CARNOT
(D'après BournevUle,
BibL .\al.. Es!.,
Cl. HachelU.)
jour, minutant de sa main toutes les correspondances et tous les décrets militaires, entouré, sans distinction de parti, de collaborateurs excellents (Lacuée, Favart, Montalembert, Dubois-Crancéi.
Larmée de la Révolution. — L'armée réduite à 150 000 hommes par la Constituante, à 100 000 auplusparl'émigration et la désertion, renforcée, en 1791 et 1792, paraoo bataillons de volontaires, manquait de discipline et, plus encore, de cohésion. Camot n'attendit pas la levée en masse pour poser le principe, proposé d'abord par Dubois-Crancé, qui fut inscrit dans la Constitution de l'an II, que « tout Français doit le service militaire ». Ce sera la base de la loi de Jourdan (en 1798) surla conscription :cinq classes, chacune de 200 000 hommes, le million de soldats avec lesquels Napoléon conquerra l'Europe.
Il a eu, dès la Législative, la vision de l'armée moderne : « Une armée qui obéit par raison, vaincra une amiée agissant machinalement. » Pour être raisonnée, la discipline ne doit être que plus forte. L'enthousiasme, sujet à des variations, n'y supplée point. La discipline s'apprend, comme le maniement des armes, la manœuvre, toutes les autres parties de l'instruction ; et, loin d'éteindre, elle développe la flamme intérieure.
Marmont, maréchal de l'Empire, dira de ces armées de la République : « Jamais les armées n'ont été plus obéissantes ni animées de plus d'ardeur. C'est l'époque des guerres où il y a eu le plus de vertus parmi les troupes. » Et le soldat Fricasse : <■ C'est la discipline qui a fait tous nos succès i>.
L'amalgame. — La solidité de tous les corps, inertes ou vivants, résulte de la cohésion des forces. L'amalgame va fondre dans un bataillon de vétérans de l'ancienne armée deux bataillons de volontaires et dp réquisitionnés. C'est la demi-brigade, d'environ 2 000 hommes.
Depuis la légion romaine, il n'y aura pas eu de métal plus résistant. Chaque bataillon d'infanterie a ses canons, chaque division (4 demi-brigades) ses batteries et ses escadrons. La fusion des armes fait ainsi de la division, unité tactique, une petite armée complète. L'armée est un groupement de divisions.
Les quatorze armées. — La Répu-
blique eut bientôt quatorze armées, mais qui ne se dressèrent point tout à coup. Camot, avec Dubois-Crancé, les forgea, f-
Vivres, vêtements, armes, munitions, tout manquait. Il fallut tout créer. Comme on réquisitionna les hommes, on réquisitionna les chaussures, les chevaux, le pain. Le lessivage du sol des caves donna du. salpêtre qu'on appelait sel vengeur. On fabriqua à force des fusils, des canons. Camot mobilisa les savants, Monge, Fourcroy, Berthollet, Chappe qui inventa le télégraphe. L'aéronautique, avec les ballons, aura son baptême du feu à Fleurus.
Tactique et stratégie. — Le renouvellement de la tactique s'opéra dans le sens même delà Révolution. Les batailles d'autrefois se montaient comme des parades. Camot et ses généraux vont jeter en avant leurs troupes comme des boulets. Ils trouent les lignes ennemies, sous le vol de la Marseillaise. La liaison des armes commence à devenir une réalité.
La stratégie étant une science, on ne saurait parler d'une stratégie révolutionnaire. Une routine semblable avait déformé les combinaisons de Turenne ou de Frédéric comme les tragédies de Racine. L'art de la guerre fut régénéré, mais par le retour au.x principes. Combattre, c'est attaquer. Les généraux de la Révolution restaurèrent l'esprit d'offensive.
Contrôle et commandement. — Les commissaires de la Convention aux armées, superbement empanachés, accompagnés de l'image de la terrible Assemblée, furent tantôt d'insupportables déclamat>urs, encombrants et gênants, tantôt de vibrants excitateurs d'âmes, qui payaient d'exemple et, les premiers, couraient à l'assaut.
Camot trouva l'armée encombrée de généraux politiciens ; il en fut le plus souvent débarrassé par la défaite. Il chercha de préférence ses généraux parmi les jeunes et découvrit Hoche, Kléber, Marceau, Bonaparte. L'unité de commandement, c'était lui.
Camot avait voté la mort de Louis X\'I.
mais déclaré à la tribuiuque ♦ jamais devoir n'avait pesé davantage sur son cœur », et il protesta contre l'arrestation des Girondins. « Si on le tolère au Comité, dira bientôt Robespierre, klkbf.r., 753,6=0) c est qu on a besoin de cuen»!. rn-saiiks.)
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HOXnSC HOOTE ET HATTIGMES. — lygj.
lui, mais, au premier revers de nos armées, sa tête tombera. »
La République assiégée. — L'insurrection victorieuse de la Commune contre la Convention provoqua à la fois des soulèvements républicains et des soulèvements royalistes. La Normandie et la Bretagne s'insurgèrent à l'appel de ceux des Girondins (Pétion, Barbaroux, Buzot, Louvet) qui s'étaient dérobés au décret d'arrestation : les contre-révolutionnaires eurent vite fait de prendre la tête des révoltes de Bordeaux, de Lyon, d'Avignon, de Marseille et de Toulon, pendant que les Vendéens progressaient sur la Loire.
Cette révolte de plus de cinquante départements, et, dans lemême temps, la rupture de toutes les frontières, l'entrée des Piémontais par les Alpes, celle des Espagnols par les Pyrénées, la capitulation de Mayence, la prise de Valenciennes par les Impériaux, le siège de Dunkerque par le duc d'York, bientôt la trahison des royalistes du Midi livrant Toulon aux Anglais, loin d'abattre la Convention, la redressèrent de l'humiliation où elle était tombée en juin.
La Constitution de l'an P' qu'elle s'était hâtée de décréter après la proscription de la Gircxide, pour donner satisfaction aux républicains, et qui établissait le suffrage universel, le référendum et le renouvellement annuel des assem-
blées, aurait annihilé le pouvoir exécutif à l'heure où il fallait qu'il fût le plus fort. En conséquence, la Convention ne l'eut pas plutôt fait ratifier par près de 2 millions de suffrages qu'elle en ajourna l'application à la paix ; jusqu'à la paix, le gouvernement sera « révolutionnaire », tout entier au Comité de salut public, « dans la République qui n'est qu'une grande ville assiégée ».
Mesures révolutionnaires. — Le Comité prit les mesures que comportait l'extrême péril de la nation. Ce furent la levée en masse qui donna 800 000 hommes ; la réquiGition forcée de tout ce qui était nécessaire à la guerre ; la création à\\ Grand-Livre ; l'emprunt forcé d'un milliard sur les riches pour retirer de la circulation les assignats dépréciés et opérer le déplacement des nouveaux biens nationaux (les biens confisqués des émigrés) ; la terrible loi des suspects ordonnant «l'aiTestation de tous les ennemis de la liberté, partisans du fédéralisme ou de la tyrannie » ; la loi du maximum, fixant le prix le plus élevé auquel il était permis de vendre, afin d'éviter la famine et les émeutes, et prononçant la peine de mort contre les accapareurs.
La Convention ratifia tous les décrets, ordonna de vaincre.
Camot, en six mois, fit lever le siège de la République à tous les assaillants.
y es insurrections. — L'insurrection des ^ Girondins, accusés faussement du crime de fédéralisme, mais compromis par le voisinage des contre-révolutionnaires, fut réduite la première ; elle se dispersa après l'échec de Wimpffen à Vemon.
La résistance des Vendéens fut plus dure à abattre, si ignorants qu'ils fussent de la guerre, traînant après eux, comme des hordes de barbares, leurs femmes et leurs enfants chargés sur des chariots, mais braves et furieux.
Comme Kléber n'avait consenti à rendre Mayence qu'avec les honneurs de la guerre, Carnet envoya les « Mayençais » en Vendée, où ils furent transportés en poste. Après des alternatives, Marceau et Kléber détruisirent les Vendéens dans la rencontre meurtrière de Savenay. La chouannerie continua, mais la grande guerre était finie.
Lyon et Toulon. — Le siège de Lyon fut dirigé par Dubois-Crancé pendant que Kellermann rejetait les Sardes au delà- des Alpes. La ville s'étant rendue,
on put acheminer des troupes et du matériel sur Toulon où 15 000 Anglais, Espagnols, Napolitains et Piémontais avaient renforcé les royalistes.
Un jeune officier d'artillerie, Bonaparte, eut l'idée d'attaquer par le fort de l'Eguilette (surnommé le petit Gibraltar parce qu'il passait pour imprenable), qui fermait la rade où mouillaient les flottes alliées. Le fort, mitraillé à outrance par «la batterie des hommes sans peur», fut emporté d'assaut et les Anglais n'eurent que le temps d'incendier l'arsenal et de prendre la fuite avant que les républicains n'eussent amené leurs canons pour foudroyer leurs vaisseaux.
Hondschoote et Wattignies. — Les affaires ne furent pas moins vigoureusement rétablies au Nord-Est et à l'Est.
Dunkerque fut sauvée par Houchard à la bataille de Hondschoote, Maubeuge débloquée, dans la journée épique de Wattignies, par Jourcian et Caniot.
Hoche, réunissant sous ses ordres l'armée du Rhin et l'armée de la Moselle, enleva à la baïonnette le sommet du Geis-