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CRÉATIONS DU CONSULAT

former des savants et, à son insu, des citoyens.

Dans les collèges, devenus lycées, qu'il a dotés de plusieurs milliers de bourses, il organise une éducation d'allure militaire, « suffisamment religieuse*», où renseignement des sciences mathématiques n'a que la seconde place. La première est donnée aux langues mortes, c'est-à-dire aux langues immortelles, — à l'antiquité classique, à ces humanités dont l'un des incomparables avantages, c'est d'être, au début de la vie, des études désintéressées et, avec leur cortège d'idées nobles et généreuses, de former des esprits libres.

On a dit du Jacobin qu'il est «un animal classique », et Bonaparte est parfois plus jacobin qu'il ne croit. En tout cas, c'est de ses lycées que vont sortir les générations, littéraires et politiques, des grandes époques de paix qui succéderont à la tragédie révolutionnaire et à l'épopée impériale.

Dans l'enseignement supérieur et dans le spécial, il ouvrit les Ecoles de médecine et de droit, l'Ecole normale supérieure, l'Ecole des ponts et chaussées, donna le premier modèle des Ecoles des arts et métiers.

Banque de France. — Un tel discrédit s'était attaché aux banques d'émission depuis l'aventure de Law qu'à l'avènement de Bonaparte, il n'en existait qu'une seule en province 2.

Il favorisa, dès 1800, la création de la Banque de France, lui conféra le privilège exclusif d'émettre des billets, limita le dividende des actionnaires, affecta l'excédent des bénéfices à un fonds de réserve, obligatoirement employé à l'achat de rentes sur l'Etat.

Les billets de la Banque eurent bientôt un cours aussi normal que celui du numéraire ; en quelques mois, on fut loin des assignats.

La Banque elle-même ne tarda pas à devenir l'un des premiers établissements financiers du monde ; elle contribua puissamment à activer la renaissance de l'industrie et du commerce.

D'importants travaux publics furent entrepris : les routes du Simplon, du Cenis et du Genèvre, les canaux de rOurcq, de Saint-Quentin, de Nantes à Brest, la digue de Cherbourg.

La Légion d'honneur. — La monarchie avait eu des décorations ; la Révolution les supprima ; des armes d'honneur furent la récompense des soldats qui s'étaient distingués dans la bataille.

La créatioii de la Légion d'honneur pour récompenser les services militaires et civils parut le signe que l'Empire était proche (mai 1802). « C'est une nouvelle monnaie, dit Rœderer au Corps législatif, et dont la mine ne peut s'épuiser, puisqu'elle réside dans l'honneur français. »

Les opposants furent nombreux, même au Conseil d'Etat et dans l'armée. C'était une atteinte au principe d'égalité, un levier de plus aux mains du gouvernement.

Le Premier Consul ne s'en défendit pas : « On mène les hommes avec des hochets. Les Français n'ont qu'un sentiment : l'honneur. Il faut donc donner de l'aliment à ce sentiment-là. »

Il a été dit de l'espèce humaine des vérités plus nobles ; en a-t-il été dit beaucoup de plus profondes? Le fait, c'est que l'institution s'est perpétuée à travers tous les régimes qui se sont succédé.

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