Taine
CnATl-Arill<I.\M)
(D'après Girodit.
Miisft lie Sl-Malo.)
Mme DE STAËL.
1 766 A iS I y.
d'historien (de Buonaparte et des Bourbotis, Analyse de l'Histoire de France, le Congrès de Vérone). Les Mémoires d' Outre-Tombe restent, malgré quelque enflure, sa grande œuvre, «quelque chose d'unique ' », l'un des monuments du siècle.
La plupart de ses idées viennent du xviiie siècle, tantôt déguisées sous une prose magnifique, tantôt retournées par un artifice facile ; mais il n"y a pas un auteur du xix« siècle, de Hugo et de George Sand à Renan et de Lamartine et de Lamennais à Michelet, qui eût été ce qu'il a été si Chateaubriand, selon l'hypothèse où il se complaisait, n'avait pas existé. Il a renouvelé l'imagination, la critique, l'histoire, la religion elle-même ; sauf Rousseau, il a ouvert plus d'horizons qu'aucun autre depuis la Renaissance.
Surtout, il est un très grand écrivain, im peintre plus grand encore.
Quand on s'irrite de sa métaphysique trop simpliste, ou qu'on se fâche contre l'orgueil par où il s'égale, en le jalousant, à Napoléon et, encore, contre la perpétuelle complainte de cet homme, l'un des plus comblés qui fût, célèbre à trentequatre ans, chargé de tous les honneurs, aimé des plus nobles femmes de son temps (Pauline de Beaumont, Mme Récamier) et qui n'arrête pas de déclamer : « La vie me fut infligée.... J'ai bâillé ma vie... », il n'y a qu'à revenir au mot de son ami Joubert, le plus décisif qui ait été dit de lui : « Qu'il fasse son métier, qu'il nous enchante. »
En effet, si c'est là son métier, il y excelle. Et d'autres ont, sans doute, pénétré la nature et la tragédie humaine à de plus lointaines profondeurs, mais il a compris toutes les beautés et toutes lesgrandeurs, et aucun écrivain en prose n'en a donné plus vivement la sensation. La magie de son style fait revivre les couleurs et les sons comrne les formes, et les joies comme les terreurs. Il n'y a pas, dans la littérature moderne, beaucoup d'évocations plus exquises que celle des nuits de Combourg. « Je prêtais l'oreille à chaque arbre ; Je croyais entendre la clarté de la lune chanter dans les bois... », ni beaucoup d'évocations plus puissantes que celle de la séance royale, au lendemain du retour de l'île d'Élbe : n Les cris cessent ; tout se tait : dans cet intervalle de silence, on croyait entendre ^ les pas lointains de Napoléon. »
Mme de Staël. — Chateaubriand a