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CONSTITUTION DE VAX XII

Le second consul, Cambacérès, avait été d'abord hostile au nouvel établissement monarchique : « Ce qu'on édifie, dit-il au troisième consul Lebrun, ne sera pas durable. Nous avons fait la guerre à l'Europe pour lui donner des républiques filles de la République française ; nous la ferons maintenant pour

de la loi salique, attribuait à l'empereur une autorité absolue sur sa famille, une autorité non moins absolue dans l'Etat, et ne conservait des assemblées qu'un simulacre.

Le Sénat avait, depuis le Consulat à vie, le droit d'interpréter et de régler par des décrets « tout ce qui n'avait pas été

lui donner des monarques fils ou frères prévu par la Constitution et qui était

du nôtre, et la France épuisée finira par nécessaire à sa marche ». Ce pouvoir lui

succomber à ces folles entreprises. » fut maintenu, mais rendu illusoire par

Il s'était ensuite résigné à courir les la nouvelle composition de l'assemblée ;

risques de sa prophétie ; président du les membres de la famille impériale et

Sénat, il fut le premier à saluer son ancien les grands dignitaires y entrèrent de droit

collègue des noms de « Sire » et de « Ma- et l'empereur put y appeler sans limite

jeste ».

Quand les cris, que le monde devrait si souvent entendre, de : « \ive l'empereur! », se furent épuisés. Napoléon, qui semblait déjà habitué à sa prodigieuse fortune, répondit qu'il acceptait le titre que le Sénat croyait « utile à la gloire de la nation » et qu'il soumettrait « la loi de l'hérédité à la sanction du peuple » (i8 mai 1804).

L' Empire et l'opinion.

— Autant qu'on en peut juger au travers desdithyrambesofficiels, l'événement ne causa pasd' enthousiasme, mais n'étonna personne, tant on s'était accoutumé à l'extraordinaire ; c'était tout changement de décor

juste un Le décor républicain ne fut guère

du nombre « les citoyens qu'il jugerait convenable » d'y faire siéger. Il fera donc voter ce qu'il voudra. En outre, les séiiatus-coiisultcs ne vaudront qu'après ratification par l'empereur.

Le Tribunal avait conservé jusqu'alors le droit de parler publiquement. Enattendant qu'il soit simplement supprimé en 1807, leTribunat sera divisé en trois sections, dont les délibérations seront secrètes, et il ne pourra jamais se réunir en assemblée générale.

Pour le Corps législatif, il cessera, le Tribunat devenant muet, de l'être, mais seulement en comité secret, et l'empereur ne sera pas tenu de le convoquer annuellement.

Pouvoir absolu de Napoléon. — Ainsi la France va être gouvernée pendant

N.\POLEON EMHERELR

D'après Meissonier.)

regretté que par un officier helléniste et

parle plus grand des musiciens allemands, dix ans par un seul homme, qui aura

Paul-Louis Courier écrivit : « Un homme de droit tout le pouvoir exécutif et en

comme lui, Bonaparte, soldat, chef fait tout le législatif, et elle sera gou-

d'armée, le premier capitaine du monde, vernée dans un vaste huis-clos. La garde,

vouloir qu'on l'appelle Majesté! Etre confiée au Sénat, de la liberté de la

Bonaparte et se faire roi ! 11 aspire à presse et de la liberté individuelle ne

descendre. » Beethoven avait composé, sera qu'une solennelle sinécure ; les jour-

avec l'intention de la lui dédier, la Symphonie héroïque ; il raya son nom.

Constitution de l'an XII. — Le

sénatus-consulte organique fut soumis

naux, et bientôt les livres, vont être sou mis à la censure ; les imprimeurs ne pourront travailler que munis d'un <i privilège », et les prisons d'Etat seront

au plébiscite et ratifié par 3500000 suf- rétablies comme autant de Bastilles

frages contre 3 000. nouvelles ; l'empereur fera interner,

La Constitution de l'an XII, comme «par mesure de sûreté», qui bon lui

on appela cette troisième et dernière semble « jusqu'à la paix générale ».

transformation de la pensée de Sieyès, Une seule c garantie » : le serment

donnait à Napoléon le titre d' « empereur aux Constitutions de l'Empire, qui devra

des Français», établissait l'hérédité de être prêté au peuple français, sur l'Evan-

la nouvelle couronne d'après les règles gile. La Constitution en fixa les termes:

GOllKKXEMENT DE XAPOLÉOX.

« Je jure de maintenir l'intégrité du terri- l'organisation, la préparation et la toire de la République, de respecter et de faire conduite de la guerre, et qui, partout respecter les lois du Concordat et de la liberté ^^ elle a pénétré, a fait des trouées des cultes; «le respecter et de taire respecter ,, . '^ ,, . ' , . -^1 régalité des droits, la liberté politique et civile, ^ur 1 avenir. Mais ce besoin perpétuel l-irrévocabiUté des biens nationaux ; de ne lever a activité, avec le peu de résistance aucun impôt, de n'établir aucune Uixe qu'en que sa raison oppose à son imaginavertu de la loi ; de maintenir l'institution de la tion, c'est encore une des causes de ses Légion d'honneur; de gouverner dans la seule fautes et de ses malheurs, parce qu'il ne vue de l'intérêt, du boniieur et de la gloire du ^Q^t d'une entreprise que pour entrer peuple français.» , ^ '^ , ., ^ .f^ .

^ dans une autre, qu « il ne vit jamais que

Grands et beaux engagements ; mais dans deux ans» et qu'ainsi, il va user tous

qu'en tiendra-t-il, sauf pour les biens les ressorts de l'Etat, éreinter tous ses

nationaux, la Légion d'honneur et la serviteurs, exaspérer le monde, fatiguer

gloire? la fortune.

C'est donc l'abdication totale de la II est un surhomme, tout de même un

nation, et jamais la supériorité de la homme, donc qui aurait besoin du

liberté, avec ses orages, sur le génie n'aura été démontrée par un plus mémosable exemple. Car il n'y a pas dans l'histoire déplus extraordinaire génie que le sien, et •■ le puissant ..

n'en est pas inoins tombé d'une telle chute qu'on ne peut plus le contempler à son apogée sans que s'évoque en même temps le dénouement.

Le gouvernement de l'empereur. — C'est pour obéir à sa nature même qu'il veut être tout, à lui seul.

Comme il a la passion de la guerre, il a celle du gouvernement, de l'administration, jusque dans le détail, de la police. Il

DUROC, EN COSTL'.VIE DE GRAND MARÉCHAL DU PALAIS (I77=-I8l3).

(Par Gros, l'ersaiUes.)

jugement des autres hommes ; mais il ne demande aux hommes qu'un dévouement de fatalistes et d'esclaves, et, parce qu'il connaît leurs faiblesses, croit les connaître tout entiers.

Dansles premiers temps, il a appelé à lui tous les talents ; bientôt, il ne supportera autour de lui que des servilités, alors qu'il n'y a d'échinés souples que parmi les médiocres, qui, dans le gouvernement, sont les pires.

La cour impériale. — iui-mêmerestesimple dans ses goûts; il porte à l'ordinaire l'uniforme des chasseurs de sa garde, ne fait que passer à table, couche

travaille jour et nuit, sans fatigue ; de préférence sur un lit de camp,

(■le travail est son élément ». Il a «casé qui, du reste, est aussi de l'orgueil; —

toutes les affaires dans sa tête comme mais « les nécessités du système » qu'il

dans une armoire ». Il sait par cœur les a instauré, d'un pouvoir souverain pour

états de tous ses régiments, les chiffres le moins aussi absolu que celui de

exacts de ses budgets comme de ses Louis XI'V ou d'un roi d'Asie, veulent

effectifs et de ses approvisionnements, que le nouveau trône soit entouré du

les antécédents de tout son personnel même éclat que les plus anciens et les

militaire ou civil. Rien n'attache, n'occupe plus illustres.

sa pensée en dehors de son métier de chef Le protocole de cour de la monarchie

d'année et de chef d'Etat. et la plupart de ses grands offices furent

Le goût, essentiellement français, ainsi rétablis. Deux des frères de l'em-

de la société lui fait défaut ; il s'ennuie pereur, Joseph et Louis, furent déclarés

au théâtre, n'éprouve aucune jouissance princes français; Lucien et Jérôme, ayant

de l'art, ne s'intéresse aux lettres que contracté des mariages dont Napoléon

pour ce qu'il y trouve de politique, d'où s'était offensé, furent exclus. Talleyrand

sa préférence pour Corneille. S'il est imagina de créer six grands « dignitaires »

«l'inamusable », selon un mot de Talley- dont il eût voulu être, mais l'empereur

rand, c'est seulement pour ce qui fait n'admit pas que les ministres le fussent.

l'amusement des autres hommes. Ce furent Joseph et Louis Bonaparte,

On n'admirera jamais assez l'activité Murât, Eugène Beauharnais, Cambacérès

de son intelligence, l'une des plus lumi- et Lebrun, neuses qui fût jamais, dans la législation. Les autres grandes chargée, grasse-

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