous la minorité de Louis IX et la régence de sa mère, Blanche de CastiUe.

Au traité de Paris, le comte de Toulouse céda la Haute- Provence (avec Avignon) au pape et confirma à la France le Bas-Languedoc.

L'Eglise primitive avait été très tolérante, fidèle à la parole de saint Paul : « Mes frères, si quelqu'un vient à tomber dans quelque faute, redressez-le avec un esprit de douceur ». L'Eglise devint intolérante quand le christianisme devint religion d'Etat. Le pape établit un tribunal spécialement chargé de rechercher les hérétiques. Les sentences de ce tribunal entraînaient les peines les plus dures : confiscation des biens, prison perpétuelle, mort sur le bûcher. On l'appelait V Inquisition. Le premier tribunal d'Inquisition fonctionna dans la France du Midi,,à l'occasion de la guerre des Albigeois.

Blanche de Castille. — A la mort de Louis VIII, féodaux et Anglais pensèrent profiter du règne d'une femme et d'un enfant pour reprendre à la royauté capétienne quelques-unes de ses conquêtes.

Blanche de Castille, conseillée par les vieux serviteurs de Philippe Augu-^te, déjoua les intrigues, et, quand il le fallut, se mit comme un homme à la tête d'une armée. Comme elle avait su gagner les bonnes grâces du pape, Grsigoire IX défendit aux grands « d'ébranler par leurs discordes un royaume de bonté ».

Le comte Thibaut de Champagne, Pierre Mauclerc, qui avait la garde de la Bretagne pour son fils mineur, le comte de la Marche, les nobles bourguignons et picards, n'en formèrent pas moins des ligues, mais sans réussir cette fois à en-

SAI \r LOUIS.

traîner tous leurs vassaux. Le sens de la France se précisait.

L'habile et vaillante régente leur tint tête, concilia les uns,

S.MNT LOUIS

( Re.'tçuait e Je la SainUChafelU.)

lards », « nobles hommes quiout vergogne de bien faire, comme d'aller à l'église ». «lamais saint n'a été plus laïque 2». « Je préfère fort », observait-il à Robert de Sorbon, son chapelain et confesseur, <' la vertu des chevaliers à celle des clercs » ; réduisit par les armes il demandait à Joinville, son sénéchal, les autres qui avaient « les raisons pourquoi prudhomme 3 lié partie a\"ec le nou- vaut mieux que béguin ». veau roi d'Angleterre, Il s'humiliait, dans la pensée de Dieu,

Henri III; elle réunit.au à laver les pieds des lépreux et des menroyaume la riche ville diants les plus « rogneux et horribles ». d'.\ngers. Louis IX, Le cœur «transpercé de pitié pour les majeur, continua à misérables », il disait à son fils : « Si un l'associer à son gouvernement. pauvre a querelle contre un riche, sou-

Saint Louis. — La reine Blanche avait tiens le pauvre plus que le riche, jusqu'à sévèrement élevé son tils. S'il fut à la fois ce que la vérité ait été éclaircie. » Mais sa un grand saint et im grand roi, le plus piété ne dégénérait pas en complaisances homme de bien de son royaume et le plus parfait chevalier de son temps, ce fut l'œuvre de sa mère.

'^ L'Église romaine a canonisé le fils de Blanche de Castille pour sa piété, sa charité sanbornes en\'> rles pauvres ci toute la bonté

nui ravonnait Miniature où 1 ] 1 ■ ' T 1 -^ Saint Louis.

de lui. L apôtre le plus illustre de la tolérance vient en faveur d'un seigneur coupable, le et de la libre pensée, Voltaire, a dit de roi lui reproche de s'accommoder au goût lui : " Sa piété, qui était celle d'un ana- « du siècle » déjà t si avide de demander » chorète, ne lui ôta aucune vertu de roi. et il dit que « nul ne peut bien gouverner Une sage économie ne déroba rien à la sa terre, s'il ne sait aussi hardiment et libéralité. Il sut accorder une politique aussi durement refuser qu'il sait donner». I profonde avec une justice exacte ; et Quand le puissant sire de Couci, Enguerpeut-étre est-il le seul souverain qui rand, fait pendre trois jeunes gens qui i mérite c«tte louange : prudent et ferme avaient chassé dans ses bois, il le fait dans le conseil, intrépide dans les combats enfermer au Louvre et sévèrement consans être emporté, comp tissant comme damner, et quand le roi de Navarre, le I s'il n'avait jamais été que malheureux, comte des Flandres et beaucoup d'autres 1 II n'est pas donné à l'homme de pousser le viennent supplier en faveur du misé- ' plus loin la vertu. 1 » -"'^''' =' '-'-''■ — " -* — '-^-^ --"^ '-"-

pour ceux des clercs " qui abritaient sous le masque de la reli- ion des intéi ts spculiers.

L' histoire (le sa vie par l'iuiviUe, l'un cl( s premiers monuments de la piose françaibc, le montre surtout occupé de justice

3L.\.NCHE DR C.\STIILE FAISANT INblRl IKt SOM FiLS C O m Hl 6

voit la reine Blanche Surveillant 1 instruction de son fils JoinVlllc lui-

(Manuscrit franc. Bibl. Nat.,Cl. Bcrtaud fri

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se lève sans leur

Sa dévotion était simple, sans ostentation — bien que des contemporains lui aient fait le reproche de pénitences trop dures et d'oraisons trop prolongées, — et elle était sans fausse honte, -^ comme il apparaît dans ses propos sur les « pape-

- T. Essai sur les mœurs. « Le plus noble éloge qui ait été écrit de ce grand saint et de ce grand roi», dit le duc d'Aumale {Princes de Condé, I, 8).

rable, il s'indigne et répondre ».

Il divisa la Haute-Cour féodale ^ en deux chambres : le grand conseil, chargé des affaires administratives, et

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