SIÈGE DE SEBASTOPOL
pût approcher de Pétersbourg gardé par les ouvrages de Cronstadt ; et dans la mer Noire, où s'élevait, à la pointe de la Crimée, le formidable port de Sébastopol, création géniale de la grande Catherine.
Détruire Sébastopol fut l'objectif stratégique et politique de la guerre.
L'Aima. — A l'automne, à peine débarqués en Crimée, les alliés se heurtèrent, sur les bords de l'Aima, aux Russes accourus pour leur barrer la route de Sébastopol et les bousculèrent.
Comme l'armée victorieuse atteignait la Tchernaïa, le choléra, qui l'avait suivie depuis Varna, abattit le général en chef Saint-Arnaud, tout brûlant d'aller à l'histoire avec d'autres lauriers que ceux du 2 décembre.
Inkermann. — Canrobert, qui lui succéda, et lord Raglan commencèrent aussitôt le siège de Sébastopol. La ville était déjà imprenable du côté de la mer ; du côté de la péninsule, Totleben la fortifia par de puissants ouvrages de terre, entourés de fossés profonds et bardés de 3 ooo gros canons de marine.
L'armée de Menchikoff put à son gré s'enfermer dans le vaste camp retranché ou tenir campagne. Maîtresse des routes du Nord, elle reçut tout le temps des renforts en hommes, en munitions et en vivres.
A deux reprises, elle chercha à faire lever le siège par de violentes attaques de flanc, mais échoua, d'abord à Balaklava, puis au plateau d' Inkermann.
A Balaklava, une charge héroïque et folle des cavaleries anglaises eût tourné au désastre sans l'intervention des chasseurs d'Afrique. A Inkermann, les Anglais eussent été écrasés sans le coup d'œil de Bosquet, jetant en avant les troupes fraîches de Bourbaki et les zouaves, qui poussèrent les Russes dans les ravins de la Tchernaïa (octobre-novembre 1854).
On avait cru emporter Sébastopol d'un immense assaut ; le siège fut le plus long et le plus acharné des guerres modernes. L'hiver dans les tranchées, sous le vent glacial de la plaine, fut terrible. Le typhus, le scorbut et le froid firent une affreuse tuerie.
Débuts de Bismarck et de Cavour. — L'opinion s'émut à Paris et à Londres; la mort du tsar Nicolas donna l'espoir, vite déçu, d'une paix de conciliation (mars 1855).
Sauvée en 1849 de la révolution hongroise par l'intervention du tsar, l'Autriche a\'ait annoncé « qu'elle étonnerait le monde par son ingratitude ».
Elle tint parole, offrit sa coopération aux alliés, à la condition que ses territoires italiens lui fussent garantis et sous réserve de l'autorisation de la Diète.
Deux hommes, qui allaient tenir les premiers rôles dans l'histoire contemporaine, entrèrent, presque en même temps, sur la grande scène. A Francfort, le plénipotentiaire de la Prusse, Otto de Bismarck, décida les représentants de tous les États allemands à refuser à l'Autriche la permission qu'elle attendait. A Turin, Cavour, ministre du roi Victor- Emmanuel, s'empressa de prendre la place qu'abandonnait l'Autriche ; d'accord avec Napoléon, il proposa et fit accepter l'envoi d'un détachement piémontais en Crimée.
Ainsi se préparaient, alors que l'issue de la guerre russe était encore incertaine, les entreprises de l'avenir, et toutes deux dirigées contre l'Autriche. La Sardaigne affirma l'existence de l'Italie en s' engageant dans une grande guerre, aux côtés de la France et de l'Angleterre, comme si elle était l'Italie elle-même; la Prusse, pour la première fois, réunit l'Allemagne derrière elle.
Conférence de Vienne. — L'empereur François-Joseph et le ministre Buol proposèrent alors aux belligérants de se réunir à Vienne pour chercher à terminer la crise orientalepardes concessions réciproques. La médiation heureuse de l'Autriche eût rétabli son prestige en Allemagne et dans la vallée du Danube; elle aurait arrêté l'empereur des Français à son premier pas dans la politique des nationalités.
Le cabinet de Vienne ne trouva de concours que chez le ministre français des Affaires étrangères, Drouyn deLhuys ; Napoléon III, Palmerston et Gortschakoff, envoyé du nouvel empereur de Russie Alexandre II, se montrèrent intransigeants. Drouyn de Lhuys donna sa démission, aussitôt acceptée, et l'Autriche passa pour être aussi incapable de faire la paix que la guerre.
Siège de Sébastopol. — Au printemps, après la fonte des neiges, les assauts des l'ranco-Anglais recommencèrent contre les ouvrages avancés de Sébastopol, surtout en direction de Malakofî, forteresse entourée de redoutes, qui dominait la rade et la ville, et, du côté des Russes, les sorties contre nos tranchées.
Ni les Russes, ni les alliés ne cédaient ni ne progressaient. Il n'y eut jamais d'ennemis en armes qui se haïrent moins et s'estimèrent davantage. Mais pour les alliés, ne pas avancer, c'était reculer.