LA MONARCHIE DE JUILLET
T A Révolution de Juillet remua profon- *- dément les peuples ; les jeunes partis de démocratie et les nations en servage la voyaient venir à eux de la même allure que sa grande aînée de 1789.
La monarchie de Juillet se préoccupa aussitôt de rassurer les gouvernements et de se faire accepter par eux.
Ainsi, du premier jour, elle fit preuve de cette sagesse, qui valut à Louis- Philippe le nom, un peu gros, de « Napoléon de la paix », mais qui n'alla pas quelquefois sans un peu d'humilité, dont s'armèrent les partis.
La politique intérieure et la politique étrangère de la nouvelle monarchie vont réagir l'une sur l'autre. Issue de la liberté, «la royauté des barricades», «la meilleure des Républiques », selon le mot de La Fayette, voudra montrer qu'elle n'est pas moins soucieuse d'ordre que les gouvernements absolus. Puis elle s'éloignera de ses origines et, à force de les vouloir faire oublier aux autres, les oubliera elle-même.
Talleyraud, au lendemain de la Révolution, est allé comme ambassadeur à Londres où il a conclu «l'entente cordiale », gage et garantie de la paix et de l'équilibre de l'Europe. Casimir Perier, au lendemain de l'année de désordres qui a été comme le remous de la Révolution, a construit, sans porter atteinte à aucune liberté, un gouvernement qui gouverne. Mais le régime finira avec Guizot qui recherche l'appui de Metternich, se fait l'homme de la réaction et rouvre, par contre-coup, l'ère des aventures.
Le pays légal. — L'erreur initiale, grosse de toutes les autres, de la bourgeoisie remplaçant l'aristocratie au pouvoir, ce fut d'avoir élargi de façon très insuffisante le corps l'-ctoral, c'est-à-dire 5 assises mêmes du 1 .i^ime parlementaire.
Sans doute, l'heure lu suffrage universel t-tait pas encore velup. Les républicains iu\-mêmes ne le réclamaient pas. L'Empire LOLisPHiLippE - et la Restauration (1773-1830). avaient laissé lesclasses
(D'après winterhaiter, populaires dans Une
Lliâleau de lersailks. '^ ^ . , . . .
Cl. Hachite.] miserablc Ignorance. Les
illettrés y étaient la majorité. Il faudra la loi de 1833 pour que chaque commune soit tenue d'ouvrir au moins une école primaire, sans que l'enseignement soit d'ailleui'S ni obligatoire, ni gratuit, ni laïque.
Cependant la France de la Révolution de Juillet, qui était, par surcroît, la France du plus magnifique mouvement intellectuel du siècle, méritait autre chose que le médiocre don de joyeux avènement qu'elle eut des classes moyennes. Ce furent tout juste l'article de la Charte qui abaissa à vingt-cinq ans l'âgé de l'électorat et à trente celui de l'éligibilité, et la loi de 1831 qui abaissa le cens de l'éligibilité et celui de l'électorat à i 000 et à 200 francs d'impôts directs ; pour les membres de l'Institut et pour les officiers retraités avec une pension de i 200 francs au moins, le cens électoral fut réduit à 100 francs. Cela faisait à peu près 190 000 électeurs pour 30 millions de Français.
Le pays légal aura souvent l'instinct des grands intérêts du pays et le dotera de quelques-unes de ses meilleures lois ; mais le gouvernement n'est pas celui du pays par le pays ; c'est celui d'une aristocratie d'argent qui poite fatalement en elle le gemie des corruptions.
Les partis. — De là, dès le début du règne, la désaffection des partis de démocratie, déçus et frustrés. Le parti républicain s'est multiplié comme par une sorte de génération spontanée, pendant les journées de Juillet. Le parti socialiste s'est constitué à sa gauche, par une suite naturelle du développement de la vie industrielle. Le parti bonapartiste est né de la légende grandissante de l'empereur ; il compagnonne avec les républicains et les socialistes, promet le plébiscite, l'élection directe du chef du peuple par tout le peuple.
A l'autre extrémité des partis antidynastiques, les « dépossédés », la noblesse et la plus grande partie du clergé, les légitimistes et les carlistes, comme ils s'appellent, tiennent Louis- Philippe, élu d'une Chambre dissoute (à la vérité illégalement) pour un usurpateur, et ne reconnaissent que le comte de Chambord.
Le parti dynastique ou orléaniste se divisa bientôt en deux fractions principales qui, selon la règle du jeu parlementaire, se succédèrent au pouvoir ;
ISJI-IS40.