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GuiLBERT DE NoGENT, Chroniques

1099 A i^Sy. — LE ROYAUME LATIN DE JÉRUSALEM ^«

qui se mirent successivement en marche par des routes différentes, mais toujours en direction de Constantinople, pour passer de là en Asie, cent mille chevaliers et près d'un million d'hommes.

Un grand poète italien, Torquato Tasso, qui a chanté les Croisades dans un poème délicieux (/a Jérusalem délivrée), entrevoit le jour où << les chrétiens seront réunis par les nœuds de la paix ». Ils se sont unis d'abord pour arracher aux musulmans <• le grand tombeau du Christ ».

La direction de la première Croisade des seigneurs (appelée ainsi par opposition avec la Croisade des pauvres gens) fut dévolue à un petit nombre de ducs et de comtes : Godefroy de Bouillon et son frère Baudouin à la tête des Français du Nord ; Hugues de Vermandois, frère dxi roi, et Etienne de Blois, «porte-drapeau de l'Eglise », avec les Français du domaine royal ; le comte Raymond de Toulouse, véritable roi du Midi ; Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède avec les Normands d'Italie et de Sicile.

Les armées de l'Europe latine arrivèrent vers la fin de 1096 devant Constantinople. Les empereurs byzantins étaient orthodoxes, ne se souciaient pas de guerroyer contre les Turcs, leur demandaient seulement de les laisser tranquilles. L'empereur d'Orient promit de joindre ses forces à celles des Croises en échange de leurs futures conquêtes. De fait, il avait hâte de s'en débarrasser et de les envoyer au plus tôt en Asie.

Prise de Jérusalem. — L'expédition vers Jérusalem dura deux ans (mai 1097août 1099).

Malgré les progrès de la science moderne, tout transport de troupes est une entreprise très difficile. Imaginez ce voyage avec les moyens primitifs d'alors, à travers toute l'Europe, puis en pays résolument ennemi, à travers l'Asie Mineure et la Syrie.

Les batailles continuelles contre les Turcs, le soleil de feu, l'aridité de vastes régions montagneuses ou désertiques, la soif faisant jusqu'à cinq cents victimes par jour, les discordes entre les seigneurs, le désordre qui en résulta, la famine et la peste, tant de fléaux et de maux accablèrent les Croisés qu'on a estimé à 600 000 hommes leurs pertes entre Nicée et Jérusalem.

Après la terrible bataille d'Antioche, gagnée par Bohémond et la cavalerie féodale, l'armée se trouva réduite à 40 000 hommes valides. Les princes hésitaient à marcher sur Jérusalem. Le gros des Croisés menaça d'y aller sans eux.

GODEFROV

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