‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 488 sur 725 · I. Notes de Saînte-Hélène {Corresp., t. XXXI · texte numérisé non relu

I. Notes de Saînte-Hélène {Corresp., t. XXXI

RETOUR DE L'ILE D'ELBE. — i.sij;.

resteraient étrangères à cette guerre civile » *.

Il s'ouvrit ensuite à Drouot : « Je suis regretté et demandé par toute la France ; dans peu de jours, je quitterai l'île pour obéir aux vœux de la nation ».

Si dévoué que fût Drouot, il s'effraya à la pensée de la guerre civile probable, de nouveaux malheurs pour la T^rance et pour l'empereur. Selon son récit, « il fit tout ce qui était humainement possible pour empêcher cette entreprise ».

Retour de lile d'Elbe. — Embarqué à Porto-Ferrajo, dans la nuit du 26 février, sur une flottille de six petits vaisseaux avec un millier de ses vieux soldats, grenadiers et chasseurs. Napoléon aborda le i^i'mars au golfe Juan. Comme il avait manqué, l'année d'avant, d'être mis en pièces dans la vallée du Rhône, il se jeta dans les Alpes, par la route de Grenoble, à travers un pays peu peuplé et éloigné des commimications.

Sa proclamation fut surtout pour l'année : « La victoire marchera au pas de charge ; l'aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. »

Le drapeau tricolore, à lui seul un programme, fut pour beaucoup dans le succès de la marche merveilleuse.

La dépêche de Masséna (qui commandait à Marseille) annonçant le débarquement de l'empereur, n'arriva à Paris que le 5. Le comte d'Artois, avec ses deux fils, les ducs d'Angoulême et de Berr>-, partit pour Lyon où il se mit à la tête des troupes. Soult, qui avait remplacé Dupont au ministère de la Guerre, lui adjoignit trois maréchau.x : Gouvion- Saint-Cyr, Macdoucdd et Ney.

Les ro^^alistes exultaient : « Enfin on tenait la bête fauve ». Les libéraux témoignèrent d'une sage inquiétude ; Benjamin Constant écrivit : « Il promet la paix et son nom seul est un signal de guerre ; le peuple, assez malheureux pour le suivre, redeviendrait l'objet de la haine européenne. »

Le défilé de Laffray. — L'empereur rencontra les premières troupes au défilé de Laffray. Il s'avança seul, coiffé du petit chapeau classique : « Soldats du 5«, reconnaissez-moi ! » Puis, entr'ouvrant la redingote grise : « S'il y a parmi vous un soldat qui veuille tuer son empereur, il peut le faire, je m'offre à ses coups ».

Le capitaine Randon (maréchal sous le second Empire) commanda le feu.

Les soldats répondirent par un grand cri

de : « Vive l'empereur », et se précipitèrent autour du « Petit Caporal » retrouvé, jetant les cocardes blanches, agitant les shakos à la pointe des baïonnettes, avides de toucher ses bottes, son épée.

Labédoyère lui amena, un peu plus loin, le 7* de ligne ; tous les soldats avaient gardé la cocarde tricolore au fond de leurs sacs.

Aux paysans accourus, l'empereur se bornait à dire : « Le trône des Bourbons est illégitime puisqu'il n'a pas été élevé par la nation. Vous êtes menacés du retour des dîmes, des privilèges, des droits féodaux. »

Défection de Ney. — Le vent de la Révolution le porte. Grenoble s'ouvre, puis Lyon, d'où le comte d'Artois, avec Macdonald, s'est enfui.

Louis XVIII a ordonné de « lui courir sus » ; Napoléon riposte à coups de décrets : rétablissement du drapeau tricolore, abolition de la noblesse, abolition de la Chambre des pairs, « composée en partie de personnes qui ont porté les armes contre la France et qui avaient intérêt à restaurer les droits féodaux et à annuler les ventes nationales », dissolution de la Chambre.

Ney a promis au roi et ne se lasse pas de répéter, trouvant la fonnule heureuse, qu'il « ramènera Bonaparte dans une cage de fer ». Les régiments, l'un après l'autre, se révoltaient, couraient à l'empereur.

Autant « arrêter l'eau de la mer avec les mains ».

Tout le passé remonta en lui. Ce fut « comme une rechute de la Révolution ». Napolé<îTi l'acheva par un billet :« Je vous recevrai comme au lendemain de la Moskowa. »

Ney le rejoignit à Auxerre. L'empereur l'embrassa, l'appela « le brave des braves» et reprit sa marche (17 mars).

Fuite du roi. — Louis XVIII, s'étant rendu la veille à la Chambre des députés, la convia à se rallier autour de la Charte qu'il jura de maintenir. Les députés l'acclamèrent. Mais, déjà, le gouvernement, la cour, tout le beau monde préparaient la fuite.

Larébellion militaire s'étendait aux plus lointaines garnisons. Plus de troupes sur lesquelles; on pût compter. « I i légitimité, dit Château briand, tomba en d faillance. »

Le 19, un peu avant (,769^18

I. Correspondance, t. XXXI, 6 iévrieTiHi5. minuit, le mi quitta (Mus. de p-ersauies.j

Page 1