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DÉFAITE DE LA THÉOCRATIK

lever, sans rautorisatiou pontificale, sur le clergé ; puis sur le cas de l'évêque de Pamiers, accusé d'avoir tenu des propos injurieux contre le roi, que le pape revendiqua pour les tribunaux ecclésiastiques, alors que Philippe lavait cité à comparaître devant lui.

C'était toute l'hégémonie politique et financière de Rome que le roi de France mettait en cause.

Ou a vu grandir depuis le xi* siècle la puissance du Saint-Siège ; les Croisades l'avaient portée au plus haut. Entouré du * sacré collège » des cardinaux, le pape était vraiment le « souverain pontife ». Malgré des craquements qui s'étaient déjà fait entendre, Rome se croyait encore la maîtresse légitime de tous les royaumes. Elle prétendait en disposer à sa guise, élevant ou déposant les princes selon qu'ils lui étaient ou non dociles.

Les premiers Etats généraux. — Le pape Boniface était hautain, âpre, obstiné. Il lança bulles sur bulles et convoqua les évêques français à Rome.

Philippe réunit à Notre-Dame de Paris les représentants des trois ordres du royaume, nobles, clercs et gens du commun (10 avril 1302). C'est la première fois que le tiers état fut associé au clergé et à la noblesse. Les nobles et les clercs étaient assis aux côtés du roi ; les gens du tiers se tenaient à genoux devant lui. Mais qu'ils fussent seulement consultés par le roi, et dans une aussi grave affaire, qui mettait aux prises la Monarchie et la Papauté, la société laïque et l'Eglise, c'était déjà une révolution.

Le jour où les trois ordres furent ainsi assemblés sous le grand nom d'Etats généraux, la nation française se sentit majeure.

Il y avait eu jusqu'alors une monarchie française. Il y avait maintenant une nation française.

L'affaire d'Anagni. — Cette première assemblée nationale fut unanime à qualifier de « déraisonnables » et d' « outrageuses » les « entreprises » du Saint-Siège contre le Royaume. « Ce royaume que les ancêtres ont formé par leur industrie et grâce à la valeur du peuple, il paraît qae

ce n'est pas de Dieu seul, comme on l'a toujours cru, mais du pape que nous le tenons ! »

Boniface répondit en excommuniant le roi et en déliant ses sujets de la fidélité qu'ils lui devaient. Le roi donna au légiste Guillaume de Nogaret la mission d'aller arrêter le pape au milieu de ses Etats pour le faire comparaître, à Lyon, devant un concile qui le déclarerait hérétique et simoniaque.

La première partie de cette mission « inouïe » ' fut exécutée, et le pape arrêté par Nogaret dans le palais qu'il avait dans la ville d'Anagni ; on a dit qu'il fut souffleté par l'un des compagnons de Nogaret, Sciarra Colonna, inais il n'en existe aucun témoignage contemporain.

Ce vieillard de quatre-vingt-six ans subit le brutal assaut avec fermeté et une dignité extrême ; Nogaret ne put obtenir aucune rétractation. Sur quoi, le peuple d'Anagni se révolta contre les étrangers qui voulaient emmener le pape et le délivra. Il ne fut ramené à Rome que pour y mourir 2.

Son successeur, Benoît XI, annula les sentences de Boniface contre Philippe, et Clément V, successeur de Benoît XI, les sentences contre Nogaret.

Défaite de la Théocratie. — Le plus magnifique poète du moyen âge et l'un des plus grands de tous les temps, Dante, s'est élevé en des vers fameux contre l'attentat d'Anagni : « Je le vois entrer dans Anagni, le flem-delisé ! Je vois le Christ captif en son vicaire... »

Les violences de Philippe le Bel et de ses légistes cuirassés dans leur « différend i> avec le pape Boniface furent assurément odieuses ; mais il était nécessaire au libre développement des sociétés modernes que fussent arrêtés les empiétements de la théocratie. La victoire ne pouvait être décisive que gagnée par la monarchie française, qui avait pris, depuis un siècle, la tête de toutes les autres.

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