TROISIEME COALITION
Napoléon, à la veille de l'expédition S'il réussit à sortir de Toulon, puis
d'Egypte, avait remis au Directoire un de la Méditerranée, sans que la flotte
plan, déjà poussé, de descente en Angle- anglaise ait pu le joindre, à gagner les
terre. Il le combina, en 1804, avec un Antilles, et, quand Nelson fut accouru
projet naval qu'il qualifia lui-même au fond du golfe du Mexique, à le dépister
d' « immense ». encore pour retourner en Europe, il perdit
Quand les flottes britanniques comp- par sa faute l'occasion d'une victoire,
tent dans les seules eaux de l'Europe plus contre l'amiral Calder, sur le chemin du
du double de navires de tous bords (envi- Ferrol. Découragé par les reproches
ron 400) que la flotte française réunie qu'il s'adressait à lui-même, il s'enferma
à celles de l'Espagne et de la Hollande, alors à Cadix au lieu de remonter vers la
voici le problème : avoir la maîtrise du Manche. Ganteaume, contrarié par les
Pas de Calais pendant les quelques jours vents, n'avait pu sortir de Brest, bloqué
nécessaires pour transporter en Angle- par l'amiral Cornwallis.
terre les 150000 hommes d'élite rassem- Mieux eût valu pour Villeneuve «se
blés au camp de Boulogne. Il faut franchir faire détruire » devant Brest en libérant
le détroit sous la protection d'une flotte, Ganteaume, que, trois mois plus tard,
ou bien y renoncer. pour rien, à Trafalgar.
Il s'agit donc de donner le change à Ce fut Nelson qui fit sa jonction avec
nu le départ, mais dont il ignorera la des- tesque entreprise, exerçait
tination, celle-ci, tout à coup, virera de embarquer en deux heures sur plus de
bord, gagnera à force de voiles les parages 2000 bateaux plats, distribuait les
delakancheety trouveralesvaisseauxqui commandements à quelques-uns de
auront rompu le blocus de Brest ou qui ses meilleurs lieutenants, Ney, Soult,
seront accourus de Hollande et d'Espagne. Davout, Lannes, et scrutait vainement
La supériorité momentanée de la nou- l'horizon, Pitt avait achevé de nouer
velle Armada permettra à l'armée de avec la Russie et l'Autriche la troisième
Boulogne de passer en Angleterre où coalition (avril-août 1805). l'empereur, une fois de l'autre côté du Alors qu'il ne lui aurait fallu, selon
Détroit, se charge du reste. l'avis de Talleyrand, <■ que la prudence la
11 n'y a d'exagéré que le relief dans plus vulgaire et le plus petit effort pour
la phrase célèbre : « Si nous sommes séparer de l'Angleterre les puissances
maîtres douze heures de la traversée, r Angleterre a vécu, et nous serons maîtres (lu monde. »
Echec de d'immense projet». — Par malheur, Latouche-Tréville, qui aurait eu le sens de ce plan grandiose, mourut au moment de prendre la mer, et Villeneuve, qui lui succéda, manqua d'audace.
du continent », les raisons ou les prétextes de la nouvelle coalition avaient été fournis par Napoléon lui-même. C'étaient toutes ses récentes conquêtes en pleine paix, la réunion sur sa tête des couronnes de l''rance et d'Italie, et, une fois de plus, ce rêve persistant d'Orient qui lui avait fait écrire à l'empereur d'Autriche : « On ne