LA BARRICADE DE LA RUE CLOVIS
Episode des journées de juin 1848 ; la rue Clovis conduit
une foule immense, au Panthéon qui était une des places fortes des insurgés, guac, lui-même pro-
ne donna qu'une iDaprès une lithographie d'Eugène ciceri. fondement dévoué à
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heure d illusion et F idée républicaine,
de joie. Louis Blanc, quand il proposa, soldat dans l'âme, l'un des beaux chefs
dès la première séance, la création de l'armée d'Afrique et qui, en juin, de
d'un ministère du Progrès, dit un mot sou propre témoignage, « pensa à sauve-
terrible : « C'est à nous de rendre impossible la révolution de la faim. »
Fermeture des ateliers nationaux.
— L'Assemblée, déjà inquiète, le fut bien davantage après la journée du
garder avant tout l'honneur du drapeau », d'une probité impeccable, de mcjeurs simples, mais esprit faible et indécis autant qu'ambitieux. C'est une calomnie qu'il aurait laissé grandir
15 mai, où elle fut envahie pendant l'insurrection afin de la mieux écraser.
quelques heures par des bandes armées Journées de Juin. — L'affreuse ba-
qui réclamèrent la guerre pour la Pologne taille dura quatre jours (22-26 juin) entre
et, n'ayant rien obtenu, tentèrent de 40 000 soldats de ligne, gardes nationaux
faire un nouveau gouvernement avec et gardes mobiles, et 50 000 ouvriers qui
Blanqui et Barbes. Elle invita le Comité occupaient les faubourgs Saint-Antoine
du travail à lui proposer des résolutions et du Temple.
sur la question des ateliers nationaux, La révolte fut anonyme et improvi-
foyer actif de fermentation politique où sée, sans chefs ni programme.
Arago, voulant se faire médiateur,
I TocouEviLLE. reçut d'un ouvrier cette réponse: «Ah !
2. .'Vrago, Dupont (de l'Eure), Lamartine, vous n'avez jamais eu faim ! » Les témoi-
Ledru-Roliin et Marie. gnages de Tocqueville, de Lamartine, de
GOUVERXEMEXT DE CAVAIGXAC.
Victor Hugo concordent : avant tout, une insurrection de la misère et du désespoir. Le dernier mot du général Duvivier, tué dans le combat, fut qu' * il fallait faire quelque chose pour ces pauvres ouvriers ».
Il V eut des épisodes héroïques et d'atroces. Le général Bréa, s' étant aventuré parmi les insurgés pour parlementer, fut assassiné. L'archevêque de Paris, Affre, essayant de s'interposer, le crucifix à la main, fut tué par une balle venant (selon un certificat porté à l'Assemblée par l'évêque Parisis) du côté de la troupe. La Moricière, Bedeau, Négrier, les commissaires de l'Assemblée, se prodiguèrent sous les balles.
L'âpreté de la lutte fut extrême.
Lorsque Cavaignac annonça, le 26, que «Tordre avait triomphé de l'anarchie», plusieurs milliers de cadavres jonchaient les rues.
Près de 5 000 prisonniers furent ensuite condamnés à la transportation. Louis Blanc et l'ancien préfet de police Caussidière, inculpés, fort injustement, de complicité dans l'affaire de mai, se réfugièrent en Angleterre.
Gouvernement de Cavaignac. — « La République est morte », dit Lamennais au lendemain des journées de Juin.
En effet, les ouvriers se désintéressèrent du régime, les paysans lui devinrent hostiles, crainte des « partageux » et des « rouges », les bourgeois réclamèrent un gouvernement fort, et Cavaignac, à qui l'Assemblée avait confié le pouvoir exécutif après avoir décrété qu'il avait bien mérité de la patrie, gouverna avec l'état de siège et des lois, renouvelées de la Restauration, sur la presse et les réunions publiques.
Constitution de 1848. — Le projet de constitution avait été préparé, avant les journées de Juin, par une Commission que présidait Cormenin, pamphlétaire alors fameux, sous le nom de Timon, et qui fut, par la suite, du Conseil d'Etat de l.'Empire.
Le système des deux Chambre s fut proposé par Tocqueville, qui invoqua l'exemple des Etats-Unis et dit prophétiquement : « La République se perdra, ou arrivera au système des deux Chambres. »
Combattu par <. les républicains de la veille » et par d'anciens ministres de Juillet (Dufaure, Dupin), il fut écarté, et l'élection du président de la République par le peuple adoptée pour faire contrepoids à l'Assemblée unique. On décida que le président ne serait pas rééligible.
L'élection du président par l'Assemblée, conseillée par un brillant écrivaiii du parti radical, Armand Marrast, fut à peine soutenue.
Le prince Louis-Xapoléon, connu pour ses aventures de Strasbourg et de Boulogne, venait d'être élu à l'Assemblée pour Paris et trois départements, bien qu'inéligible de par les lois d'exil. On commença à redouter sa candidature à la présidence.
L'Assemblée ratifia le projet de sa Commission après de longs débats.
L'amendement Grévy. — Un représentant du Jura, Grévy, avait proposé que le pouvoir exécutif fût délégué par l'Assemblée à un président du conseil des ministres, toujours révocable : « Etesvous très sûrs, demanda-t-il, qu'un ambitieux élevé au trône de la présidence ne soit pas tenté de s'y perpétuer? Si cet ambitieux est le rejeton d'une de ces familles qui ont régné sur la France, répondrezvous qu'il ne parviendra pas à renverser la République? »
Lamartine avait, en quelques jours, perdu la popularité qui lui était venue si vite ; peut-être pensa-t-il la regagner : (I Quand même le peuple choisirait celui que ma pensée redouterait de lui voir choisir, n'importe : ale.i jacta est! Que Dieu et le peuple prononcent .' Il faut laisser quelque chose à la Providence. »
Cavaignac et Thiers votèrent pour l'élection par le peuple. Le prince Louis combattit la proposition de déclarer inéligibles les membres des anciennes familles régnantes. Il protesta de sa loyauté républicaine. L'amendement fut retiré par son auteur : « J'avais cru cet homme dangereux, je reviens de mon erreur après l'avoir entendu. »
Lamartine fit encore écarter le système des deux Chambres proposé par Thiers.
Montalembert fit inscrire, dans le préambule de la Constitution, le principe de la liberté d'enseignement ; Thiers en fit exclure le droit au travail. Cavaignac et La Moricière ne réussirent pas à faire admettre le principe du service militaire universel et obligatoire pour une durée de deux ans.
La Constitution fut promulguée le 12 novembre.
Election de Louis-Napoléon. — L'élection du président de la République fut fixée à la date la plus rapprochée :
10 décembre.
Célébrée par les poètes et par les artistes, vulgarisée par l'imagerie populaire, la gloire de l'empereur avait effacé ses désastres ; l'Empire avait été un