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LA CIVILISATION FRANÇAISE AU MOYEN AGE

La langue, il La littérature. || Architectures et sculptures romane et gothique. || La musique.

y 'histoire d'un peuple n'est pas seule- ^ ment politique, diplomatique, militaire ; elle est plus profonde. Il importe autant de connaître sa civilisation, sa littérature et son art, sa vie sociale que ses lois et ses entreprises guerrières.

Cette France du moyen âge, divisée en un grand nombre d'Etats qui ne se réunirent que sous la rude main du roi, est déjà très avancée dans l'unité morale. Sa culture a rayonné dans le monde dès le xii<^ siècle, bien avant qu'elle eût réalisé sa constitution physique, au contraire de ces étoiles dont les rayons brillent pour nous longtemps après qu'elles se sont éteintes.

La langue française. — D'abord elle s'est forgé une langue, non pas encore polie, mais solide, savoureuse et si claire que l'Italien Brunetto Latird écrit son Trésor en roman de France, « parce que c'est le parler le plus délectable et le plus commun à toutes gens ».

Refoulé peu à peu jusqu'à disparaître complètement au vi<^ siècle, nous avons vu déjà le celtique céder la place au latin. Il y laissa toutefois des traces. Le gallo-romain ne reçut ensuite qu'un petit nombre de mots germaniques, surtout des tennes militaires. Puis le latin se défit, l'accent s'atténua, l'article remplaça les terminaisons tombées. Et voici la langue romane, c'est-à-dire le français.

Chaque province avait son dialecte ; ces dialectes, dont quelques-uns ont subsisté ou qui sont devenus de simples patois, se rattachaient à deux langues principales, qui se nommèrent, d'après la i<,;'^n de prononcer le mot oui : la langue d'oc (provençt*'.; , ''t la langue d'oïl (roman).

Le roman, c'est proprement la langue de l'Ile-de-France, le parler du domaine royal. Il suit les progrès du roi capétien. La Croisade des Albigeois le porte aux Pyrénées et à la Méditerranée. Sans la

guerre de Cent ans, les Anglais l'eussent probablement adopté.

Le provençal ne redeviendra une langue littéraire qu'au xix^ siècle, avec Mistral et le féUbrige.

La Sorbonne. — Du v^ au xi^ siècle, il n'y eut de livres d'érudition ou d'histoire qu'écrits en latin, le plus souvent sous forme de manuscrits enrichis de lettres ornées et de miniatures. Du xi^ au xv siècle, la littérature latine continuera à coexister avec la romane ou française ; les ouvrages de théologie ou de philosophie sont presque tous rédigés en latin.

L'enseignement était donné en latin à l'Université de Paris, corporation autorisée en I2O0 par Philippe Auguste. Le plus ancien collège s'appela Sorbonne, de son fondateur, Robert de Sorbon, chapelain et confesseur de saint Louis. La plupart des étudiants étaient très pauvres.

La Sorbonne donna pendant longtemps son nom à tous les membres de la Faculté de théologie, « bacheliers et docteurs en Sorbonne •>.

Les étrangers affluèrent à Paris, au XIII» siècle, de toutes les parties de l'Europe, pour y étudier ou enseigner. On y vit Albert le Grand et Roger Bacon, saint Bonavcnture et saint Thomas d'Aquin, et Dante.

« Paris, disait le pape Alexandre IV, remplit l'univers de la plénitude de sa science, chasse les ténèbres et révèle au monde les secrets de la connaissance». oante alichieri

La pensée religieuse! (12651321).

régna en maîtresse jus- Le plus grand des qu'au xie siècle. Saint p?*'«* "*';.''"*■ ""^ , '

? , ., . . , Florence. 1 auteur de

Anselme, esprit original i» oMne Ccmedu.

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dans la stricte orthodoxie, n'opposa aux Français est un être essentiellement premières curiosités que la doctrine de sociable. Le commerce des femmes est t la foi préalable ». Son âme pure déborda non seulement la source de la vaillance, de joie à la découverte du fameux argu- mais celle de l'estime du monde, meut : <■ Si Dieu n'existait pas, je ne le Ainsi parle la mère du chevalier Péré-

coucevrais pas ». ' dur, héros de l'un des plus anciens poèmes

Abélard'. Au xii« siècle, le « doute (ou romans) bretons. Les liantes salles

provisoire n fond de la doctrine de Pierre de-> châteaux forts seront les premiers .\bélard, commença une révolution qui salons. Ces cours d'amour ont leurs dure encore. Son principal ouvrage est «gens de lettres», \es trouvères, qnr vienintitulé Sic et non, « Oui et non ». nent y déclamer leurs poèmes et « ne

La beauté du jeune maître, son élo- s'adressent jamais, écrit un grave auquence entraînante, sa dialectique pareille teur, qu'aux femmes mariées», à l'escrime des tournois, contribuèrent Le peuple, si grossier qu'il soit encore,

autant que ses hardiesses au succès de a vite voulu sa part de ces plaisirs aristo son enseignement .

Des étrangers de tous les pays accoururent se mêler à la jeunesse enthousiaste des écoles.

Il avait assis son camp sur la montagne Sainte - Geneviève, qui parut un Sinai laïque.

Le cardinal Eudes de Châteauroux disait que «la Gaule est le four où cuit le pain intellectuel du monde ».

Déféré à un concile qui le condamna, Abélard se réfugia dans un ermitage, le Paradet ou la Consolation, où il écrivit V Histoire de ses malheurs. Lés

I.E LION TENANT SA COUR iiiiiature du Koman de Renart. Le Roi-Lion ne fait sen. r sa puissance qu'au cerf, à l'âne et au lièvre (Bibl. Nal)

lettres de son amie Héloïse brûlent d'un feu étemel.

Son principal adversaire fut saint Bernard, fondateur du monastère de Clairvaux, orateur magnitique et terrible.

L'esprit d'examen reprit l'avantage contre la scolastique (philosophie de '-cole) au XIII* siècle. Les monastères de i lairvaux, de Cluny et de Càteaux, qui étaient les fils spirituels de saint Bernard, se rallièrent à la Somme de saint Thomas d'Aquin, qui venait directement de la philosophie d' Abélard.

La littérature romane. — La littérature a été parlée, ou plus exactement, chantée avant de s'écrire.

Cette chevalerie qui a commencé par être un ordre exclusivement militaire change de caractère vers le xn* siècle. Le

cratiques. Aux pèle rinages et aux foires, les « jongleurs », ou ménestrels indépendants, racontent les mêmes histoires que les trouvères dans les châteaux.

On a cru longtemps que l'épopée française était née de l'imagination populaire ; des « cantilènes » ou « chants lyrico- épiques », contemporains des héros qu'ils célèbrent, auraient été recueillis et rédigés aux x«, xi" et xii* siècles.

Il semble aujourd'hui établi que ces œuvres épiques ont été tirées par les jongleurs de chroniques latines, rédigées par des moines, amplifiées par les chanteurs, finalement rédigées par d'habiles remanieurs.

Les chansons de geste touriient autour de Charlemagne. La plus fameuse est la Chanson de Roland où éclatent tant d'évocations émouvantes à « la douce France ». La forme en est rude, les récits d'un pathétique simple et noble.

La Chanson de Roland porte le nom du trouvère Théroulde, le dernier d'une série de remanieurs qui avaient déjà altéré la rédaction primitive.

Le type le plus accompli des poèmes de « la Table Ronde », qui sont tous d'inspiration celtique, c'est Tristan, l'amoureux de la belle Yseult.

Un Champenois, Chrétien de Troyes, versifia plusieurs romans bretons {Lancelol et Genièvre). Ses successeurs, entachés de mysticisme, rédigèrent les merveil-

A'/e ET XII<' SIÈCLES.

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