‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 456 sur 725 · Sainte-Beuve · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve

2. «Je croyais,... on croyait entendre», ce qui veut dire : « J'entendais ».

-V.' V .1 .1 -ilAEL

;i76o-loi7).

(D après Gérard )

« le mal du siècle », — du xix^ ; — toute la santé du xviii» respire en Germaine Necker, baronne de Stail. René n'aime que lui ; Corinne ne veut « jouir d'elle qu'en autrui ».

Les romans {Delphine, Corinne) où elle C se raconte, sans beaucoup d'art, mais dans un style solide et dru comme elle-même, et avec une loyauté de cœur et d'esprit peu commune, ne sont qu'une partie de sa vie agitée.^ Apparemment, elle ne sacrifierait pas l'amour à l'ambition, mais elle est politique dans l'âme. Il est difficile de l'être avec plus d'intelligence et de vaillance.

Les torts ne furent pas toujours du côté de Napoléon dans sa longue et brutale querelle avec Mme de Staël ; elle fut souvent irritante. Il ne reste pas moins qu'elle fut irréductible dans sa fidélité aux idées de 1789 et à la liberté ; il y eut une heure, vers 181 1, où elle fut seule debout dans l'immense Empire prosterné devant le dieu de la guerre.

Le livre « De l'Allemagne». — Sonlivre le plus fameux, Z)e V Allemagne, elle l'a un peu écrit comme Tacite sa Germania, par opposition au despotisme ; pourtant que d'enseignements et d'avertissements elle avait rapportés de son voyage !

Avec quelle clairvoyance elle a prévenu la France napoléonienne que les idées nationales poursuivaient en Allemagne une marche profonde et continue !

<. Ce pays tout entier ressemble au séjour d'un grand peuple qui depuis longtemps l'a quitté. » Si ce peuple allait revenir !

C'est moins de trois ans avant Leipzig que l'empereur frappe d'interdiction le livre de Mme de Staël, en fait briser les formes, l'exile à Coppet.

Elle avait déjà abordé, dans un de ses premiers ouvrages, un très grand sujet : l'influence réciproque de la littérature et des institutions sociales (mœurs, lois, religions). Les formules, sans doute excessives: «le Nord romantique, le Midi classique », viennent d'elle.

« Les Considérations sur la Révolution ». — Le maître livre de Mme de Staël: les Considérations sur la Révolution française, est inachevé.

On ne lui en veut pas d'avoir surfait son père, le bon Necker ; au spectacle de deux invasions et après dix années de

PHILOSOPHES ET SAVAXTS.

RO\Ek-COI,I. \M>

D'après le tnbleau

de Géricault,

."on di Mme AirJra!)

persécution et d"exil, elle n'a vu dans Napoléon que le tyran.

(Ou peut-être ne voulut -elle voir en lui que le tyran pour l'an- .troisse qu'elle sentait qu'un jour, après l'oubli de tant de maux, on ne •"^errait plus en lui que le héros.)

Sous ces réserves, il est merveilleux qu'une femme ait pu écrire, sur les événements les plus extraordinaires des temps modernes et sans recul, un livre d'une pensée si forte et si pénétrante, d'une inspiration si constamment libérale et humaine, et à tant d'égards si définitif qu'on ne compte pas les emprunts qui lui ont été faits, sans toujours la nommer.

Evidemment, elle a lu beaucoup Montesquieu et, certainement, elle a « causé ♦ des parties de son livre avec Benjamin Constant (peut-être avec le jeune Guizot).

Pourtant, sa marque personnelle est à toutes les pages, et c'est bien d'elle que viennent, non moins étonnantes que ses sûrs jugements sur le passé, ses prédictions sur le réveil de l'Italie et de l'Allemagne, les rivalités des futures nations, la suprématie de l'Amérique du Xord et les conflits entre les Germains et les Slaves.

Les théocrates. — Au xviii«^ siècle, tout le monde des salons, presque toute la jeune noblesse et presque toute la bourgeoisie ont été du parti de l'Encyclopédie.La Révolution produisit un choc en retour parmi la fraction libérale des anciennes classes et la bourgeoisie riche. La philosophie a été rendue responsable de la Révolution. La contre-révolution ser.i d'abord le parti de l'Eglise.

Deux puissants écrivains la préparent : le vicomte de Bonald, théoricien du pouvoir, «métaphysicien de la rénovation religieuse ' », qui pose, en formules lapidaires, que la société n'est l'œuvre ni de la nature ni des hommes, mais qu'elle l'est de Dieu nicme ; et le comte Joseph de Maistre, mi-

Bibl Aat., F.sl)

CCVIRK (1769-1833,.

(Biil, Nat., /(st.)

Page 1