‹ Francia; histoire illustrée de la FranceChapitre 506 sur 725 · GUIZOT · texte numérisé non relu

GUIZOT

1824-1830. — CHARLES X

autocratie, poursuivit d'affreuses vengeances. Le duc d'Angoulême protesta en vain contre l'horreur des représailles. Riego, le chef de l'insurrection, fut mis à mort, l'Inquisition rétablie, des bûchers flambèrent à nouveau.

Chateaubriand eût voulu intervenir également en Amérique. Les colonies espagnoles, qui sont devenues les Républiques latines de l'Atlantique et du Pacifique, s'étaient révoltées sous des chefs, indigènes {Bolivar, San-Martin, Iturbide) contre une domination intolérable. C'eût été le conflit avec l'Angleterre et avec les Etats-Unis. Louis XVIII, qui avait d'autres griefs contre «le vicomte », lui donna son congé.

. Expédition d'Espagne à l'intérieur. — Au dedans, la politique du ministère Villèle fut qualifiée par les libéraux « d'expédition d'Espagne à l'intérieur », tant était apparente l'ambition des royalistes « purs » de rétablir le plus possible de l'ancien régime.

Le roi trouvait leur conduite absurde, s'y résignait par nonchalance et s'en vengeait par des boutades : * Nous voici dans la situation de ce pauvre cavalier qui n'avait pas assez d'élasticité pour sauter sur son cheval. Il pria Saint Georges avec tant de ferveur que Saint Georges lui en donna plus qu'il ne fallait et qu'il sauta de l'autre côté. »

Les ultras recevaient leur direction d'une association peu nombreuse, mais active et hardie, la « Congrégation », qui s'était formée autour de quelques Jésuites ; elle menait par les « missions » une ardente propagande en faveur des « bonnes idées ».

"Villèle abandonna l'administration aux « congréganistes », mit les collèges

et lycées sous la surveillance des évêques, rendit aux tribunaux la connaissance des délits de presse, en inventa un nouveau : « le délit de tendance ».

Du côté libéral, la « Charbonnerie », sur le modèle italien des Carbonari, s'organisa en sections ou « ventes »; elle recruta de nombreux affiliés parmi les officiers à la demi-solde, qui traînaient une glorieuse misère et avaient gardé dans l'armée des amitiés.

Tous les complots échouèrent. Le général Berton, le colonel Caron, les « quatre sergents de la Rochelle » furent condamnés à mort et exécutés.

Un pamphlétaire, au style attique, et un chansonnier, à la verve gauloise, servirent mieux la cause de l'opposition que les conspirations militaires. Les petits écrits de Paul-Louis Courier rappellent ceux de Voltaire par l'acuité de la raillerie et la solidité du bon sens. Béranger chanta les soldats de la Révolution et de l'Empire, « leurs uniformes usés par la \'ictoire », célébra la liberté, cribla de flèches les émigrés et les Jésuites.

La majorité de la nation, bien que résolument attachée aux principes de 1789 et fâchée d'être rejetée par la loi hors de la vie publique, ne commença à s'inquiéter qu'après la mort de Louis XV'III. Les finances étaient bien administrées, la fiscalité modérée, l'agriculture et l'industrie prospères.

Le grand mouvement intellectuel du siècle prit son élan vers 1820. Le romantisme, qui découvrit l'art du moyen âge, fut à l'origine de sentiment religieux et royaliste (Lamartine, Victor Hugo). Le Jacobin aimait à se dire (s un animal classique ».

CHARLES X

LE comte d'Artois, rien qu'un homme de plaisir dans sa jeunesse, était devenu dévot avec les années, jusqu'à suivre les processions dans les rues de Paris, mais sans avoir rien perdu de son ancienne frivolité ni, d'ailleurs, de sa bonne grâce. Il fut le dernier roi sacré à Reims.

Quelques gestes libéraux qu'il fit à son avènement furent vite démentis par les actes.

Chute de Villèle. — La résistance partit de la Chambre des pairs.

La loi sur le milliard des émigrés, tn indemnité pour les propriétés confisquées pendant la Révolution, fut l'objet de longs débats, — combattue par Chateaubriand, dans la coulisse, et, à la tribune, par le duc de Broglie, — bien qu'elle fût

équitable dans son principe. Les pairs ne votèrent qu'à une petite majorité la loi sur le sacrilège, mais repoussèrent les projets sur le rétablissement du droit d'aînesse et sur une nouvelle restriction de la liberté de la presse, loi dite « de justice et d'amour ».

Ces avertissements furent " perdus pour Villèle. La création d'un ministère des affaires ecclésiastiques pour l'abbé de Frayssinous, déjà grand-maître de l'Université ; la révocation des maîtres les plus aimés de la jeunesse des écoles.

Cousin, Guizot, Villemain ; la censure rétablie, à peine avait-elle été supprimée comme don de joyeux avènement ; la dissolution de la gard». ^tionale pour des cris de « à bas les ministres » poussés

iS2y-i82g.

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LOHX

Gérard

a une revue passée par roi, accrurent le m éconten t emen t .

Depuis les élec tions de 1823, il n'y avait plus que quinze libéraux à la Chambre, mais Casimir Perier pouvait dire qu'ils avaient la nation derrière eux.

Si nombreuse que fût la majorité, elle était trop factice pour donner au nouveau règne la sensation de la solidité. De plus, une fraction de l'extrème-droite s'était détachée, à l'exemple de Chateaubriand.

Charles X crut habile de dissoudre la Chambre. C'était transporter la coalition devant les électeurs. On vota contre Villèle. L'opposition l'emporta avec 230 sièges (180 de libéraux et 70 à' ultras) sur 420 (juin 1827).

Les affaires de Grèce. — Pendant que la monarchie se lézardait, la Sainte- Alliance, qui l'avait restaurée, se disloquait.

Lorsque les Grecs se soulevèrent, en 182 1, pour la première fois contre les Turcs, Mettemich avait détourné le tsar lui-même, bien que grand chef des orthodoxes, de leur venir en aide (Congrès de Laybach). *

Mettemich était dans la logique de son système conservateur ; mais les idées de liberté politique et d'indépendance nationale, après avoir longtemps cheminé sous terre, faisaient maintenant explosion de toutes parts. Rien n'était plus propre à les fortifier que la révolte d'un petit peuple chrétien contre l'Islam et sur le coin de terre le plus glorieux de l'histoire. Les épisodes dramatiques de cette guerre sainte, les exploits de Canariset de Botzaris, émurent tout ce qu'il y avait d'un peu noble en Europe. Le plus grand poète anglais, Byron, alla mourir à Missolonghi pour la liberté grecque ; les poètes français (Casimir Delavigne, Victor Hugo) la chantèrent ; un ancien ofiicier des guerres de l'Empire, le colonel Favier, organisa les insurgés en troupes régulières : les volontaires affluèrent ; des comités de « Philhellènes »se constituèrent à Paris, à Londres, à Genève pour réunir de l'argent et des armes.

Navarin. — Le mouvement d'opinion fut bientôt si puissant qu'il entraîna les gouvernements, à l'exception de l'Autriche et de la Prusse. Pourtant le traité de Londres, entre l'Angleterre, la France

et la Russie, n'offrit encore qu'une médiation ; les escadres, réunies dans la baie de Navarin, n'eurent pas d'autre mission que d'imposer un armistice à la flotte turco-égyptienne.

Il semble bien que les premiers coups de feu soient partis du côté des Turcs ; l'amiral de Rigny, suivi par les amiraux anglais et russes, s'empressa d'engager la bataille ; toute la flotte turque fut coulée (octobre 1827).

Canning, à Londres, qualifia la rencontre de Navarin d' « événement malencontreux » ; Villèle en rejeta la responsabilité sur Rigny. Encore une fois, le cri public fut le plus fort. L'année d'après, Martignac, qui avait remplacé Villèle, envoya lé général Maison en Morée pour en chasser les Turcs ; le tsar Nicolas déclara la guerre au sultan.

Les traités d'Andrinople (septembre 1829) imposèrent à la Turquie de reconnaître l'indépendance de la Grèce et l'autonomie de la Serbie.

Ministère Martignac. — L'Europe, au lendemain de Navarin, n'est plus la même que la veille. Partout les partis de liberté reprennent l'offensive.

La Chambre, issue de la coalition de 1827, nomma à la présidence Royer- CoUard, le plus noble orateur, et, comme avait été Sieyès, «le penseur» du parti de la Révolution. Le nouveau premier ministre, Martignac, avait constamment voté avec Villèle ; mais il avait, par élégance d'esprit, le goût de la modération ; surtout il lui répugnait de faire de la religion un instrument politique.

Que les Jésuites aient été ou non les principaux fauteurs de la réaction, les excès leur en étaient imputés, et non seulement par les libéraux, mais par tout ce qui subsistait encore de l'église gallicane. Montlosier, ancien constituant, royaliste déclaré et catholique pratiquant, les dénonça dans un mémoire retentissant. <i Leur système tendait à renverser la religion, la société et le trône » ; aussi bien «leur société était illégale», ayant été abolie par Louis XV, en 1761, etdissoute par le pape Clément XIV.

Martignac, le ministre de l'Instruction publique Feutrier, évêque de Beauvais, et le ministre de la Justice Portails, n'hésitèrent pas à rompre avec la Société. Charles X dut signer, sous la menace de leur démission, des ordonnances qui interdirent l'enseignement aux membres des congrégations non autorisées, donc aux Jésuites, et qui soumirent (ce qui fut approuvé par le pape) les petits séminaires au régime de l'Université (26 juin 1828).

jSjo.

EXPÉDITION D'ALGER

Le renvoi de Martignac fut décidé de ce jour. Toutefois le roi attendit un an avant de le congédier et d'appeler Polignac (août 1829).

Polignac. — C'était le fils de cette princesse de Polignac qui avait tant contribué au discrédit deMarie-Antoinette et avait donné le signal de l'émigration. Il avait hérité d'elle la haine de la Révolution jusqu'à refuser pendant longtemps de prêter serment à la Charte. Il avait été du complot de Cadoudal et tenu en prison jusqu'à la fin de l'Empire.

D'intelligence médiocre et, par surcroît, mystique, Polignac se crut destiné à sauver la monarchie et l'Eglise. Il s'entoura des réacteurs les plus notoires et nomma au ministère de la Guerre un ancien chef de chouans, ce Bourmont, qui, rallié à l'Empire et devenu général, avait passé aux Prussiens à la veille de Ligny.

Un tel gouvernement, qui inquiéta la duchesse d'Angoulême elle-même, parut un défi. Dans la prévision, qui touchait à la certitude, d'un coup d'Etat, les libéraux organisèrent des ligues de résistance. Les Chambres étant en vacances, la presse prit la direction du mouvement.

Le Journal des Débats poussa le cri d'alarme : ♦ Malheureuse France ! malheureux roi ! » Chateaubriand, << étemelle Cassandre », adressa d'inutiles avertissements à la dynastie qu'il eût voulu sauver d'elle-même. Au National, deux jeunes écrivains provençaux, déjà fameux pour avoir entrepris de raconter (et de célébrer) l'histoire de la Révolution, Thiers et Mignet, préparèrent la voieaux Orléans qui guettaient. D'autres jeunes hommes, Godefroy Cavaignac, Marrast, Trélat, ne craignaient pas de se dire républicains.

Expédition d'Alger. — Polignac, raisonnant son coup, se dit que le rétablissement du pouvoir absolu ne serait accepté qu'avec un accompagnement de gloire, comme l'avait été l'Empire.

Reprenant un projet de Chateaubriand, il chercha d'abord à négocier avec la Russie une revision des traités de Vienne qui nous rendrait la rive gauche du Rhin.

Le roi de Prusse ayant formellement décliné les premières ouvertures du tsar (janvier 1830), Bourmont proposa de brusquer par une grande opération militaire le règlement d'une querelle, déjà vieille, avec la régence d'Alger. Polignac et le roi s'y décidèrent, faute de mieux, après un premier refus.

L'entreprise se justifiait de toutes

manières. Il y avait déjà deux ans que le dey ^ d'Alger avait frappé le consul de France d'un coup d'éventail, au cours d'une discussion sur une créance qui remontait au temps du Directoire. Le blocus, mis devant le port d'Alger, sous le ministère de Martignac, le laissait indifiérent.

L'Angleterre était hostile à l'entisprise ; ni le roi ni Polignac ne s'embarrassèrent de sa mauvaise humeur.

L'expédition fut vigoureusement conduite par Bourmont, pour l'armée de terre, et, pour la flotte, par l'amiral Duperré, vieux marin de la Révolution.

En moins de vingt jours, 30 000 hommes, débarqués par une flotte de 100 vaisseaux, mirent en déroute la cavalerie arabe et s'emparèrent d'Alger (4 juillet 1830).

Talleyrand, qui, depuis sa disgrâce, avait passé à l'opposition et était tout aux Orléans, aperçut et répandit que «l'objet de l'expédition était de faciliter le coup d'Etat » ; il prédit qu'elle ne détournerait pas l'attention de la lutte politique.

Le début de la magnifique conquête passa, en effet, à peu près inaperçu dans le tumulte de l'autre bataille.

Les 221. — Les Chambres étant rentrées, Charles X ouvrit la session par un discours d'allure menaçante. Royer- CoUard rédigea aussitôt une adresse qui fut signée par 221 députés libéraux ; c'était un refus motivé de collaborer avec Polignac (mai 1830).

La réponse du roi fut d'abord l'ajournement, puis la dissolution de la Chambre.

« Ne poussez pas trop vivement le roi, avait dit Royer-Collard ; nul ne sait à quelles folies il pourrait se porter. »

Les élections eurent lieu au milieu d'une agitation extrême. Les députés de l'opposition étaient partis 221 ; ils revinrent 270.

Les ordonnances. — Un roi constitutionnel eût changé de ministère. Ce fut le conseil de Villèle. Mais Charles X n'avait retenu de la Révolution que l'inutilité des concessions de Louis X\'I.

Polignac lui rédigea quatre ordonnances. Elles supprimaient la liberté de la presse (par le rétablissement de l'autorisation préalable), déclaraient la Chambre dissoute, modifiaient la loi électoral (par la réduction des électeurs à 25 ooc grands propriétaires) et convoquaient une nouvelle Chambre pour l'automne (25 juillet).

I. Gouverneur, à peu près indépendant, pour le compte des Turcs.

RI>VOLUriON DE JUILLET. — 1830.

C'était comme une insurrection royale, de plusieurs ministres (Montbel, Guernon-

Les ordonnances, que Polignac avait Ranville, Peyrounct). Ils suivirent, par

la prétention d'appuyer sur l'article 14 solidarité, mais avertirent le roi qu'il

delaCharte'.la violaient, de l'aveu même allait au-devant du destin des Stuarts

RÉVOLL nO\ Di: JUILLET

EN quatre jours, le trône fut par terre, Cette armée improvisée, comme jaillie

tant il était déjà ébranlé et, aussi, du pavé, se battit avec un magnifique

parce que jamais opération plus aventu- courage. Les soldats se battirent à

reuse ne fut préparée avec plus de contre-cœur. Dès le 28, un régiment

légèreté. tout entier fit défection. Le soir, le

Protestation des joarnalistes. — Le drapeau tricolore flotta sur Notre-Dame

signal de la résistance fut donné par un et sur l'Hôtel de Ville.

manifeste des jour nalisies. Réunis aux bureaux du Sational, ils signèrent tous « de leurs têtes », comme disait Thiers qui écrivit le premier son nom (26 juillet).

C'était lui qui avait rédigé la protestation. Le soir un inconnu promena dans Paris un drapeau tricolore.

Le glorieux symbole, proscrit depuis quinze ans, donna aussitôt aux événements tout leur sens.

Les députés montrèrent moins de courage que les journalistes.

Soixante- trois seulement (sur 270) apposèrent leurs signatures à une

Marmont, au matin du troisième jour, ne tenait plus que le Louvre et les Tuileries, où il avait placé les Suisses, et les quartiers de l'Ouest en aval de la S'eine.

Les insurgés attaquèrent en force, bientôt grossis par la défection de deux nouveaux régiments. Les Suisses résistèrent bravement, comme au 10 août. Le peuple les tourna par la cour intérieure du Louvre et détermina une panique.

Sur l'autre rive, C barras, avec les LA RÉVOLUTION DE JUILLET poly tcchnlciens, cu -

Le mercredi »8. Marmont essaya de s'emparer de l'Hôtel ]evâ la CasCme de de Ville et de la Place de la Bastille, les deux places p, , , d'armes de l'insurrection. Les carabiniers furent reçus Dauylone.

avec une grêle de projectiles mobiliers. Un peu après

( Lithographie d'Adau,.^.W.A'a^.. /T./.) ^j^j j^^ inSUrgés

protestation rédigée par Guizot. Poli- étaient maîtres de 1x>ut Paris (29 juil-

gnac imposa au maréchal Marmont, let). Ils n'avaient pas perdu plus de

qui s'en désespéra, le commandement 800 hommes. '

de la place de Paris, 8000 hommes de Retrait des ordonnances. — Marmont,

troupes, peu sûres, sauf les régiments avec les 2 000 à 3 000 soldats qui lui

suisses. restaient, se replia sur Saint-CIoud.

Les* Trois Glorieuses». — Lesjoumées ChaJes X, depuis la soirée où il y

des 27, 28 et 29 juillet, où l'insurrection avait signé les ordonnances, n'avait pas

s'organisa et triompha, ont reçu le nom cessé d'affirmer la certitude du succès, des «Trois Glorieuses». Il ne crut à la défaite qu'en voyant

La direction du mouvement fut prise Marmont. Mais Saint-Cloud était encore

par une soixantaine d'élèves de l'Ecole si loin de Paris qu'il ne mesura pas les

polytechnique. Ouvriers, étudiants, bour- événements. Il ne se rendit pas compte

geois eurent vite fait de couvrir de qu'il était, aux yeux de tout le peuple,

barricades tout l'est de Paris. Beaucoup couvert du sang qui venait de couler *

de gardes nationaux avaient conservé et condamné sans appel, leurs armes. On pilla quelques boutiques d'armuriers.

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